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Le billet de Michel

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Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Camillian

Lundi 29 septembre 2008, je reprends le chemin de la Mission.

Pour être tout à fait sincère, j’avoue que cela est plus dur qu’auparavant. Il n’est pas facile de reprendre  le chemin de Camillian sans se poser des questions :


>  Qui ne sera plus là ?
>  Dans quel état seront ceux qui restent ?
>  Et les enfants, comment vont-ils ?
> Devant cette misère, que puis-je changer ?... Ici, je connais la réponse : c’est RIEN.  Je ne peux rien faire qui fasse que ces malades se portent mieux…

 

Malgré ces questions, et un certain mal être, ce matin, consécutif à une nuit perturbée par des rêves en rapport avec les malades et leurs situations, je me lève néanmoins avec énergie et vers 8 h 30, je suis en route.

 

Taxi moto pour commencer, et celui-ci ne m’arnaque pas, car actuellement en Thaïlande, je trouve qu’ils poussent le bouchon un peu loin : Peu de clients alors on voudrait réaliser le même chiffre avec ceux qui sont là, les tarifs suivent une courbe ascendante assez désagréable !

 

Bus 57 Bangkok - Rayong, que vous connaissez bien maintenant. Evidemment surchargé, mais une surcharge normale, on pourrait encore faire entrer une quinzaine de personnes, c’est vous dire si tout va bien. Je suis debout, mais n’y reste pas longtemps. Il me faut tout de même vous faire une description du « caissier » :

 

Imaginez, un garçon d’environ 22-25 ans, environ 1m70, dont vous n’apercevez au premier regard qu’ne grosse touffe de cheveux, je devrais plutôt dire, une grande mèche de cheveux (noir évidemment, il y a peu de blond ici). Cette mèche cache la totalité du front et part de la droite vers la gauche. Juste sous la mèche, des sourcils assez fournis, en dessous : les yeux en amande, ce qui n’est pas un scoop.  Des lèvres bien dessinées, et dans le prolongement, de chaque coté, à égale distance, à peu près au milieu des joues (faut l’faire !): deux piercings sous forme d’une très grosse tête d’épingle en métal blanc.


Avec un peu de recul, ces deux points blancs font penser à des moustaches de chat. Voilà donc le caissier en chat siamois. Je ne pouvais pas vous le décrire en chat des gouttières, la chute aurait été mauvaise n’est ce pas ?...
 

Bon, je continue ma description : en dessous de la tête du chat, un tee-shirt jaune (normal, c’est lundi. En Thaïlande, pour honorer le Roi ce jour là, beaucoup de Thaïlandais portent une couleur jaune, couleur du Roi). En bas, un jean portant une étiquette « Original 501  LEVIS ». Cela étant, il n’est pas difficile d’être « original » en Thaïlande, ils sont assez fort dans les reproductions. Ce qui m’intrigue, c’est la coupe. Ce jean a du être cousu sur son corps car j’ai rarement vu des jambes de jean aussi étroite, à se demander si, pour le retirer, il faut faire des pointes de danses classiques, et même avec cela je ne comprends pas comment le talon peut passer…..

Avouer que je me pose des questions existentielles judicieuses dans les bus locaux en Asie !...


Et nous terminons la description par les pieds. Je dis les pieds car il n’a pas de chaussures. Il est pieds nus sur des tongs dont la semelle si mince ne doit pas être très utile. En voyant la grandeur des pieds du garçon, j’imagine qu’il ne doit pas pouvoir trouver des chaussures adéquates.

Ses pieds sont immenses, tant en longueur, qu’en largeur. La largeur surtout m’impressionne, je n’ai jamais vu des pieds aussi larges. S’il fait de la natation, il n’a certainement pas besoin de palmes !...

Et, il ne semble rien craindre, au milieu de tous ses passagers en chaussures, entassés dans le couloir central, lui qui va qui vient, nus pieds. Les plastiques de retenus des tongs ne soulageraient certainement pas un talon qui s’égarerait sur ces immenses battoirs, qui ont du être tannés par des années de marche sans chaussures.

 

Je quitte le chat siamois, le préposé aux portes et le chauffeur devant la mission où je suis salué dés les premiers pas dans la cour.

Cela fait chaud au cœur, malgré un petit pincement en constatant, comme je le craignais, des lits dont les occupants ont quitté ce monde, remplacés par d’autres très atteints par la maladie.

 

Ces derniers arrivants ne me connaissent pas et se demandent qui est ce Farang salué par tous, serré dans les bras d’un grand nombre, et, pour ne pas commettre d’impair, me saluent eux aussi les mains jointes devant le visage.  C’est mon premier contact pour ce séjour.

 

Après une visite à tous, la distribution des traditionnelles boissons est effectuée. Quelques resquilleurs, mais ce ne serait pas l’Asie sans cela. On parle, on m’interpelle, mais comme ils le font en Thaï, je ne peux pas répondre…. Parfois, l’un ou l’autre, connaissant quelques mots d’anglais, traduit et je peux alors intervenir, mais ce n’est pas très important. L’essentiel est d’apporter quelques instants de distraction, un peu d’affection et une attention à ces malades.

 

Avec Féé, vous vous souvenez cette petite fille aveugle arrivée fin 2006, se trouve maintenant un autre enfant, lui aussi aveugle.
Il a entre 5 et 8 ans, je n’ai pas bien compris son âge. Sa maman, malade, lui donne une bouillie et il est passablement agité.

Il me rappelle Féé, à son arrivée.

Les voyant tous les deux, dans une nouvelle salle aménagée, pour ce type de malades, avec un personnel spécialement destiné à leurs soins (24 heures sur 24), me bouleverse.

Je laisse échapper quelques larmes, rapidement  dissimulées.

 

Je ne décrirais pas les autres malades, je l’ai suffisamment écrit, et vous vous doutez bien que ce n’est pas un spectacle agréable. Cette maladie est terrible, notamment dans les pays où les trithérapies ne sont pas les mêmes que nous avons, notamment nous, en France.

Et encore, je pense que ce n’est pas le pire ici en Thaïlande.

Comment cela se passe en Chine, en Birmanie, au Cambodge, au Laos, en Indonésie, en Malaisie, sans oublier les pays d’Afrique, le moyen Orient….. Et… bien d’autres encore… ? 


Il n’est pas possible de les citer tous tant il y a de la misère dans ce monde…

 

Vers 16 heures, retour à l’hôtel, je n’irai pas à la plage aujourd’hui, il est un peu dur de passer de la mission et ses malades au farniente et à la vie superficielle de la plage.

 

C’est pourtant la vie… aussi…. Et c’est ce que je ferai demain…..

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