le-billet-de-michel
En France et
en Thaïlande.
Réalité de la vie et rêves de voyages
Lundi 7 janvier 2008, me voici en route pour une nouvelle visite.
Taxi moto, attente du bus, il s’arrête et à peine grimpé à l’intérieur, poussé par les autres passagers derrière moi (il faut toujours aller très vite, pour monter et pour descendre !) que
je me retrouve encore une fois entassé comme une sardine dans sa boite en métal !
Dans le bus environ cinquante places assises, nous sommes certainement plus de quatre vingt (je voulais
compter mais c’est mission impossible). Evidemment, au-delà de 50, la sardine est debout dans l’allée centrale, vous allez vite imaginer n’est ce pas, surtout ceux d’entre vous qui prennent le
métro, le RER ou le train aux heures de pointes ou les jours de grève…..
Voilà, c’est tout pareil, sauf que le métro, le RER ou le train roulent sur des rails, ce qui rend la trajectoire plus cohérente.
Bon, je vais faire court pour le bus aujourd’hui, et j’arrive environ une heure et demie plus tard à la
mission. A peine arrivé, ce sont les salutations à la Thaï, les mains jointes devant le visage incliné, et pour certains les accolades.
J’ai toujours, sincèrement, un grand moment de bonheur à retrouver tous ces malades d’âges divers car je vois sur leurs visages de grands sourires.
Et souvent, leur première parole est de s’inquiéter de ma santé.
J’entre dans la salle où Jak est toujours couché et le trouve prostré. Il me regarde mais il n’a pas, comme à son habitude, le sourire, le regard est d’une terrible tristesse. Je lui touche le front, il ne semble pas avoir de fièvre, mais il me dit qu’il n’a pas pu manger normalement depuis plusieurs jours car il a un problème à l’estomac. Il tousse de temps en temps et semble vraiment très fatigué.
Je lui apporte un morceau de pizza et un hot dog, dont il est friand, mais il ne regarde pas et cela reste dans le sac plastique. Il prend lentement l’enveloppe dans laquelle j’ai glissé quelque argent, mais il ne là met pas dans sa sacoche immédiatement.
A ma question, quelle boisson veut-il que j’aille chercher, il
a beaucoup de mal à se décider.
En me dirigeant vers la "cantine" pour lui acheter un Coca Cola et un Sprite, je m’attarde auprès de certains dont je suis devenu aussi, au fil des séjours, leur visiteur. Après avoir passé un peu plus d’une heure auprès de Jak, je quitte la mission sans avoir effectué une distribution générale de boisson. Ce sera pour la prochaine fois car aujourd’hui, il était nécessaire que je passe un peu plus de temps avec Jak.
Au retour, et contrairement à mon habitude, je n’observe pas grand-chose dans le bus.
Que de questions envahissent ma tête ! Il y a presque deux
ans, mon chemin a croisé celui de Jak, un jour sur la plage de Jomtien, alors que je n’avais jamais fait attention à lui.
Il travaillait pourtant sur cette plage depuis longtemps. Mais la plage est bien vaste, il y a beaucoup de monde et avant, il allait
bien !
C’est son aspect, et la certitude qu’il était très malade qui m’a fait intervenir, et le prendre en charge, malgré la désapprobation quasi générale des Farangs (touristes) et des thaïlandais.
Pourquoi l’ai-je pris en charge ? Je n’en sais rien.
Sans doute parce qu’il était malade, seul, abandonné de tous, y compris de sa famille, et certainement parce que je ne pouvais pas accepter cette indifférence générale, qui me révoltait !
Comment aurais-je pu continuer mon farniente sur une chaise
longue, face à la mer, alors que quelqu’un à côté de moi vivait une terrible situation !
Madame ROYAL aurait sans doute dit : «en désespérance» !
Inconnu pour moi, c’est un malade à qui j’ai tendu la main et essayé d’apporter quelques aides et réconforts. C’est aussi pour qu’il puisse obtenir des soins, une nourriture et un toit qu’avec Kévin Anglais/Australien, nous avons pu le conduire dans cette institution près de Rayong.
C’est un peu tout cela qui me revenait en mémoire dans le bus du retour vers Jomtien.
La maladie évolue inexorablement, et je ne suis pas sans connaître la façon dont ce séjour devrait se
terminer pour Jak.
Il en sera, vraisemblablement, pour lui comme pour le plus grand nombre des malades que j’ai connu durant cette dernière année. Ils ont, après un séjour plus ou moins long, quitté ce
monde.
Je suis quelque peu pessimiste aujourd’hui, mais ne soyez pas inquiet pour moi, même si ce n’est pas toujours
facile, car chaque situation, en fonction de l’évolution de la maladie, est différente.
Il est donc assez normal que de nouvelles questions se posent.