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Le billet de Michel

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Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Jak

OCTOBRE 2006 - Depuis mon retour en Thaïlande, le 13 octobre 2006,  je n’ai pas beaucoup écrit à propos de Jak, à qui j’essaie d’apporter depuis près de six mois un peu de réconfort dans une vie bien dure.

Peu de nouvelles, car la situation – ce que je savais depuis le début – se complique et …. Proche d’un sentiment d’échec, je suis plutôt mécontent de moi.

 

Le jour de mon arrivée, par quel hasard, coup de fil de Jak qui me dit que cela va …un petit peu !.. Qu’il a du se rendre à l’hôpital et …. Voilà !!...

Pudeur asiatique !

Je ne demande pas de précisions indiscrètes. Par ailleurs les échos des amis qui l’ont vu une quinzaine de jours auparavant ne donnent pas lieu à trop s’alarmer.

 

Je ne m’inquiète pas outre mesure. Jak sait que je suis là et il peut me téléphoner à n’importe quel moment en cas de problème.

 

Ce qu’il fait un matin quelques jours suivants. Bien sur, je réponds que j’arrive immédiatement. Cependant les explications de l’endroit où il habite ne sont pas assez précises et je ne trouve pas. Je décide donc d’aller à la plage en attendant un nouvel appel qui arrive au moment même où je m’installais.  
 

Je repars aussitôt, alors que le ciel s’assombrit dangereusement. Quelques centaines de mètres parcourus, une pluie semblant traverser une énorme passoire tombe drue. Ce sont de très grosses gouttes qui n’ont pas l’air de mouiller. Une odeur de terre chaude et de pluie me remémore les pluies d’Auvergne des chauds mois de juin lorsque j’étais gamin. Un déluge s’abat, je presse le pas et c’est complètement trempé que j’atteins le Soï (ruelle). Le ciel est traversé par des éclairs d’autant impressionnants que le tonnerre tombe en même temps sur les paratonnerres des grands immeubles alentours. Quelques secondes et d’autres éclairs, d’autres tonnerres, parfois plusieurs en même temps. Est ce que la fin du monde sera comme cela ?.... Je ne me ferai pas plus fort que je ne suis et je vous assure que je suis « mort » de trouille. Je continue néanmoins, la tête dans les épaules. (Les mauvaises langues diront que ce n’est pas bien difficile car le cou n’est pas si long !!).

 

Encore quelques dizaines de mètres et je devrais être au bout du chemin. A ma gauche, Je n’aperçois qu’un immeuble qui aurait pu être un décor du film Orange Mécanique. A ma droite de vieilles carcasses de carrioles de marchand ambulant, des tas d’ordures me font demander où je me trouve !

Et je ne vois pas Jak …. La pluie toujours aussi puissante, le tonnerre  et les éclairs sont toujours mes mauvais compagnons.

 

A ce moment, un vieux monsieur, artisan, me fait signe et me propose un tabouret à l’abri de son atelier. Il doit se demander pourquoi un fareng (touriste) s’est égaré dans sa rue. L ‘expression de farang Ting Tong (un peu félé) !!! doit être juste.

J’accepte avec beaucoup de reconnaissance et remerciements sa proposition. La pluie frappe en saccade et balaie son atelier (et moi avec) par la devanture ouverte, mais au moins plus rien ne me tombe sur la tête.

Je frissonne et me rend compte soudain que je me trouve en plein courant d’air, car le fond de l’atelier est grand ouvert !  On m’a toujours dit, gamin, qu’il ne fallait jamais rester dans un courant d’air en plein orage. Que faire ?... partir en courant, ce ne serait pas correct et de toute façon il ne faut pas courir non plus. Je décide de rester en suppliant Bouddha,  Jésus-Christ et tous les autres de me protéger !

 

Un peu plus de trois quarts d’heure plus tard, sans avoir été foudroyé, les éclairs et le tonnerre cessent mais la pluie continue. Un Thaïlandais approche sous un parapluie, me fait signe de le suivre. Il ne peut se tromper, je suis bien le seul blanc dans tout le secteur.

Quelques dizaines de mètres plus loin et je retrouve enfin Jak.

 

La situation est pitoyable.  Il est là, assis sur un tabouret dans un couloir infâme et sale. Par pudeur, je ne décrirai pas Jak qui en me voyant, se recroqueville, ses épaules s’affaissent, la tête se baisse sous sa casquette, il n’ose me regarder et je peux voir de grosses larmes couler. Trop bouleversé, je ne peux rien dire et prends seulement ses mains abîmées par la maladie entre les miennes. J’attends quelques instants avant d’entamer le dialogue :

-          Jak, pourquoi tu es dans ce couloir ? où est ta chambre ? 
 

Il murmure une explication de clé, de fille qui partage sa chambre, à laquelle je ne comprends rien.

-        Jak, est ce que tu prends toujours tes médicaments ?

-        Oui

-        Est ce que tu manges correctement ?

-        Oui, un peu, mais je ne peux pas beaucoup manger.

-        Tu es allé à l’hôpital

-        Oui

-        Qu’est ce qu’ils t’ont dit ?

-        Rien.

-        Pourquoi ils ne t’ont pas gardé pour te soigner ?

-        Je ne sais pas.   (Me voilà bien avancé !)

-        Jak qu’est ce que tu veux que je fasse pour t’aider ?

-        Pas de réponse, un regard désespéré

-        Tu veux que je te conduise à l’hôpital

-        Non

-        Tu veux que je te conduise dans ta famille

-        Non, ils ne veulent plus de moi depuis que je suis malade.

-        Tu veux aller chez les Religieuses à Bangkok qui t’avaient soigné autrefois ?

-        Non, la sœur gentille est partie au Vietnam

…. !!!!....

 

Bon, il ne va pas rester dans ce couloir, je lui dis de demander une autre chambre (je glisse dans sa main un peu d’argent pour la chambre, pour manger et éventuellement pour les médicaments).


A cet instant, la propriétaire des lieux qui était resté à l’écart s’approche.
Elle a du voir les billets changer de poche!

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