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Le billet de Michel

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Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Les Gens

Dimanche 21 janvier 2007

 

Gérard et moi visitons Marc à l’hôpital de CHONBURI. Gérard et Marc se connaissent depuis 43 ans, c’est dire combien la situation, fort pénible pour Marc sur son lit d’hôpital, est aussi extrêmement difficile pour Gérard. Hélas, Marc ne va pas fort ! Un souffle rauque répond comme un écho à l’air qu’insuffle la machine par la trachéotomie. Il est très fatigué, mais n’en a pas moins toute sa conscience, et juste avant de le quitter, il me fait comprendre de lui donner des nouvelles de JAK. Ce que je fais avant de prendre le chemin du retour, pendant lequel nous sommes très perplexes !

 

Lundi 22 janvier 07

 

Comme un ami thaïlandais souhaite m’accompagner à la mission et ne dispose que du mardi pour jour de congé, je reporte ma visite du lundi.

Quelques instants de relaxe à la plage sous un ciel gris et triste et un vent un peu frisquet. Vers 12 h 30, je téléphone à Gérard qui est retourné à l’hôpital. Hélas, l’état de Marc est encore plus mauvais que la veille. Je suis inquiet et ne tient plus en place. Je décide de quitter la plage et de repartir pour CHONBURI.

 

J’embarque dans le bus de 14 heures, qui s’avère – hélas – plus lent qu’un omnibus. Nous quittons l’arrêt et dix minutes plus tard le bus s’arrête pour …. Déjeuner du chauffeur = durée 20/25 minutes. Et pendant ce temps, nous attendons ! Départ à nouveau, ouf ! Mais quinze minutes plus tard… arrêt cigarette du chauffeur = durée 10 minutes ! Pendant ce temps, le préposé à l’ouverture des portes harangue la foule en criant à tue tête : direction Bangkok, dépêchez vous !!!

 

De fort méchante humeur, je le regarde tout en pensant : quelle bêtise !... Imaginez quelqu’un sur le trottoir, entendant qu’un bus va partir pour Bangkok, se dit.. « Tiens, je vais faire un tour à Bangkok » oubliant ainsi ce pourquoi il se trouve là !.... Il est des choses incompréhensibles ici en Asie pour un esprit cartésien !

 

Bref, il est presque 15 heures. Je peste car nous n’avons pas parcouru beaucoup de kilomètres. Et pour améliorer la situation, un moment plus tard, le bus s’engage pour faire le plein de gas-oil car on le fait ici rarement avant de partir (peut-être faut-il attendre d’avoir quelque argent !). Notre chauffeur s’engage dans la station service et essaie de se glisser entre les pompes et un camion. Il s’arrête, cela semble étroit, recule un peu et recommence pour finir parfaitement coincer entre une pompe sur le côté droit et l’avant gauche du bus coincé à l’arrière gauche du camion. On ne peut plus bouger ! Il faut donc attendre que le chauffeur du camion veuille bien bouger son véhicule.

 

Enfin nous repartons  et peu après, mon téléphone sonne. C’est Gérard qui, à peine revenu de CHONBURI, a été prévenu par l’hôpital du décès de Marc. Nous convenons de nous retrouver à l’hôpital, je continue mon trajet en bus, il me rejoint en taxi.

 

Peu de temps après, le bus s’emballe. Le chauffeur se croirait-il au volant d’une « Porsche » ?  A t-il prit du retard sur son horaire ? Peut-être, tout simplement, est ce l’effet des bières ingurgitées pendant les arrêts ?

 

Encore une heure environ et me voici arrivé à destination. Je grimpe rapidement les étages et trouve la dépouille de Marc enveloppé dans un drap, les mains et le visage découverts, sur un brancard au milieu des malades et des visiteurs, comme je l’ai déjà vu pour d’autres décès. La mort ici n’est pas considérée et traitée comme en occident !

 

Immédiatement, le nécessaire est fait pour conduire Marc en chambre funéraire. Et là aussi, rien à voir avec nos rites. L’endroit est exigu et il faut slalomer entre plusieurs morts, seulement enveloppés dans une feuille de plastique transparente.

 

En attendant Gérard, je téléphone à l’ambassade pour les informer du décès. Le Consul m’assure que le nécessaire sera fait pour faciliter les démarches.

 

Gérard, accompagné d’un ami, arrive avec un taxi à qui il demande d’attendre pour notre retour. Visite douloureuse à Marc puis nous quittons l’hôpital en cherchant notre taxi.

