Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le billet de Michel

Observer - Photographier - Partager....

Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Camillian

31 octobre - Aujourd'hui, deux amis, Alain et Jean m’accompagnent à Camillian. Jean a gentiment proposé de nous conduire avec sa voiture. Il n’y aura donc pas d’histoire de bus dans ce texte.
Nous quittons Jomtien / Pattaya sous une pluie battante qui dure tout le trajet. Autant les lieux verdoyants sous le soleil donnent une impression de sérénité, autant sous la pluie, avec un ciel gris et bas, les locaux de la fondation ressemblent à un hôpital. Les malades infectés par le virus du SIDA sont dans leur lit ou sous le préau en attendant le repas. Les enfants sont dans les locaux, ne pouvant jouer dehors.

J’effectue une rapide visite auprès de tous, avec une halte particulière en soins palliatifs. Un malade est décédé hier, l’un ne mange plus et un autre est très fiévreux. Tout ces symptômes sont bien connus et Somsak, aide soignant, me dit, ensuite ce sera sans doute lui, puis elle. Cela peut-être choquant de parler ainsi, mais la mort fait tellement partie du quotidien, qu’elle en devient banale. D’autre part, le regard des Thaïlandais sur la mort est très différent du nôtre en occident.

Devant ces situations inéluctables, il n’y a pas grand-chose à dire ou à faire ?... Simplement apaiser autant que possible et accompagner du mieux possible pour ce grand départ. Il est pourtant choquant de voir disparaître tant de jeunes gens et jeunes filles, arrivés tardivement à Camillian, alors que la maladie est installée depuis longtemps. Il est alors plus difficile – avec les moyens actuels en Thaïlande – d’inverser la situation. Heureusement, ce n’est pas vrai pour tout le monde, puisque certains sont là depuis plusieurs années. Pour ma part, je connais des malades depuis deux ans dont la santé est à peu prés stabilisée, même s’ils restent fragiles.

Au centre, sont pris en charge des gens de tous âges, car le virus frappe indifféremment jeunes et vieux. En soins palliatifs, un jeune aide-soignant, originaire de la frontière Cambodgienne (ce n’est pas très loin de Rayong), donne avec beaucoup de patience et de délicatesse, à une malade, quelques nourritures (liquide) avec le "bloc d’une seringue". Il n’est pas possible de donner un âge précis à cette femme, car la maladie vieillit prématurément.

Un peu plus loin, dans une salle spécialement aménagée, je retrouve la petite fille Fée, (un peu plus de trois ans) aveugle, et un petit garçon du même âge, lui aussi aveugle. La maman du garçon donne à manger à son fils, à l’aide d’une "seringue", une nourriture liquide. Ces deux enfants, comme tous les autres au Centre, sont nés HIV positif parce que leur maman était porteuse du virus du Sida.

Quel avenir pour ces enfants ?...

Pourquoi faut-il que la vie soit si dure pour ces innocents ?...

En indiquant que je rentre à la maison pour quelques semaines, les malades trouvent que c’est (trop) long. Ils sont maintenant habitués à mes visites hebdomadaires et souhaiteraient que ce soit permanent. Je n’ai pas intérêt à raconter des « histoires » quand au délai de mon séjour en France, car certains sauront bien me rappeler, si nécessaire, mes propos. Cela prouve au moins que - pour certains -  la tête fonctionne correctement !

Lorsque je suis seul, je partage souvent le déjeuner des enfants et du staff, mais si je suis accompagné, en général, nous ne restons pas. Je comprends que ce moment, devenu normal pour moi, ne soit pas si facile pour d’autres….

Avant de partir, je cherche Somsak pour lui remettre une enveloppe dans laquelle j’ai  glissé un peu d’argent : c’est son anniversaire le 1er novembre. Selon la coutume en Thaïlande, il ne regarde pas ce qu’il y a dans la pochette, cela ne se fait pas, il là glisse dans sa poche et l’ouvrira lorsque je ne serai plus là. Il est très touché par ce geste car il ne se doutait pas que j’avais enregistré cette date. Son plaisir est pour moi le plus grand des bonheurs.

Dernier passage auprès des malades pour ce séjour, je m’efforce de ne pas montrer l’émotion qui m’envahit lorsque je dis « au-revoir » à ceux qui ne seront vraisemblablement plus là à mon retour.  Certains ne sont pourtant pas dupes et je feins de ne pas voir la tristesse dans leurs yeux, tout en serrant un peu plus fort cette main qui me retient encore quelques instants ! Il faut faire comme sitout ira bien pour eux.

Comme  j’aimerais avoir un pouvoir ou un don particulier, dans ces moments là !

Alors que nous nous dirigeons vers la sortie du centre, SUNEE (aide-soignante dont j’ai plusieurs fois parlé dans mes textes précédents) me rejoint et me dit  - ANI… ce qui veut dire vient en Thaïlandais. Elle me demande de là suivre jusqu’à sa chambre de l’autre côté de la route. Plusieurs bâtiments sont utilisés comme lieu de couchage par quelques aides-soignants du centre. Chambre est un mot luxueux car il s’agit de plusieurs hangars, partagés en chambrées individuelles, fermées par un cadenas, sol en béton, toit en tôle ondulée, chacune dispose d’un coin séparé pour les toilettes et d’une douche à la Thaïlandaise, c'est-à-dire une grande jarre remplie d’eau où l’on puise avec une casserole pour se doucher, une moustiquaire surplombe un matelas, posé à même le sol face à une petite télévision et contre le mur, au fond, un portant avec des cintres permet le rangement de quelques vêtements. C’est un équipement rustique et simple, mais ainsi, ce personnel est regroupé autour du centre, tout en étant en dehors de celui ci.

Sunee me remet un sac en plastique dans lequel elle a glissé une grande bouteille remplie d’un liquide vendu sur le bord des routes, et sur la plage. On dit que c’est très bon pour la santé. A la vérité, je ne sais pas quelle est la composition du produit, n’ayant jusqu’à présent, jamais osé en acheter auprès des vendeurs ambulants sur la plage. Ce geste me touche beaucoup et je la remercie vivement, mais elle me dit que c’est normal et très peu…!

Nous quittons Sunee qui retourne auprès des malades et me demande de bien prendre soin de moi. C’est le monde à l’envers….

Pour donner une note de gaieté après cette visite, nous décidons, Alain, Jean et moi de faire une halte dans un restaurant en bord de la mer, sur la route de Pattaya où nous pourrons déjeuner.

Le soleil est revenu alors qu’il se cache depuis presque deux semaines maintenant.

 

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog