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Le billet de Michel

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Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Camillian

8 avril 2011 - Voyage en "classe privilégiée" car un chauffeur particulier me conduit, m’attend et me ramène de Jomtien à Camillian. Merci Patrick !

Je vais finir par prendre de mauvaises habitudes, moi !

Comme toujours, à l’approche de la mission, mon cœur bat un peu plus vite. Comment et qui vais-je retrouver ?

Nous sommes en période de vacances scolaires en Thaïlande. Tous les enfants sont éparpillés dans le centre, chacun s’affaire ou joue dans la bonne humeur. Souvent, un rien comme une longue corde occupe plusieurs d’entre eux à sauter (pieds nus) sur le béton déjà bien chaud à 10 h 45 ce matin.

Les petits habitués qui d’ordinaire, me reconnaissent, ne sont pas à proximité et je passe dans le plus total anonymat jusqu’aux locaux des malades adultes.

Beaucoup de monde aujourd'hui, d’ordinaire, c'est  bien plus calme. De nombreuses personnes vont et viennent sous le préau et dans les chambres. Dans un premier temps,  j’ai une hésitation et ne sais vers qui me tourner. Heureusement, très vite, les plus anciens m’interpellent bruyamment. C’est le moment émouvant des retrouvailles et du constat de la santé des uns et des autres. C’est le moment de serrer contre son cœur ceux qui, malgré leur souffrance, vous offre joie et sourire. C’est l’instant d’un pincement au cœur pour ceux, un peu moins en forme qu’en décembre dernier, un peu de soulagement pour d’autres, stabilisés actuellement.

En entendant Mitchel (prononciation de Michel en thaïlandais) Sawadee krap – Sawadee kaa (Bonjour), les nouvelles personnes regardent avec curiosité et se demandent qui est ce farang ?

Parmi celles ci, des jeunes gens, viennent de plusieurs provinces (Chiang Mai – Chiang Rai, entre autres) effectuer un stage à Camillian pendant leurs vacances. Ils participent à la vie de la mission et aident pour les tâches quotidiennes auprès des malades. Cette expérience est une première approche de soutien aux malades. Ensuite, ces garçons d’une vingtaine d’années rejoindront le siège de Camillian pour un engagement selon les règles de Saint Camille [Fondateur de Camillian vers 1580].

Toute cette jeunesse, joyeuse et bien portante, donne un air de « kermesse » inhabituelle.

Quelques malades, que je suis plus particulièrement lors de mes visites, sont en traitement ou en soins à l’hôpital de Rayong. J’en saurai un peu plus la semaine prochaine…

A peine arrivé, on se précipite pour aller me chercher le petit Tongkao*. Il a bien changé en un peu plus de trois mois. On lui demande de me dire quelques mots en thaïlandais, ce qu’il fait, mais je ne comprends rien… Aux rires de tous, je suppose que ce sont quelques plaisanteries.

J’offre à la maman de Tongkao une série de photos (méli-mélo) imprimées sur format A4 – 21 x 29,7, représentant environ 40 photographies de son fils, elle et son fils, son fils dans les bras des uns et des autres depuis ces deux dernières années. Un peu de chagrin m'envahit en constatant que la maman de Tongkao n'est pas au mieux de sa forme actuellement.

Une fois la traditionnelle distribution de boisson effectuée, nous partageons quelques instants avec des malades sous le préau.

Une aide-soignante que je connais depuis mes premières visites s’approche et me dit en me désignant un jeune malade à côté de nous.

-   Mitchel, tu ne veux pas être le sponsor de ce garçon. ?

Pour la compréhension, je suis couramment désigné comme sponsor des malades (au même titre que les sponsors permettent de réaliser des investissements ou tout simplement de faire tourner la mission), moi je suis celui qui offre aux malades, donc sponsor !

Elle continue son explication : Il s’appelle YOUT, un peu plus de 20 ans, il n’a aucune visite ni personne pour s’occuper de lui. Sa famille ne veut plus le voir depuis qu’il est malade. Il est originaire du nord de Bangkok. Je ne réponds pas immédiatement dans l'affirmative mais glisse discrètement quelques billets dans la poche du garçon. 

Voila encore une situation difficile. Je ne comprends pas, et encore moins de la part des Bouddhistes, que l’on abandonne un malade. Cependant, le problème  n'est pas si simple, car il est souvent imposible pour une famille pauvre en Thaïlande de prendre en charge une maladie comme le Sida. Elle n’a souvent, même pas les moyens de rendre visite à ses proches, à quelques dizaines de kilomètres, alors traverser une partie de la thaïlande... Est-ce réellement un abandon, ou l'impossibilité ou encore la peur de cette maladie  ? 

Depuis mon retour à l’hôtel, cette question me préoccupe car j’ai déjà « donné » pour un tel accompagnement. J’en connais l’investissement personnel nécessaire, et je sais aussi …mon impossibilité à rester insensible !...

 

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Tongkao veut maintenant manger seul :

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* Tongkao n'est pas malade,

mais il vit ici avec sa maman en soin.