 

Une fois installés dans la voiture, nous regardons le chauffeur faire une prière à Bouddha avant d’actionner le démarreur. Teuf.. teuf..teuf….. et, rien de plus. Plusieurs fois, il recommence, en vain ! Bon, il manquait plus que ça !... Impossible de démarrer la voiture. Elle est chaude nous dit-il gêné, avec un sincère « Sorry Sir »….. Plusieurs chauffeurs de taxi s’approchent. C’est à qui donne son avis devant le capot ouvert. On touche un câble, on secoue la tête, on est perplexe devant le mal qui ronge ce moteur. Le plus beau reste à venir : L’un des chauffeurs, depuis un long moment au téléphone avec un spécialiste (?), demande au chauffeur de démarrer… teuf teuf teuf …. Pendant que ce chauffeur dispose son téléphone portable au dessus du moteur….. Vous avez déjà vu une consultation auprès d’un garagiste par téléphone vous ?...

 

Bon, et maintenant, que faisons nous ? … le chauffeur indique que son boss va nous envoyer un autre taxi… Non merci bien ! Dans ce cas, il faut attendre plus d’une heure et demie puis reprendre la même route pour le retour. Nous décidons d’abandonner ce taxi à son aventure et de prendre une voiture directement ici à l’hôpital. Nous négocions un prix avec un taxi moto qui part à la recherche d’un taxi. Quelques minutes plus tard, c’est le même garçon – il a changé de chemise- qui arrive en voiture avec deux places normales devant, et derrière une toute petite banquette où seule Mimi Mathy pourrait être à l’aise !... Mais nous n’avons plus le choix, on y va. C’est inconfortable au possible. Le retour est long car la route encombrée et il commence à pleuvoir. Un énorme orage nous tombe dessus ce qui est très rare en cette saison. A l’arrivée à Pattaya, il est presque 20 heures.

 

Rendez-vous est pris pour le lendemain matin pour 7 heures, chez Gérard, qui sera accompagné par deux amis parisien. Nous retournons à l’hôpital pour toutes les formalités.

 

Mardi 23 janvier 07

 

Deux thaïlandais doivent se joindre à nous et c’est en minibus que nous rejoindrons CHONBURI. Sept heures, le taxi est là, les quatre européens aussi, et nous attendons les Thaïlandais qui arrivent calmement avec 20 minutes de retard. Ils ne sont pas deux mais … trois. C’est ainsi en Thaïlande !

 

A l’hôpital, nous avons rendez vous à neuf heures avec une société identique aux pompes funèbres en France, son nom = Siam Funeral.

Nous sommes un peu en avance et la société en retard et en profitons pour effectuer une nouvelle visite à Marc.

 

A notre arrivée, l’administration nous indique que nous ne pouvons rien faire car seule l’ambassade de France peut gérer la situation !  Fort de mon entretien avec le Consul, hier, je fais les gros yeux et certifie que le nécessaire a été fait pour que nous puissions intervenir. Cela ne semble impressionner personne !  

 

Il est alors 9 h et je téléphone à l’ambassade. La standardiste répond que Mr le Consul ne sera pas là avant 9 h 15 ou 9 h 30. Je raccroche et rappelle vers 9h 20. Toujours pas de Consul… et ainsi de suite toutes les cinq minutes. Il est maintenant presque 9 h 40 et devant mon insistance, la standardiste, un peu excédée sans doute, consent à me donner la ligne directe du Consul. Les minutes passent et mes appels, en absence, doublés de plusieurs messages sur répondeur restent sans réponses. Entre temps, les représentants de Siam Funeral  sont arrivés et nous leurs demandons de patienter car nous sommes dans une impasse administrative. Heureusement que le Consul a fait (à ce qu’il m’a dit)  le nécessaire hier !!!!

 

Bon, je ne vais pas vous narrer le détail, car tout cela a duré toute la matinée. Appels téléphoniques, fax, photocopies… Enfin, au bout de presque trois heures, et sur la promesse d’un fax de l’ambassade – du service de l’état civil -nous devrions pouvoir disposer de la dépouille de Marc, mais nous ne savons pas si ce sera aujourd’hui ou demain.

 

Nous repartons pour Pattaya en attendant un appel téléphonique. Après paiement de la facture de l’hôpital, le certificat de décès est obtenu.  A ce moment là, je pense que le plus dur est fait. C’est être on ne peut plus optimiste !

A Pattaya, Gérard prend contact avec le temple bouddhiste et les bonzes sont d’accord pour une cérémonie suivie de la crémation le même jour ou le lendemain.

 

Mardi 23 janvier – 14 h 30

 

Appel téléphonique de Siam Funeral. Ils sont en route avec le corps. Nous contactons par SMS / Texto tous ceux qui connaissent Marc et les informons de nous rejoindre séance tenante au Temple, à la sortie de la ville. Nous y serons environ une quinzaine de personnes.

