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Le billet de Michel

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Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Jak

Lundi 4 janvier 2008, le taxi-moto roule vers l’arrêt de bus.
Le ciel devient menaçant et noir. Quelques gouttes tombent déjà. Non seulement, je n’ai aucun vêtement de pluie, pas de parapluie et je me suis habillé aujourd’hui avec un pantalon long et des chaussures qui vont faire éponge à la moindre flaque d’eau.
Tant pis, c’est trop tard, il fallait réfléchir avant de quitter l’hôtel.
 

Comme d’habitude, attente du bus, qui s’avère une fois encore particulièrement bondé. Une grande envie me saisit de prendre une photo à l’intérieur du bus, avec tous ces gens cramponnés aux porte-bagages, mais je n’ose pas. Comment cela sera-t-il pris par les Thaïlandais ? Je m’abstiens donc. 

Enfin, une place se libère juste derrière le chauffeur, je m’y installe. Nous roulons très lentement. Il pleut violemment. Le bus est très vieux, le compteur indique 840.883 kilomètres. Comme il ne fonctionne plus, et sans doute pas depuis hier matin, vous pouvez imaginer qu’il a beaucoup plus d’heures de route.

Mais ce n’est pas le motif de l’allure peu ordinaire du bus. Le motif n’est pas non plus la pluie violente, mais le chauffeur qui passe la plupart de son temps le téléphone portable collé à son oreille. Il en oublie alors de changer de vitesse. Avec le téléphone, on ne va pas plus loin que la seconde ! Enfin, si l’on va au fossé, malgré la pluie, le plouf ne sera pas violent.


Je traverse la cour de la Mission à vive allure, sous une averse tropicale (qui, normalement, n’arrive jamais en cette saison).

Moss et Mac, les enfants courent à ma rencontre. Chacha, dis-je (ce qui veut dire doucement). Je m’accroupis pour être à leur hauteur. Le petit Moss me fait une bise sur la joue, ce qui est rare en Thaïlande. Mac s’accroche à l’une de mes jambes. Il pose ses pieds sur l’une de mes chaussures, s’installe comme un petit singe, les fesses sur les talons. Je dois alors faire quelques pas, avec l’un dans les bras et l’autre en équilibre sur un pied. Heureusement, le jeu les intéresse assez vite et les voila repartis. Ils me rejoindront un peu plus tard au milieu des lits des malades.

Les autres malades assis à l’extérieur des bâtiments me saluent et je me dirige vers la salle de soins palliatifs – CPU (Care Palliatif Unit).
 
Le lit de Jak est vide, petite frayeur avant que je ne m’aperçoive qu’il a changé de lit. Il se trouve maintenant dans le lit à droite tout de suite en entrant. C’est le lit dans lequel il a passé plusieurs semaines lorsque nous l’avons conduit à Camillian le 31 octobre 2006.


Les yeux sont mi-clos, le visage de plus en plus tiré, il a encore maigri. Je pose une main sur le front, une autre sur la poitrine lui signalant ainsi mon arrivée. Il ouvre lentement les yeux, tourne son visage dans ma direction mais le regard semble lointain. Il ne prononce pas un mot, mais à un clignement des yeux je comprends qu’il me reconnait. Aucun sourire aujourd’hui ne m’accueille.

Quelques instants encore et je constate qu’il ne peut plus parler.
 

Jak ne tarde pas à « s’endormir » ou – en tout cas – à fermer les yeux et j’en profite pour faire le tour des malades dans cette salle. Un mot pour l’un, une main posée sur une jambe, sur une épaule, et toujours sourire avec une profonde énergie que je voudrais tant leur transmettre.

Aujourd’hui, la cantine est fermée car le responsable – malade lui aussi – est parti en consultation à l’hôpital. Pour acheter quelques boissons et friandises, je dois aller à l’extérieur, mais je ne peux effectuer ma distribution habituelle. Seuls, les patients à l’extérieur auront donc quelques menus cadeaux, et bien sur les deux enfants : Moss et Mac.

En continuant mes visites dans d’autres salles, je cède le passage à LAA, aveugle et malade. Elle se dirige vers le fond de la pièce, plie sa canne blanche, avance à tâtons et grimpe sur un lit occupé.


016Je m’arrête tout net et observe !
LAA s’assoit au pied du lit et commence un massage des pieds de la maman de Mac allongée dans le lit, sur le ventre.

Puis, l’aveugle pose ses mains sur le carrelage au mur, se redresse, et une fois debout, toujours les mains posées sur le mur, commence un massage en marchant sur les jambes de la malade dans son lit.


Après quelques heures, je décide de repartir et informe Jak. Avec difficulté, il me prend le bras avec sa seule main valide, me caresse lentement l’avant bras, puis retire sa main,
serre son pouce sur son index et frotte les phalanges l’une contre l’autre.

Ce qui, en langage universel, veut dire : argent.
Je souris et me dis que la tête fonctionne toujours. Il est vrai qu’aujourd’hui  je n’ai rien donné,  contrairement à chacune de mes visites où je glisse quelques billets dans son sac pour améliorer son ordinaire. Je pensais qu’il ne serait pas capable de « commander » quoi que ce soit, compte tenu de son état.  Je lui demande alors où se trouve son sac et son porte-monnaie. Aucune réponse bien sur ! Je cherche sur le lit, sous une serviette, ouvre les tiroirs de la table de nuit. Rien !

 

Bon, je mets quelques billets dans sa main qu’il referme.
- Jak, lorsque tu vas dormir, tu vas te faire voler cet argent. Il ne faut    pas le garder dans ta main.

Mais le sac a disparu. Evidemment je n’obtiens aucune réponse. Jak serre un peu plus fort les billets qui dépassent de ses doigts. Voila qui va attiser la convoitise de certains. Car, ici aussi, comme partout.. on peut se faire voler).


Une aide soignante a vu la scène et vient vers moi. Elle a parfaitement compris et je n’ai aucun mal à lui expliquer la situation. Elle parle à Jak en thaï, et nous réussissons, non sans mal, à ce qu’il lui remette l’argent qui sera déposé dans une enveloppe au bureau à son nom.


En quittant la mission, le ciel me tombe sur la tête en grosses gouttes.


Un camion taxi-collectif passe immédiatement, quelle chance !

Camion Taxi collectif
A Ban Chang, j’attendrai le bus pour Pattaya.

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