Le papa a disparu depuis longtemps

et la famille ? ? ?

 

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francoise d'avignon 10/04/2011 11:08



sawadikaa!


Mon cher MICHEL , j'admire votre courage et votre investissement , mais quand on aime on ne compte pas , et cela semble vrai pour vous :


il est bien malheureux de savoir que des gens sont abandonnés parce que la maladie les a rattrappé, de quelque manière que ce soit .


pour ce qui en est des visites ou non aux malades , je pense qu'il ne doit pas être évident de se deplacer , dans ces régions du monde , nous savons tous que la pauvreté y est en maitresse ce qui
certainement les gens sur place , enfin  je prefère penser cela plutôt que de me dire que l'on abandonne ses malades, mais j'ai appris avec le temps que la vie est si dure parfois et si
injuste qu'il est tres difficile de se mettre dans la pensée des autres ...


je pense qu'il faut avoir vécu le malheur de très pres pour arriver à comprendre un tout petit peu .


mais l'essentiel est qu'il y ait des gens comme vous , sur cette terre , pour leur apporter un peu de sympathie , et d'affection pour certains., mais je pense qu'en même que cela doit être tres
dur a supporter moralement ,bien entendu c'est vous qui le decidez d'y aller , mais je pense qu'il faut avoir les epaules solides pour passer sur tout cette detresse sans  defaillir...


je vous envoie toute mon amitié et mon soutien moral , en pensant a vous , je vous embrasse , et vous dis a tres vite pour la visite de mardi que vous ne manquerez pas de nous décrire


 bises  amicales  ...            francoise du bled



Michel 11/04/2011 17:17



Bonsoir Françoise,


Merci pour votre commentaire. Il est toujours difficile de comprendre les comportements, surtout lorsque l'on ne connait qu'une partie des problèmes. Il faut se méfier des idées toutes faites.
Enfin c'est plus facile à dire qu'à faire...parfois !


En général, je tiens bien le coup. Bien sur, il est des situations qui font poser pleins de questions auxquelles évidemment, nous n'avons pas les réponses. Il est des situations révoltantes car
incompréhenseibles.  Pourquoi cet enfant perd doucement la vue ?  - Pourquoi cette Grand-Mère (oui, il y en a aussi!..) est alitée depuis bientôt deux ans - Je l'ai surnommé "Miss Coca
Cola", car c'est sa boisson préférée et parfois, dans ma distribution, je planque une canette de Coca lorsque le stock diminue trop vite) - Pourquoi ce garçon a perdu la parole et la motricité
depuis plusieurs années avec les maladies opportunistes du Sida ?.... Pourquoi, tant de Pourquoi ?...


Ne pouvant rien changer, je me contente d'être là de temps en temps, d'offrir quelque chose à chacun et un peu de temps et d'affection.


Dans le bus, au retour, j'avoue décompresser et, quelquefois, selon les situations, une larme coule. Je laisse faire, puis je pense : Qu'est ce que cela va changer ?  Rien. Alors je pense
à  leurs sourires et tout va mieux.  Et... parfois, en France... ils me manquent !


Merci pour votre soutien. Je vous embrasse.


Michel


 



Veronique75019 10/04/2011 10:26



Bonjour Michel ; Article très touchant, merci ... Que va devenir cet enfant si sa mère un jour disparaît ? Pour beaucoup le Sida fait peur, et chacun réagit de façon différentes devant la
maladie. Mon beau-frère Serge est mort du Sida en 1995, quand il venait à la maison, je ne me souviens pas qu'on prenait des mesures particulières, on le traitait normalement.


Bon dimanche Michel, bisous, Véronique.



Michel 11/04/2011 16:58



Bonjur Véronique,


Pour cet enfant, je crains bien qu'il continue sa vie, à l'Orphelinat de Pattaya, car je ne pense pas qu'il puisse rester avec les enfants malades à Camillian.  Je suis un peu effrayé d'y
penser, aussi je m'accroche au fait que certains malades, aujourd'hui réagissent bien au traitement et se trouvent ainsi avec une vie prolongée.


Oui, chacun réagit différemment face à la maladie, et le Sida est parfois méconnu. Normalement, nous savons tous qu'il ne s'attrape pas comme une grippe. S'ajoute en Thaïlande le problème des
coûts des soins !


La meilleure façon de se comporter envers les malades du Sida, c'est de les considérer comme tout un chacun ...avec seulement, un pas de chance en plus !


Merci Véronique pour ce commentaire.


Bises - Michel



anika 09/04/2011 11:47



Sawati kaa Mitchel


Il doit être très pénible de voir tes petits protégés quand ils vont plus mal,


Cette Maman doit être heureuse de voir son fils en bonne santé, elle s'accroche à lui pour aller mieux. Ca doit être un crève coeur de savoir que c'est une maladie qui ne guérit pas. Mais il faut
garder l'espoir que les chercheurs trouveront un vaccin, mais ça sera surement très long.