 

Arrivée de Siam Funeral suivi par une voiture (genre camionnette de Police) dans laquelle se trouve Marc. Le responsable me dit aussitôt : « Je n’ai pas reçu la procuration que devait me faxer l’Ambassade, normalement, je ne dois pas être là ».

 

Nouveau coup de fil à l’ambassade. Je joins enfin le Consul qui me dit qu’il n’y a aucun problème, le fax va partir immédiatement. Je rassure le responsable de Siam Funeral, et la cérémonie commence, suivie par la crémation. Pendant cette cérémonie, nous sortons dans la cour et partageons quelques souvenirs.

 

Le responsable Siam s’approche de moi et me précise qu’il vient de téléphoner à sa société, le fax n’est toujours pas arrivé… Ce que nous faisons donc est illégal !!!... Je regarde le four, me tourne vers lui et lui dit … TO LATE (trop tard) en le rassurant que cela sera régularisé ce soir… Je rappelle à nouveau l ‘Ambassade, où personne ne répond!

 

Il faut encore attendre un long moment avant que la crémation soit terminée et assistons – nous sommes encore cinq – au tri des ossements. Le préposé nous explique que celui ci est un os du crâne, un autre, un bout de tibia…. Etc.

 

Cela vous paraîtra peut-être macabre, sordide, ou inconvenant. Je vous assure qu’il n’en ait rien. Pour ma part, devant ces restes du corps, après la crémation, je ne peux que penser à la futilité des choses, de la vie, de l’humain, des biens, de l’orgueil, de l’argent…

 

J’ajouterai que mon choix est fait depuis longtemps pour la crémation, et celle ci, confirme encore un peu plus ma décision.

 

En effet, ces quelques semaines et le cancer des poumons ont détruits le corps de Marc. Les stigmates de  la maladie sont la dernière vision dans nos esprits. La crémation a réduit a si peu son corps qu’elle a permis d’oublier instantanément cette dernière vision, pour n’en conserver que celle de Marc d’avant, vivant, souriant, sur la chaise longue à la plage, au restaurant, ou nous servant un apéritif, dans leur maison avec Gérard.  Nous n’abandonnons pas / n’enfermons pas quelqu’un dans un cercueil, nous retrouvons celui ci dans nos souvenirs et dans nos cœurs, au moment où il était bien et bon vivant !

 

J’ose même dire, et je ne suis pas le seul, que nous sommes soulagés en quittant le temple !

 

Hélas, les ennuis administratifs ne sont pas terminés. A peine revenu de la cérémonie, je reçois à l’hôtel un nouvel appel de l’ambassade. Un autre correspondant me dit qu’il va faire le nécessaire pour la procuration qu’il mettra au courrier demain !  Inutile de vous dire que je serre les dents pour rester poli et aimable, en lui demandant de faxer dés ce soir ce document car toute la cérémonie est actuellement terminée.

En serrant les dents, mon amabilité a des limites, et je sens à l’autre bout du téléphone la stupeur de ce Monsieur, qui ne rajoute rien – et c’est tant mieux ! Il me dit alors qu’il fait partir immédiatement ce fax.  

 

La coordination des services de notre Ambassade me laisse perplexe, ce qui m’incite à demander à Gérard de faxer le certificat de décès de Marc à Bangkok dés le lendemain matin. On ne sait jamais !

 

Mercredi 24 janvier 07

 

Ce fut une riche idée, car alors que je téléphonais une la énième fois à l’ambassade, on me dit qu’un fax est arrivé à leur intention mais ce n’est pas ce document que nous devons fournir. Il faut – avec celui ci – aller à la Police locale pour établir un acte de décès authentique sur papier jaune. Cet acte devra être traduit en français par une société agrée

par l’ambassade. Et bien, c’aurait été tellement simple de nous donner ces indications la veille quand nous étions encore à CHONBURI … Il n’y a plus qu’à contacter  à nouveau Siam Funeral … et on recommence tout !

 

Vendredi 26 janvier 07

 

A l’heure où je termine l’écriture de ce texte, nous sommes en fin de journée vendredi, j’ai harcelé nos pompes funèbres locales qui ont eu beaucoup de patience avec moi, j’ai demandé à l’ambassade de me confirmer la bonne réception des documents et leurs exactitudes.

 

Ce soir, Siam funeral m’affirme que tout est ok. Les documents originaux et leurs traductions ont été remis à l’ambassade ce matin. Mais de la part de l’ambassade aucune nouvelle !

 

Je vais donc essayer d’oublier jusqu’à lundi en essayant de me convaincre que : pas de nouvelle = bonne nouvelle.  (Si j’ose dire !)

 

Demain samedi, visite aux malades sidéens, à la mission, que j’ai délaissés toute la semaine.

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Cet arrticle est publié avec l'autorisation de Gérard, le 23 septembre 2008.

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