Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Le billet de Michel

Observer - Photographier - Partager....

Publié le par Michel
Publié dans : #Çà m'énerve !

En juillet 2006, j’avais écrit, en rimes, un pamphlet à son propos, outré que j’étais par ses ventes d'actions, et par sa défense : à l’entendre, il n’était au courant de rien !

Mai 2008 – Voici donc que, Monsieur Forgeard, ex-patron d'EADS, après 35 heures de garde à vue, mis en examen, laissé en liberté contre une caution de 1 million d’euros et placé sous contrôle judiciaire.

« Mr Forgeard ne serait que le 1er de cordée puisqu’il pourrait y avoir 15 autres dirigeants d’EADS dont la plupart en activité »  source l'expansion. 

Le délit d’initié, mode d’emploi

Il s’agit de l’utilisation à des fins personnelles d’une information privilégiée, non encore divulguée au public, et dont l’impact se ressent sur le cours boursier d’une entreprise cotée. Le délit d’initié donne lieu à deux types de poursuites, administratives et pénales : de la part de l’AMF tout d’abord (c’est le cas actuellement dans le dossier EADS) et de la part de la justice. L’article L.465-1 du code monétaire et financier prévoit 2 ans de prison et 1,5 million d’euros d’amende, somme qui peut être portée à dix fois le profit indu réalisé. Pour l’AMF, le code des sanctions mentionne la même échelle de peine sur le plan pécuniaire.

 

http://www.lexpansion.com/economie/actualite-entreprise/la-justice-fait-entrer-eads-dans-une-periode-de-turbulences_154825.html?xtor=EPR-77

 

Petit papa NOEL

Est descendu du ciel

Mais il n’a pas compris

Pourquoi c’était fini !

 

Il construisait des avions

C’était l’un des patrons

Qui n’était pas informé

Du suivi des marchés.

 

Du retard  il y aurait,

Des livraisons retardées,

Des clients mécontents

Qui perdraient de l’argent !

 

Au plus haut du marché

Des titres, il cédait,

Et avec ces actions,

Il gagna du pognon.

 

Un délit d’initié ?

Non, il s’en défendait.

On lui cachait tout.

C'est Tintin, sans Milou !

 

Le boss pas au courant

Mais les ouvriers pourtant,

Savaient tout du retard

Sauf Monsieur FORGEARD.

 

Et son patron l’Etat

Son départ demanda

Il ne volerait plus

Qu’avec ses plus values !

 

Et, s’il ne savait pas

Monsieur Noël FORGEARD

(Nul doute)

Qu’un parachute doré

(D’Airbus)

Il aura négocié.

 

Ainsi être Patron,

Sans une bonne gestion,

Avec ou sans délit

N’est point sur, d’être… puni !!

 

Voir les commentaires

Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Camillian

En entrant dans la cour de Camillian Social Center, les malades, assis à l’extérieur, m’aperçoivent et crient : « Sawadee Krap, khun Mitchel » (Bonjour Michel).  Certains me font le salut Thaï, les mains jointes devant le visage, d’autres se jettent dans mes bras, ne lâchent plus mes mains. LAA, aveugle, à qui son époux vient d’annoncer mon arrivée, lorsque je m’approche d’elle, me serre dans ses bras durant de longues minutes.

C’est ainsi dans toutes les salles que je visite, avec les malades qui me connaissent. C’est du pur bonheur de les retrouver. Hélas, quelques uns ne sont plus là !  Les nouveaux me regardent avec un brin de curiosité. Ils doivent se demander qui est ce farang qui vient les saluer.

Une femme imposante en veste blanche, la croix rouge de l’ordre des Camillian brodée, accourt et me serre fort, très fort.

How are You Mitchel ? (Comment vas tu Michel ?)  
J’ai un trou de mémoire car je ne reconnais pas cette personne. En tout cas, elle semble parfaitement me connaître, donc je fais comme ci

…. Sans doute une malade dont l’état est stationnaire, si j’en juge par les tâches qu’elle a sur les bras, devenue pour un temps Aide-soignante !

