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Le billet de Michel

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Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Camillian

En entrant dans la cour de Camillian Social Center, les malades, assis à l’extérieur, m’aperçoivent et crient : « Sawadee Krap, khun Mitchel » (Bonjour Michel).  Certains me font le salut Thaï, les mains jointes devant le visage, d’autres se jettent dans mes bras, ne lâchent plus mes mains. LAA, aveugle, à qui son époux vient d’annoncer mon arrivée, lorsque je m’approche d’elle, me serre dans ses bras durant de longues minutes.

C’est ainsi dans toutes les salles que je visite, avec les malades qui me connaissent. C’est du pur bonheur de les retrouver. Hélas, quelques uns ne sont plus là !  Les nouveaux me regardent avec un brin de curiosité. Ils doivent se demander qui est ce farang qui vient les saluer.

Une femme imposante en veste blanche, la croix rouge de l’ordre des Camillian brodée, accourt et me serre fort, très fort.

How are You Mitchel ? (Comment vas tu Michel ?)  
J’ai un trou de mémoire car je ne reconnais pas cette personne. En tout cas, elle semble parfaitement me connaître, donc je fais comme ci

…. Sans doute une malade dont l’état est stationnaire, si j’en juge par les tâches qu’elle a sur les bras, devenue pour un temps Aide-soignante !

Songsak, aide-soignant, est à mes côtés et me donne des renseignements sur l’état de chacun et notamment des nouveaux arrivés. D’où viennent-ils, depuis combien de temps sont-ils là ? 

Un jeune homme semble un peu perdu. Il est arrivé depuis peu de Bangkok et le bras ainsi que la jambe gauche sont partiellement paralysés. Pour faire un peu diversion, je lui demande de me serrer fort la main avec sa main valide, ce qu’il fait, et je ne tarde pas à crier « Tiep mac maa » ce qui veut dire, tu me fais très mal. C’est un enfantillage, mais tout le monde rie de bon cœur.

La santé de plusieurs malades a fortement déclinée depuis mon départ en février dernier. Et comme toujours, les stigmates de la maladie se voient (la peau se couvre de tâches, les membres s’atrophient).   "Vacherie de SIDA" !

 Auprès d’eux, je m’arrête plus longuement: caresser un bras ou une jambe, tenir des mains atrophiées, ne pas craindre une accolade. C’est bien le moins que je puisse offrir, laisser parler mon cœur avec des gestes simples, donner un peu d’affection qui ne coûte rien, mais tellement  importante, pour un malade.

La dame âgée, se trouve toujours dans le même lit, juste en face de l’entrée, dans la grande salle des soins palliatifs. Je l’appelle Miss Coca Cola car elle est accro à cette boisson et ne veut rien d’autre.

En parlant de Coca Cola, il est temps de rejoindre  la cantine pour remplir le panier de: Coca – Pepsi – Sprite – Fanta, etc.… Aujourd’hui ce sera pour 70 « clients ». La distribution commence.

Parfois, je dois ouvrir la canette, mettre celle-ci dans leurs mains abimées, ou les aider à saisir la paille pour faciliter la boisson. Quelquefois, il faut assister le malade pour qu’il puisse s’asseoir dans son lit.

« Patient – Attentionné – Souriant »  Trois mots importants, me semble t-il, lorsque l’on s’adresse à ces malades très diminués.

Parfois quelques resquilleurs (mais oui, il y en a aussi !) ne manquent pas d'imagination pour obtenir plusieurs boissons, mais en général celui qui m’accompagne dans la distribution veille et remet de l’ordre.

En passant près de Fée, la petite fille aveugle, arrivée en décembre 2006, je la cajole et elle me tend ses petits bras. Bon, ok, là voila sur un de mes bras, mais très vite la situation se complique. La petite gesticule, s’accroche à mes lunettes et il ne me reste plus qu’une main pour ouvrir la canette. Je vous conseille d’essayer !
En là confiant à une malade, Fée pleure un peu, puis très vite se calme.

Mais au fait, je n’ai pas vu Mac (5 ans) et Moss (3 ans), mes petits chouchous du dernier séjour. Songsak, m’indique que Moss est en salle de classe avec les enfants qui restent à la mission. Je n’ai pas vu sa maman tout à l'heure.

Mac et sa maman ont rejoints le « Jardin d’Eden ». Il s’agit d’une structure à 40 km de la mission ou ceux dont le traitement ne justifie pas des soins particuliers vont séjourner. Ce faisant, cela libère des places pour de nouveaux malades.
Au Jardin d’Eden, chacun travaille en fonction de ses capacités. Les fruits et les légumes cultivés sont consommés dans les 3 structures de Camillian, l’excédent est vendu au marché.

Camillian Social Center
 Structure de soins aux malades du Sida.