Ce jeune homme a trouvé le bon endroit pour ne pas être seul, si tu peux lui apporter un peu de bien être et de chaleur, c'est déjà un grand pas.


Merci Michel pour ces nouvelles de Camillian, Gros bisous à bientôt



Michel 09/04/2011 22:26



En effet, on ne guérit pas du Sida actuellement. On vit tout de même plus longtemps grâce aux médicaments (même ici en Asie)  SI l'on se fait soigner suffisamment tôt, ce
qui - hélas - n'est pas tellement courant !


Je vais, pour ce garçon, faire ce que je peux pour qu'il ne soit pas seul... Cela ne compensera pas une vraie famille, mais l'aidera certainement ....


Merci pour ton commentaire Anika.


Bises - Michel


 


 



Jean-Marc 09/04/2011 10:22



Bonjour Michel,


Comme tu as raison à propos de ce garçon que personne ne vient voir: comment savoir s'il s'agit d'un abandon, d'une punition ou d'une impossibilité morale ou matérielle de venir le voir? J'ai vu
chez nous, à l'hôpital de Garches, des patients (accidentés) que plus personne ne venait voir dès lors que les médeceins avaient annoncé qu'ils resteraient dans un état végétatif ou avec de très
lourds handicaps. Etait-ce insupportable pour la famille de voir un être cher ainsi détruit?


Etait-ce le découragement, après des périodes d'espoir et d'autres de déceptions?


Etait-ce un moyen de se protéger, plus ou moins consciemment, contre ses propres angoisses?


Je me garderai bien de porter un jugement. Je crois que nul n'en a le droit.


Mais revenons à Camillian: continue d'y aller, cher Michel, car tu les aides, tous ces malades, chacune de tes visites leur apporte un rayon de soleil, et quand tu es absent, tu es leur espoir de
recevoir une visite. Garde bien ta place dans leur coeur, comme ils ont la leur dans le tien.


Bises.



Michel 09/04/2011 22:16



Tu as raison Jean-Marc, nous ne pouvons, nous ne devons pas juger !... On ne connait jamais vraiment les raisons de chacun....


Un peu plus de cinq ans d'accompagnement dont trois et demi à Camillian font partie intégrante de ma vie maintenant.  Tu as raison lorsque tu dis : "leur espoir de recevoir une
visite"...


D'ailleurs, je suis toujours surpris de m'entendre dire le temps de mon absence par les uns et les autres lorsque je reviens : A croire qu'ils ont noté la date de mon départ. C'est d'autant plus
surprenant qu'en Asie le temps est... très aléatoire.


Prochaine visite mardi 12 avril.


Bises.



Peggy 09/04/2011 10:15



Hello!


Je suis sûre qu'arrivé à Camillian, tu as oublié que tu étais fatigué, et les sourires et l'espoir que tu réveilles chez ces jeunes et enfants ont même dû te redonner une énergie insoupçonnée!!


Je t'embrasse!!!


Peggy.



Michel 09/04/2011 22:07



Comme tu me connais bien !


Oui, Camillian m'a "ressourcé".... Je ne PEUX PAS  ne pas relativiser !...


La fatigue est vite oubliée et devient anecdotique là-bas !


Bisous à toute la famille.


Michel



JPSIAM 09/04/2011 08:07



On pourrait intitule ton reportage: La Mère et l’enfant. C’est
parce qu’elle a son enfant avec elle, qu’elle a envie de vivre, donc elle lutte inconsciemment contre la maladie.
Jean-Pierre



Michel 09/04/2011 22:01



Tu n'as pas tort, en effet !   La maman a une farouche envie de vivre. Cependant, elle veut souvent se rassurer pour l'avenir de son fils au cas où.... Et je crois (sans prétention) que
mes visites, quelque part, la rassure... un peu !  Une goutte d'eau dans un océan de moment douloureux...mais je la donne avec beaucoup de joie.


Bonne journée Jean-Pierre


Michel



alain 09/04/2011 04:55



un grand bravo pour ton invstissement


alain



Michel 09/04/2011 22:26



MERCI Alain pour ces encouragements.


Michel



Françoise Rossignol 09/04/2011 04:01



Merci pour ce beau reportage avec des réflexions personnelles qui restent sans réponse.


Il est difficile de rester insensible à ces gens malades, mais que faire? Un sourire, une visite, avec le coeur, c'est ce que tu fais, et c'est magique pour eux. Tu es leur soleil dans cette
horizon bien sombre.


Comment ne pas être révolté par cette maladie qui serait crée par l'homme parait-il? Triste constat du lobby des labos (mais c'est un autre débat).


Amicalement de Samui ensoleillé qui se reconstruit,


Françoise



Michel 09/04/2011 21:56



Bonjour Françoise,


Merci beaucoup pour ces mots sympathiques. Il me vont droit au coeur !


Je souhaite que Samui redevienne très vite comme avant. Avec le soleil, tout devrait aller très vite !


Bien à toi,


Michel


 


 



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