Songsak, aide-soignant, est à mes côtés et me donne des renseignements sur l’état de chacun et notamment des nouveaux arrivés. D’où viennent-ils, depuis combien de temps sont-ils là ? 

Un jeune homme semble un peu perdu. Il est arrivé depuis peu de Bangkok et le bras ainsi que la jambe gauche sont partiellement paralysés. Pour faire un peu diversion, je lui demande de me serrer fort la main avec sa main valide, ce qu’il fait, et je ne tarde pas à crier « Tiep mac maa » ce qui veut dire, tu me fais très mal. C’est un enfantillage, mais tout le monde rie de bon cœur.

La santé de plusieurs malades a fortement déclinée depuis mon départ en février dernier. Et comme toujours, les stigmates de la maladie se voient (la peau se couvre de tâches, les membres s’atrophient).   "Vacherie de SIDA" !

 Auprès d’eux, je m’arrête plus longuement: caresser un bras ou une jambe, tenir des mains atrophiées, ne pas craindre une accolade. C’est bien le moins que je puisse offrir, laisser parler mon cœur avec des gestes simples, donner un peu d’affection qui ne coûte rien, mais tellement  importante, pour un malade.

La dame âgée, se trouve toujours dans le même lit, juste en face de l’entrée, dans la grande salle des soins palliatifs. Je l’appelle Miss Coca Cola car elle est accro à cette boisson et ne veut rien d’autre.

En parlant de Coca Cola, il est temps de rejoindre  la cantine pour remplir le panier de: Coca – Pepsi – Sprite – Fanta, etc.… Aujourd’hui ce sera pour 70 « clients ». La distribution commence.

Parfois, je dois ouvrir la canette, mettre celle-ci dans leurs mains abimées, ou les aider à saisir la paille pour faciliter la boisson. Quelquefois, il faut assister le malade pour qu’il puisse s’asseoir dans son lit.

« Patient – Attentionné – Souriant »  Trois mots importants, me semble t-il, lorsque l’on s’adresse à ces malades très diminués.

Parfois quelques resquilleurs (mais oui, il y en a aussi !) ne manquent pas d'imagination pour obtenir plusieurs boissons, mais en général celui qui m’accompagne dans la distribution veille et remet de l’ordre.

En passant près de Fée, la petite fille aveugle, arrivée en décembre 2006, je la cajole et elle me tend ses petits bras. Bon, ok, là voila sur un de mes bras, mais très vite la situation se complique. La petite gesticule, s’accroche à mes lunettes et il ne me reste plus qu’une main pour ouvrir la canette. Je vous conseille d’essayer !
En là confiant à une malade, Fée pleure un peu, puis très vite se calme.

Mais au fait, je n’ai pas vu Mac (5 ans) et Moss (3 ans), mes petits chouchous du dernier séjour. Songsak, m’indique que Moss est en salle de classe avec les enfants qui restent à la mission. Je n’ai pas vu sa maman tout à l'heure.

Mac et sa maman ont rejoints le « Jardin d’Eden ». Il s’agit d’une structure à 40 km de la mission ou ceux dont le traitement ne justifie pas des soins particuliers vont séjourner. Ce faisant, cela libère des places pour de nouveaux malades.
Au Jardin d’Eden, chacun travaille en fonction de ses capacités. Les fruits et les légumes cultivés sont consommés dans les 3 structures de Camillian, l’excédent est vendu au marché.

Camillian Social Center
 Structure de soins aux malades du Sida.

Le Jardin d’Eden
 Centre où les malades peuvent travailler et vivre en famille 

Une vie Indépendante
  Hébergement pour les adolescents de 14 à 20 ans.  

Après la distribution des boissons, je reviens vers quelques « habitués » qui attendent de recevoir leur traditionnel billet. En général, je leur remets à chacun 100 bath = 2 €uros environ. Ce billet est remis discrètement car mes finances ne résisteraient pas à une distribution générale !

La cloche sonne un coup.

C’est donc 11 heures et l’annonce du repas pour les malades. Ceux qui peuvent se déplacer se dirigent vers la cantine, en plein air, sous le préau central. Les aides-soignants distribuent les plateaux puis vont servir ceux qui sont dans leur lit et enfin donnent à manger aux malades qui ne peuvent le faire seul.

Aujourd’hui, nul n’a besoin de moi et je m’assois donc près des malades, sous le préau, attentif à une aide quelconque.

Avant le repas du staff et des enfants pris dans la nouvelle salle de réfectoire, j’en profite pour visiter la nouvelle extension : au rez-de-chaussée, agrandissement de la cuisine et du réfectoire, au premier étage quelques chambres pour les travailleurs, à l’étage au dessus, un grand espace pour recevoir des citernes d’eau. Il est midi, la cloche retentit pour annoncer le second repas auquel je suis convié.
Les enfants arrivent et petit Moss, de loin, me reconnait, court, et se jette dans mes bras.
RAD - le jeune enfant qui devient aveugle, lorsque je lui dis quelques mots, me répond sérieusement…qu'il va bien ....en anglais.

TEU - léger trisomique, dont j’apprendrai un peu plus tard qu’il se nomme maintenant Peter (les noms sont particuliers en Thaïlande : On n’appelle jamais quelqu’un par son nom, mais par son prénom et plus souvent par un petit nom qui peut changer avec le temps).

C’est le cas de Teu-Peter qui court vers moi et veut aussi être pris dans mes bras.
Je découvre aussi deux nouveaux enfants. L’un, Not, tout petit, tout minuscule, âgé de 18 mois, est aussi excité qu’un petit singe. Il est arrivé voici 10 jours. L’autre, une petite fille très blanche de peau, doit avoir trois ans.

Petit singe/ NOT m’a fichu une sacré trouille durant le repas. Il cavalait entre les tables, passait sous les bancs et je n’ai eu que le temps de crier son nom alors qu’il d’essayait de mettre ses doigts dans une prise électrique. Surpris, il s’est retourné pour me regarder, ce qui a laissé le temps à un jeune Frère Camillian, Andrew, de le prendre vivement en essayant de lui faire comprendre qu’il ne fallait pas toucher à cela. Un enfant, où qu’il soit, reste un enfant !

Après le déjeuner,MOSS vient me chercher, veut prendre ma main qui est trop grosse pour ses petits doigts, serre très fort deux de mes doigts et me fait comprendre de le suivre jusqu’à sa classe à l’autre bout de la mission. Teu/Peter veut faire de même, et c’est donc avec chaque enfant par une main que je passe devant les malades. Tout le monde rie et j’entends quelques malades dirent que Moss a un nouveau Papa !

En quittant Peter, celui-ci retourne sa main et me fait signe qu’il attend que j’y mette quelque chose. Je sors du fond de ma poche un billet de 20 bath qu’il prend rapidement et glisse dans son pantalon.  Il joint ses mains sur son visage pour me dire merci et au-revoir avant de rentrer en classe.

Encore un peu de peu de temps avec les uns, les autres et vers 15 heures je quitte Camillian. Il fait de plus en plus chaud, heureusement un taxi collectif passe quelques minutes plus tard, me conduit à Ban Chang où j’attends le Bus pour Jomtien/Pattaya.

En route, la dernière phrase de Songsak me revient en mémoire :

«At Camillian, everybody love you too much Mitchel ”
    (A Camillian, tout le monde t’aime beaucoup Michel)

Par cette phrase, je suis remercié bien au-delà du peu que je fais ici.

Lundi 26 mai 2008

 

Voir les commentaires

Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Jak

7 Février 2008 -

La mission me téléphone en me disant que Jak arrive au bout du chemin. Je prends immédiatement un taxi et nous nous dirigeons le plus vite possible à Rayong.

Là-bas, une aide soignante guettait mon arrivée pour me dire que Jak m'attendait avant de s'en aller. Deux aides-soignants lui tiennent la main et lui parlent doucement. Ils lui annoncent que je viens d'arriver.
Je caresse son visage, essuie quelques larmes qui coulent de ses yeux, dont le regard n'est déjà plus avec nous. Je prends la relève d'un aide-soignant.
Pendant près de trois quart d'heure, ces derniers se relayent et je reste avec lui tout ce temps, jusqu'à son dernier souffle.
JAK est mort vers 15 h 45 – Jeudi 7 février 2008.

