le-billet-de-michel
En France et
en Thaïlande.
Réalité de la vie et rêves de voyages
Dans le bus qui me conduit pour la dernière visite de ce séjour à Camillian, je revis ce voyage du 31 octobre 2006 où nous conduisions, Kévin, Gérard et moi, JAK à la mission après avoir fait un détour par l’hôpital public de Pattaya.
J’ai encore le souvenir, en avril/mai 2006, de ce garçon malade, [JAK] âgé de 30 ans, errant, épuisé sur la plage de Jomtien, de ces marques évidentes de la maladie, du SIDA, que beaucoup, par peur sans doute, ne voulaient pas remarquer. Rapidement, j’intervins pour le prendre en charge, pour tenter d’inverser une destiné, pour lui faire comprendre la nécessité des soins. Six mois difficiles où je dus résister aux regards méprisants des touristes mais aussi des Thaïlandais et parfois répondre sèchement à quelques remarques désobligeantes. Mais c’est bien loin maintenant, et je n’en veux à personne. La peur de la maladie rend parfois méchant !
Jak habitait un immeuble crasseux à deux pas de la plage. Sa santé se dégradait très vite et allait devenir fatale à très court terme s’il restait dans ces lieux.
Une solution fut trouvée avec une mission installée à environ 50 kilomètres de Pattaya. C’est un endroit spécialisé pour les malades sidéens, avec une attention particulière pour l’accompagnement de fin de vie (soins palliatifs) pour les Thaïlandais HIV positifs.
C’était le 31 octobre 2006. Je découvrais CAMILLIAN.
En route pour Rayong, plusieurs sentiments m’obsédaient.
Le premier était un soulagement, car ce garçon serait enfin pris en charge, soigné, nourri, accompagné.
Le second était plus complexe, car il ne fallait pas être devin pour comprendre que ce voyage, pour lui, serait vraisemblablement un voyage sans retour.
A ce moment là, je ne pensais pas au long terme, le moyen terme était d’ailleurs si loin !
Rétrospectivement, la vie paraît étrange.
Lorsque j’aperçu ce malade, trainant sa misère entre les chaises longues, à l’évidence, il fallait faire quelque chose. Ne pas intervenir m’était impossible. Après de longs et fastidieux dialogues, je me fis une promesse, lui permettre de terminer sa vie dignement. Sans être médecin, il n’était pas très difficile de constater que la maladie squattait ce corps depuis bien (trop) longtemps.
La décision d’un instant peut modifier bien des choses.
Pourquoi cette décision, alors que quelques minutes plus tôt, je ne le connaissais pas ? Il travaillait pourtant sur cette plage depuis quelques années et je ne l’avais jamais remarqué. Mais il allait bien alors, et ce que je vis, c’était la maladie, la souffrance et l’abandon de ….. (presque) tous.
Un regard, deux vies qui se croisent. Deux destins !
Jak quittera ce monde seize mois plus tard. Je serai auprès de lui les derniers jours et au tout dernier moment. Ma promesse fut tenue.
Aujourd’hui encore, je ne sais pourquoi j’ai agit sans réfléchir en avril/mai 2006. Enfin, je sais un peu tout de même, car ce n’est ni la première, ni la dernière fois sans doute que je fonce tête baissée ….. Défaut - qualité ?.... C’est selon !
Toujours est-il que ce regard, ces souffrances, cet accompagnement, ont quelque peu modifiés ma vie depuis trois ans. Je continue mes visites à Camillian, donne un peu de temps à d’autres malades, sans n’en attendre rien d’autre qu’un sourire. Chacune de mes visites ne justifie plus un texte, la répétition serait lassante. Je préfère ne vous narrer que mes émotions intenses ou quelques journées extraordinaires.
La dernière visite est toujours émouvante. Certains malades ne seront … plus là lorsque je reviendrai, et j’ai de
l’affection pour beaucoup d’entre eux. Les lits ne seront pas vides pour autant, la liste d’attente est longue, hélas !
Ils me demandent combien de temps je serai absent, et si je ne respecte pas ce que j’ai dit, on ne manquera pas de me le signaler.
Cette fois ci, je pars donc en France pour deux mois (phonétiquement, en Thaïlandais Song Duann).
> Mitchel, tu reviens hein ?... Tu ne nous oublies pas ?...
> Oui, promis je suis là dans deux mois.
La maman du petit Tongkao à qui j’ai donnée les photos de son fils, m’a remis un cadeau réalisé par ses soins … Ce magnifique papillon sur du papier glacé de récupération. (10 x 15 cm). Voici quelques jours, elle m'a demandé quelle couleur j'aimais. J'avais répondu rouge: voila le résultat !
Au retour, pour ne rien changer aux bonnes habitudes des transports Thaïlandais, le bus fut très vite bondé. Une
cinquantaine de places assises, quelques personnes debout ....
... puis, très vite, l’allée centrale contient presque autant de passagers que les places assises.