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Le billet de Michel

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Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Jak

12 Juin 2007 - Nous arrivons en phase problématique. Cependant, je m’efforce de prendre un peu de recul et de ne "pas trop" culpabiliser. C’est aussi pour cela que j’observe un peu tout ce qui se passe autour de moi dans le bus ou à la plage et je le traduis par l’écriture avec – j’espère – quelque humour !  C’est aussi une façon "d’encombrer" mon esprit avec d’autres choses !!

 

Donc, j’ai trouvé Jak sur son lit à l’identique de mon départ trois mois auparavant. Il était un peu plus amaigri, les jambes ne sont plus que des os entourés d’une peau qui n’a rien d’humain. Hélas, il n’est pas le seul dans ce cas là à la mission.


Il est totalement incapable de se tenir debout et doit attraper chaque jambe avec les mains pour les bouger, pour s’asseoir ou pour se mettre dans le lit depuis le fauteuil roulant. Ce fauteuil qu’il utilise pour aller faire sa toilette. Quelqu’un l’aide ensuite.


Les genoux sont très gros, très "ronds" et les pieds sur le lit, lorsqu’il est sur le dos, sont totalement à plat c’est à dire les orteils vers l’extérieur. De l’orteil d’un pied à celui de l’autre pied, cela fait un angle de 180°. Je n’ai jamais vu cela de ma vie !

 

La peau, sur tout le corps, est horrible à voir. Ce n’est que tâches brun rougeâtre et points plus blanchâtres. Par endroit, il manque des morceaux entiers de « première » peau.  Si je voulais donner une image, je dirai que cela ressemble à une peau de serpent qui mue. Il me dit qu’il n’a pas mal et n’a pas envie de se gratter. Et c’est tout le corps qui est ainsi. Pour moi, ma vision du Syndrome de Kaposi  était des tâches brun/noir. Nous en sommes bien loin.

 

Les ongles (aussi bien des mains que des pieds) sont comme si plusieurs couches étaient collées successivement les unes sur les autres. C’est ce qu’il avait déjà l’an dernier.

 

Les mains : comment les décrire ? D’abord les doigts se déforment et il me semble qu’il a quelques difficultés pour les mouvoir. La peau ici est plus "rugueuse", en touchant on croirait que la main est rempli de sable, oui c’est cela de ..sable !

 

Le visage présente les mêmes caractéristiques que les mains, la peau est « granuleuse».

 

Ce matin, j’ai remarqué que les dents, qu’il avait autrefois plutôt blanches et "propres" deviennent jaunâtre et semblent se "gâter".  J’ai aussi aperçu – me semble t-il – des tâches blanches dans la bouches et sur la langue (Candidoses ?)

 

Il n’a pas de fièvre en ce moment.

 

Lorsque je suis arrivé, il ne cessait de me demander de le conduire à Bangkok car là bas, il serait soigné !  Il me citait le nom d’un Frère Brésilien qui le soignait bien – disait-il !  J’ai du recadrer un peu ses souvenirs en lui rappelant ses propos de l’époque : à savoir que ce Frère Brésilien était l’endroit où il allait dormir lorsqu’il allait à l’hôpital, si hôpital il y avait ? Dortoir ? Soins ? Pas de soins ? Où est la vérité ?

- Comment se fait-il que nous ayons dû trouver des solutions pour toi si à Bangkok on te soignait si bien ?

- Pourquoi ta carte jaune de soins (genre notre carte vitale) n’était pas à jour ?

Autant de questions sans réponse !

 

D’autre part, lorsque je lui avais demandé s’il voulait que je le transporte  à Bangkok, (auquel cas j’aurai peut-être trouvé une solution), il m’avait répondu par la négative.

 

J’ai du lui remémorer que nous étions arrivés dans cette mission après être passé chez un médecin de l’hôpital de Pattaya qui avait établi un certificat de « prise en charge par le gouvernement » pour aller à CAMILLIAN.

 

En quittant la mission, il réduira à néant cette prise en charge.

 

En supposant que nous prenions un taxi et que nous allions à Bangkok….

 

- Où allons-nous ? ….

- Vers quel hôpital ?....

- Avec quel dossier ?

- Et si on ne le veut pas ?...  Qu’est-ce que je fais de lui ?

 

Il a semblé comprendre et ne m’en a plus parlé. Je me suis dit : « bon il est devenu raisonnable ». Malheureusement, aujourd’hui une aide-soignante m’a informé que Jak  refusait d’être conduit chez un médecin ou à l’hôpital local pour quelques jours.

 

La mission n’a, ni médecin, ni laboratoire et chaque fois que nécessaire, il conduise le malade en ambulance à l’hôpital local de Mathaput ou Rayong. Camillian est un lieu  de Soins Palliatifs. Je ne suis pas certain qu’il ait compris son état !

 

Je lui ai donc demandé pourquoi il ne voulait pas voir un médecin. Sa réponse a été de tourner la tête de l’autre côté du lit et d’entrer dans un mutisme total. Voilà où nous en sommes.

 

Pour ma part, au début de ce séjour, je fus envahi par un grand sentiment de culpabilité :

 

- Est- ce que j’ai fait le maximum pour lui ?

- Est-ce que je ne pouvais pas faire autrement ?

- Aurais-je dû le laisser à sa mort annoncée dans son gourbi ?

- N’ai je pas – d’une certaine façon - été égoïste ?


Et ce soir, après son refus de voir le médecin, je me dis encore :

 

- Qu’est ce que j’ai « manqué » ?
- Est-il encore possible de « corriger » ?

Puis, très vite, je chasse ces pensées négatives et me répète que j’ai fait ce que j’ai pu dans une situation qui me dépassait largement, dans un pays qui n’est pas le mien, avec une mentalité fort différente !


Je ne crois pas qu’il soit possible et je ne suis pas certain de le vouloir ou de le pouvoir, de recommencer un nouveau chemin, comme celui vécu depuis un peu plus d’un an !

 

Et… N’étant  pas le Bon Dieu, je ne peux tout résoudre.

Le peut-il d’ailleurs, le Bon Dieu, s’il existe ?

 

Rassurez-vous, je ne déprime pas et je regarde avec objectivité la situation.

L'écriture est d'ailleurs un excellent exercice pour cela.

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