Le Jardin d’Eden
 Centre où les malades peuvent travailler et vivre en famille 

Une vie Indépendante
  Hébergement pour les adolescents de 14 à 20 ans.  

Après la distribution des boissons, je reviens vers quelques « habitués » qui attendent de recevoir leur traditionnel billet. En général, je leur remets à chacun 100 bath = 2 €uros environ. Ce billet est remis discrètement car mes finances ne résisteraient pas à une distribution générale !

La cloche sonne un coup.

C’est donc 11 heures et l’annonce du repas pour les malades. Ceux qui peuvent se déplacer se dirigent vers la cantine, en plein air, sous le préau central. Les aides-soignants distribuent les plateaux puis vont servir ceux qui sont dans leur lit et enfin donnent à manger aux malades qui ne peuvent le faire seul.

Aujourd’hui, nul n’a besoin de moi et je m’assois donc près des malades, sous le préau, attentif à une aide quelconque.

Avant le repas du staff et des enfants pris dans la nouvelle salle de réfectoire, j’en profite pour visiter la nouvelle extension : au rez-de-chaussée, agrandissement de la cuisine et du réfectoire, au premier étage quelques chambres pour les travailleurs, à l’étage au dessus, un grand espace pour recevoir des citernes d’eau. Il est midi, la cloche retentit pour annoncer le second repas auquel je suis convié.
Les enfants arrivent et petit Moss, de loin, me reconnait, court, et se jette dans mes bras.
RAD - le jeune enfant qui devient aveugle, lorsque je lui dis quelques mots, me répond sérieusement…qu'il va bien ....en anglais.

TEU - léger trisomique, dont j’apprendrai un peu plus tard qu’il se nomme maintenant Peter (les noms sont particuliers en Thaïlande : On n’appelle jamais quelqu’un par son nom, mais par son prénom et plus souvent par un petit nom qui peut changer avec le temps).

C’est le cas de Teu-Peter qui court vers moi et veut aussi être pris dans mes bras.
Je découvre aussi deux nouveaux enfants. L’un, Not, tout petit, tout minuscule, âgé de 18 mois, est aussi excité qu’un petit singe. Il est arrivé voici 10 jours. L’autre, une petite fille très blanche de peau, doit avoir trois ans.

Petit singe/ NOT m’a fichu une sacré trouille durant le repas. Il cavalait entre les tables, passait sous les bancs et je n’ai eu que le temps de crier son nom alors qu’il d’essayait de mettre ses doigts dans une prise électrique. Surpris, il s’est retourné pour me regarder, ce qui a laissé le temps à un jeune Frère Camillian, Andrew, de le prendre vivement en essayant de lui faire comprendre qu’il ne fallait pas toucher à cela. Un enfant, où qu’il soit, reste un enfant !

Après le déjeuner,MOSS vient me chercher, veut prendre ma main qui est trop grosse pour ses petits doigts, serre très fort deux de mes doigts et me fait comprendre de le suivre jusqu’à sa classe à l’autre bout de la mission. Teu/Peter veut faire de même, et c’est donc avec chaque enfant par une main que je passe devant les malades. Tout le monde rie et j’entends quelques malades dirent que Moss a un nouveau Papa !

En quittant Peter, celui-ci retourne sa main et me fait signe qu’il attend que j’y mette quelque chose. Je sors du fond de ma poche un billet de 20 bath qu’il prend rapidement et glisse dans son pantalon.  Il joint ses mains sur son visage pour me dire merci et au-revoir avant de rentrer en classe.

Encore un peu de peu de temps avec les uns, les autres et vers 15 heures je quitte Camillian. Il fait de plus en plus chaud, heureusement un taxi collectif passe quelques minutes plus tard, me conduit à Ban Chang où j’attends le Bus pour Jomtien/Pattaya.

En route, la dernière phrase de Songsak me revient en mémoire :

«At Camillian, everybody love you too much Mitchel ”
    (A Camillian, tout le monde t’aime beaucoup Michel)

Par cette phrase, je suis remercié bien au-delà du peu que je fais ici.

Lundi 26 mai 2008

 

Commenter cet article

christine 22/06/2008 23:30

bravo Michel.
Te lire est toujours un plaisir, merci de nous faire partager ces moments là, tes emotions qui nous touchent, des tranches de vie bien loin de ce monde égoïste.
bises

Nathalie 10/06/2008 20:18

je te reconnais bien là Michel....après avoir été mon papa "professionnel"... tu continues à être un bon "père" ! gros bisous. nat

reymond 03/06/2008 21:01

super blog que j'attendais depuis longtemps
merci michel

Loisy jf 29/05/2008 19:40

Cher Michel
Bravo pour ce blog avec les photos c'est mieux pour comprendre la vie de tes amis (ils le sont devenus)
Bien à toi
Nous t'attendons à trouville
mt et jf loisy

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