le-billet-de-michel
En France et
en Thaïlande.
Réalité de la vie et rêves de voyages
Dernière visite à CAMILLIAN, peut-être pour une assez longue période. Patrick et moi passons chez le marchand de meubles où nous avions réservé un lit pour Tongkao. Le carton est prêt. Nous le glissons avec quelques difficultés dans la voiture.
Afin de respecter les instructions suggérées la semaine précédente, nous entrons directement dans la cour de CAMILLIAN pour déposer les paquets devant le bureau.
Avant de poursuivre la remise des cadeaux, je me dirige vers les malades pour les saluer. En approchant de [ADD] ce garçon que vous connaissez maintenant, fortement handicapé par la maladie, et toujours souriant, je suis inquiet. Il ne semble pas me reconnaitre et ne sourit pas, ce qui est rare. Cela n’est d’ailleurs jamais arrivé depuis octobre 2007. Que se passe t-il ?... Je lui rappelle mon prénom, mais il est ailleurs. Enfin après quelques minutes qui me parurent une éternité, le voila qui émet quelques sons incompréhensibles (c’est sa seule façon de s’exprimer, car les conséquences de la maladie lui ont fait perdre l’usage de la parole). Il lève difficilement les bras et … sourit. ADD, quelle frousse j’ai eu, comme tu m’as inquiété ! Je le serre très fort dans mes bras, voulant ainsi lui dire : Courage – Tiens bon. Cramponne-toi fiston !
En fait, je crois qu’il était perturbé car je ne suis pas arrivé par le chemin habituel, j’espère que ce n’est que cela et non pas une nouvelle modification de son état.
Il est temps de remettre –officiellement- le lit, le matelas et les accessoires pour le petit Tongkao et un jouet (offert par Patrick) à une petite fille .
Marco, un Italien que j’ai toujours vu à la mission nous remercie et demande que les enfants viennent vers nous. Ils dorment et malgré notre souhait de les laisser dormir, ils sont amenés pour recevoir nos présents. Ces deux enfants sont mal réveillés et grognon, ce qui est assez normal.
Le temps que nous fassions la tournée de distribution de boissons, le carton est déjà ouvert et les différentes pièces étalées dans la cour. Plusieurs volontaires (malades) donnent avis et conseils pour le montage qui commence sur le champ ! Ce fût un moment de franche rigolade, en Thaïlandais, en Anglais et en Français.
Comme souvent avec ce type de produit. Le lit est monté à vive allure sans prendre connaissance du plan. Un peu plus tard, en regardant le travail, j’ai la plus grande peine à leur expliquer qu’il faut démonter et remonter la tête et le pied du lit. Cela ne pourra pas fonctionner, la glissière dans laquelle un côté du lit monte et descend est tournée vers l’extérieur. D’abord sceptique, puis avec quelques explications ils conviennent de cette erreur et gaiement démontent et remontent….
Deux responsables sont présents ce jour là, avec qui nous prendrons le déjeuner dans le réfectoire. Parmi les petits enfants, l’un d’entre eux, que j’ai toujours connu (environ 10 ans) est là. Je demande:
- Est-il malade car il devrait être à l’école ?
- Oui me dit-on, il perd progressivement la vue.
- Est-ce qu’il y a quelque chose à faire ?
- Non, rien, il va devenir aveugle.
Voila encore une conséquence de la maladie !
Cela me rappelle ce petit RAD, actuellement dans une nouvelle structure près de Bangkok. Ce gamin m’avait, en son temps, beaucoup ému. Je pense souvent à lui. Relire "Je suis triste".
Après déjeuné, nous retournons un moment auprès de ADD qui est enfin redevenu lui-même, c'est-à-dire tout sourire !
S’il ne peut parler, il comprend l’anglais, en tout cas mon très mauvais anglais. Quoique ne pouvant s’expliquer, il parvient à me faire comprendre que son sac en bandoulière est cassé. Il est légèrement déchiré ! Il arrive à me faire comprendre que mon sac est beau et le sien, vieux et cassé…..
Que faire ? D’abord, je joue un peu, je fais celui qui ne comprend pas car le bougre est malin, puis je vide mon sac avant de lui donner. Comment je fais maintenant, moi ? Cela déclenche l’hilarité générale autour de nous. Un aide soignant me fournit un sac plastique, ce qui les amuse encore plus. Le farang Michel laisse son sac et repart avec un plastique. Me voici, une fois encore délesté de quelque chose. Une fois précédente, c’était ma montre pour un autre malade . Ce n’était pas une Rolex, seulement une Swatch. Et oui, à 62 ans je n’ai pas de Rolex, ma vie est bien triste n’est-ce pas! N’a-t-on pas dit que sans Rolex à 50 ans la vie était ratée ou ...n'était pas réussie ?
Messieurs qui avaient réussi votre vie, pourriez-vous faire quelque chose pour ces malades du SIDA qui se meurent de par le monde. En cliquant sur l’image Camillian avec le logo du Sida, au début de ce texte, vous trouverez les coordonnées de la mission / peut-être pourriez-vous faire un petit geste ?.... Merci.
Mon "Au Revoir" (Adieu pour certains) est un peu écourté car c’est un moment très difficile, comme à chaque fois que je quitte la Thaïlande. Qui retrouverai-je lors de mon prochain voyage ?
C’est avec un peu de chagrin, que j’ai caché à Patrick, que nous reprenons la route pour Jomtien.