Il est parti très lentement et totalement apaisé. Seules ces larmes qui coulaient de temps à autres laissaient supposer que, sans nous voir, il gardait une certaine conscience.

Comme il n'avait plus de lien avec sa famille depuis le début de sa maladie, le Directeur de la mission me demande ce que je souhaite pour lui. 
La crémation bouddhiste s'est déroulée le 8 février à 16 heures.

 

Temple2

 

 

jack-002-copie-1.jpg

Etaient présents Kévin, Alain, Gérard, Wilfrid et moi

ainsi que quelques personnels de Camillian.
jack-006.jpg

 

00 bonzes env jack 010 c


Cendres Jak

La décision de l'aider, en mai 2006, impliquait de tenir tête à ceux qui ignoraient un être humain en difficulté.

Je m'étais promis de ne pas le laisser seul et sans soins. 

Cette promesse, qui n’était valable que pour moi-même, a été respectée.  J’ai pu l’accompagner durant de longs mois et l’assister pour la fin de sa courte vie.

Il aurait eu 32 ans en juillet 2008.En début de semaine prochaine, je retournerai à CAMILLIAN pour régler les derniers frais, et pour m’assurer que ses cendres reposent dans ce lieu adaptée  au centre.

Voir les commentaires

Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Jak

Mercredi 6 février 2008, exceptionnellement, le trajet pour Camillian est luxueux.

En effet, je dois travailler avec Wilfrid, un bénévole canadien, pour la Mission sur la préparation du calendrier 2009. Nous devons sélectionner les meilleures photos ou les plus « touchantes » parmi les clichés réalisées par Wilfrid.
Ensuite, nous voudrions joindre un texte d’accompagnement, et je mettrais cela en forme sur mon ordinateur, pour que Wilfrid puisse les présenter au Directeur de la mission.

Je pars donc avec un sac de documents et l’ordinateur portable. Ainsi harnaché, je ne m’imagine - même pas en rêve – sur le taxi-moto ou dans le bus bondé. Un juste prix est négocié avec un taxi (voiture) qui me conduit à Camillian mais ne m’attendra pas, car je ne sais pas à quelle heure nous aurons terminé.

Départ hôtel 9 h 15, à peine trois quart d’heure plus tard nous arrivons à Camillian, un vrai bonheur. Un confort qui a un prix (environ 12 Euros) c’est six fois le prix en moto et bus. J’apprécie néanmoins à sa juste valeur ce confort temporaire.

Arrivée à la Mission : mes chouchous Moss et Mac me sautent dans les bras, et le chauffeur de taxi me regarde – ahuri – ne comprenant pas très bien la situation.

Visite en salle de soins palliatifs. Quelques malades m’interpellent par mon prénom, et selon leurs possibilités font un salut du fond de leur lit avec les deux mains jointes devant le visage ou un semblant de salut ou avec une seule main. Mais c’est l’intention qui compte.

Jak est dans un semi coma.
Lundi, il ne parlait plus. Aujourd’hui, il entrouvre péniblement les yeux lorsque je lui parle, semble me regarder, mais me voit-il seulement ? Les yeux sont jaunes et vides d’expression. Il semble fixer un point sur le mur. En lui prenant un bras, et en lui parlant doucement, je réussis à lui faire avaler deux ou trois gorgées de jus d’orange à l’aide d’une paille.

C’est un effort considérable pour lui, il repart aussitôt dans son monde à lui, les yeux mi-clos. Arranger l’oreiller ou l’aider à faire un geste attire des grognements de
douleurs. Je renonce et préfère alerter les aides-soignants qui ont l’habitude de ces situations.

La cantine est ouverte, et la distribution des boissons commence. Coco m’aide à porter la soixantaine de canettes de Pepsi, Sprite, Fanta. Il surveille aussi pendant la distribution les resquilleurs.

Mes « clients » deviennent exigeants. Je dois retourner changer un surplus de Sprite pour des Pepsi manquants. Autrefois, on acceptait la boisson quelle qu’elle soit vers la fin de la distribution, aujourd’hui on « exige ».

Mais le client est roi n’est ce pas ?

L’heure suivante est consacrée au travail du calendrier. Repas ensuite avec le staff et les enfants. Deux heures encore de travail. Nous finalisons notre travail en gravant les CD.

Un peu plus tard, je suis seul devant les bureaux.
Dans son fauteuil électrique, un malade traverse la cour dans ma direction. Je souris car je ne lui ai pas donné ce matin son traditionnel billet de 100 bath. Il vient donc le chercher.
Il stoppe son fauteuil roulant, tire maladroitement sur la fermeture éclair de son sac, car une seule main est à peu prés valide. Il doit terminer l’ouverture avec les dents.

Alors il dirige sa main vers ma poche :
cela signifie : Tu me donnes des sous ? Parfois, je le fais    « marcher » un peu (Quel vilain jeu de mot) mais finis toujours par lui donner un billet et il le sait bien.

Une autre visite à Jak, toujours dans son semi coma. Il n’ouvre même pas les yeux lorsque je lui dis quelques paroles d’encouragement. Je parle un peu avec une aide soignante, et nous sommes d’accord, la situation est devenue très sérieuse.

Elle me promet de me téléphoner si ….

Wilfrid me raccompagne à Ban Chang, m’évitant ainsi l’attente sur le bord de la route, sous un soleil de plomb. Bus pour Pattaya. Il est 16 h 30, le bus n’est pas surchargé de clients. A l’arrivée à Pattaya, j’évite le taxi-moto et prend un vrai taxi sur le parking de la grande surface. Arrivée hôtel 18 heures.

Voir les commentaires

Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Jak

Lundi 4 janvier 2008, le taxi-moto roule vers l’arrêt de bus.
Le ciel devient menaçant et noir. Quelques gouttes tombent déjà. Non seulement, je n’ai aucun vêtement de pluie, pas de parapluie et je me suis habillé aujourd’hui avec un pantalon long et des chaussures qui vont faire éponge à la moindre flaque d’eau.
Tant pis, c’est trop tard, il fallait réfléchir avant de quitter l’hôtel.
 

Comme d’habitude, attente du bus, qui s’avère une fois encore particulièrement bondé. Une grande envie me saisit de prendre une photo à l’intérieur du bus, avec tous ces gens cramponnés aux porte-bagages, mais je n’ose pas. Comment cela sera-t-il pris par les Thaïlandais ? Je m’abstiens donc. 

Enfin, une place se libère juste derrière le chauffeur, je m’y installe. Nous roulons très lentement. Il pleut violemment. Le bus est très vieux, le compteur indique 840.883 kilomètres. Comme il ne fonctionne plus, et sans doute pas depuis hier matin, vous pouvez imaginer qu’il a beaucoup plus d’heures de route.

Mais ce n’est pas le motif de l’allure peu ordinaire du bus. Le motif n’est pas non plus la pluie violente, mais le chauffeur qui passe la plupart de son temps le téléphone portable collé à son oreille. Il en oublie alors de changer de vitesse. Avec le téléphone, on ne va pas plus loin que la seconde ! Enfin, si l’on va au fossé, malgré la pluie, le plouf ne sera pas violent.


Je traverse la cour de la Mission à vive allure, sous une averse tropicale (qui, normalement, n’arrive jamais en cette saison).

Moss et Mac, les enfants courent à ma rencontre. Chacha, dis-je (ce qui veut dire doucement). Je m’accroupis pour être à leur hauteur. Le petit Moss me fait une bise sur la joue, ce qui est rare en Thaïlande. Mac s’accroche à l’une de mes jambes. Il pose ses pieds sur l’une de mes chaussures, s’installe comme un petit singe, les fesses sur les talons. Je dois alors faire quelques pas, avec l’un dans les bras et l’autre en équilibre sur un pied. Heureusement, le jeu les intéresse assez vite et les voila repartis. Ils me rejoindront un peu plus tard au milieu des lits des malades.

Les autres malades assis à l’extérieur des bâtiments me saluent et je me dirige vers la salle de soins palliatifs – CPU (Care Palliatif Unit).
 
Le lit de Jak est vide, petite frayeur avant que je ne m’aperçoive qu’il a changé de lit. Il se trouve maintenant dans le lit à droite tout de suite en entrant. C’est le lit dans lequel il a passé plusieurs semaines lorsque nous l’avons conduit à Camillian le 31 octobre 2006.


Les yeux sont mi-clos, le visage de plus en plus tiré, il a encore maigri. Je pose une main sur le front, une autre sur la poitrine lui signalant ainsi mon arrivée. Il ouvre lentement les yeux, tourne son visage dans ma direction mais le regard semble lointain. Il ne prononce pas un mot, mais à un clignement des yeux je comprends qu’il me reconnait. Aucun sourire aujourd’hui ne m’accueille.

Quelques instants encore et je constate qu’il ne peut plus parler.
 

Jak ne tarde pas à « s’endormir » ou – en tout cas – à fermer les yeux et j’en profite pour faire le tour des malades dans cette salle. Un mot pour l’un, une main posée sur une jambe, sur une épaule, et toujours sourire avec une profonde énergie que je voudrais tant leur transmettre.

Aujourd’hui, la cantine est fermée car le responsable – malade lui aussi – est parti en consultation à l’hôpital. Pour acheter quelques boissons et friandises, je dois aller à l’extérieur, mais je ne peux effectuer ma distribution habituelle. Seuls, les patients à l’extérieur auront donc quelques menus cadeaux, et bien sur les deux enfants : Moss et Mac.

En continuant mes visites dans d’autres salles, je cède le passage à LAA, aveugle et malade. Elle se dirige vers le fond de la pièce, plie sa canne blanche, avance à tâtons et grimpe sur un lit occupé.


016Je m’arrête tout net et observe !
LAA s’assoit au pied du lit et commence un massage des pieds de la maman de Mac allongée dans le lit, sur le ventre.

Puis, l’aveugle pose ses mains sur le carrelage au mur, se redresse, et une fois debout, toujours les mains posées sur le mur, commence un massage en marchant sur les jambes de la malade dans son lit.


Après quelques heures, je décide de repartir et informe Jak. Avec difficulté, il me prend le bras avec sa seule main valide, me caresse lentement l’avant bras, puis retire sa main,
serre son pouce sur son index et frotte les phalanges l’une contre l’autre.

Ce qui, en langage universel, veut dire : argent.
Je souris et me dis que la tête fonctionne toujours. Il est vrai qu’aujourd’hui  je n’ai rien donné,  contrairement à chacune de mes visites où je glisse quelques billets dans son sac pour améliorer son ordinaire. Je pensais qu’il ne serait pas capable de « commander » quoi que ce soit, compte tenu de son état.  Je lui demande alors où se trouve son sac et son porte-monnaie. Aucune réponse bien sur ! Je cherche sur le lit, sous une serviette, ouvre les tiroirs de la table de nuit. Rien !

 

Bon, je mets quelques billets dans sa main qu’il referme.
- Jak, lorsque tu vas dormir, tu vas te faire voler cet argent. Il ne faut    pas le garder dans ta main.

Mais le sac a disparu. Evidemment je n’obtiens aucune réponse. Jak serre un peu plus fort les billets qui dépassent de ses doigts. Voila qui va attiser la convoitise de certains. Car, ici aussi, comme partout.. on peut se faire voler).


Une aide soignante a vu la scène et vient vers moi. Elle a parfaitement compris et je n’ai aucun mal à lui expliquer la situation. Elle parle à Jak en thaï, et nous réussissons, non sans mal, à ce qu’il lui remette l’argent qui sera déposé dans une enveloppe au bureau à son nom.


En quittant la mission, le ciel me tombe sur la tête en grosses gouttes.


Un camion taxi-collectif passe immédiatement, quelle chance !

Camion Taxi collectif
A Ban Chang, j’attendrai le bus pour Pattaya.

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog