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Le billet de Michel

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Publié le
Publié dans : #Thaïlande-Camillian

Le ciel est bleu, le soleil brille, faut-il pour autant en oublier les zones d’ombres ? 

Rencontre et accompagnement  des malades Thaïlandais HIV Positifs

Mai 2006  / Février 2008 

 

La rencontre

Mai 2006

Depuis quelques jours, sur la plage de JOMTIEN, j'observe les allées et venues d'un garçon de 30 ans environ, paraissant en fort mauvaise santé. Ce garçon propose  inlassablement sur la plage, des massages des pieds ou des jambes, que les touristes refusent, vraisemblablement en constatant l’état de santé du garçon ! 

Pour ma part... IMPOSSIBLE de faire comme si je n'ai rien vu. Impossible de regarder ailleurs et de ne pas essayer (au moins) de faire quelque chose .... OUI MAIS QUOI ????

Je finis par lui faire un petit signe afin de me rejoindre. Surpris, il pointe son doigt sur sa poitrine signifiant MOI ?  Je fais signe de la tête OUI et il vient lentement, les épaules voûtées. Je ne sais pas encore ce que je vais lui dire afin de ne pas vexer ou humilier ce garçon.

Au moment où il approche, je lui dis simplement ; 

-        Tu sembles bien fatigué ? 

-        Un peu

Aussitôt, je lui glisse un billet dans sa main en disant « prends un moment de repos et va manger quelque chose ». Ses yeux regardent le billet, (il ne s’agit pourtant que de 50 bath = 1 euro) il est surpris et exprime sa joie, comme si je venais de lui donner une fortune !

Je suis alors très heureux pour lui.

Depuis ce jour, chaque matin, il me rejoint et s'assied dans la chaise longue à côté de moi. Après avoir mangé un gâteau que je lui apporte, il s'endort ou plutôt, il somnole avec une respiration saccadée et une toux horrible, qui fait mal à entendre. Sa peau, ses ongles et ses yeux montrent combien il ne va pas bien. Il est épuisé et pourtant continue d'essayer de travailler car …pas de travail = pas d'argent !

De temps à autre, il se tourne vers moi et m'adresse un regard dans lequel je vois la tristesse et la détresse avec un mélange de joie de pouvoir se reposer un peu (c'est en tout cas mon sentiment!)

Comment lui parler de sa maladie, avec tact et sans le blesser ?

Comment savoir s'il se soigne ?...

Ce matin je lui ai demandé, alors qu’il était épuisé par une longue toux, s'il « prenait des médicaments » - il me répond "parfois" !!!!!

Deux amis français, Marc et Gérard lui montrent également une grande sollicitude mais nous sommes peu nombreux sur cette plage à procéder de la sorte – Hélas !  

Evidemment je sais bien que la destinée de ce garçon n'est pas entre nos mains. J'espère seulement que la petite chaleur humaine que nous lui apportons lui adoucira un tout petit peu cette vie bien difficile.


 

Tendre la main.

Juin 2006

Ma frustration est grande de ne pouvoir mieux aider ce garçon malade.  Il se prénomme JAK et aura 30 ans en juillet 2006.

Pour ceux qui me connaissent bien, ils savent que lorsque j’ai une idée en tête, en général, je fonce.

Je continue donc, jour après jour,  la mise en confiance de JAK. Chaque matin, il me rejoint sur la plage et s’allonge sur la chaise longue à côté de moi. Je lui demande s’il avait bien dormi, s’il a mangé etc.

Un matin, il me dit qu’il n’a pas bien dormi et qu’il est fatigué. Entre nous, je l’ai remarqué depuis bien longtemps, aussi je profite de cette confidence pour lui suggérer d’aller voir un médecin.

           - As-tu besoin d’argent ?

Il baisse la tête et n’ose répondre. Alors je change de tactique
- Est-ce que tu as vu autrefois un médecin ?  

- Oui me dit-il, mais c’est à Bangkok, un hôpital près de l’aéroport.(Il n’a même pas la valeur d’un euro dans son porte-monnaie ce jour là).

En un instant, je prends ma décision et lui dit.

- Je vais t’aider et te donner de l’argent pour que tu ailles aujourd’hui même à l’hôpital.

Je trouve les mots pour le convaincre et après trente minutes environ de discussion, il accepte. Il est parti et n’est revenu que 4 jours plus tard avec un traitement d’un mois. Il reverra le médecin vers le 10 juillet. C’est bougrement long un mois dans un état pareil !!

A son retour, il semble un peu  « requinqué » par quelques perfusions et médicaments. Cela va un peu mieux. Hélas, en quelques jours, en voulant toujours travailler, l’état devient presque aussi mauvais qu’avant son départ pour Bangkok.

Le matin, il a pris l’habitude de me retrouver, sur la plage.  A peine assis dans la chaise longue,  il s’endort immédiatement tant il est, déjà, épuisé. Parfois il entrouvre les yeux, me regarde et fait un timide sourire, l’air de dire, je suis désolé !  J’ai donné des consignes au plagiste pour lui donner, si je suis absent – sur mon compte -  à boire et à manger s’il le désire, ce qu’il fait rarement. Et je dois souvent insister  pour qu’il se nourrisse un peu.

Les jours passent et je ne suis pas content car mon séjour va sur sa fin …. Je ne peux pas partir tranquillement sans faire autre chose encore.

A force de réflexions, j’ai trouvé une solution pour qu’il puisse manger et dormir sous un toit, même s’il ne peut pas travailler,  jusqu’à mon prochain voyage.

Un matin, je lui explique avec toujours beaucoup de précaution pour ne pas le vexer, que je souhaite l’aider tant qu’il ne sera pas en meilleure santé. Pour ma part, je suis plutôt pessimiste quant à l’issue de sa maladie, mais je lui parle comme s’il avait seulement une grippe sévère !

Je lui donne une enveloppe contenant de quoi payer sa chambre du mois de Juin et sa nourriture. Je lui explique qu’ainsi, les jours où il sera fatigué, il pourra se reposer, sans se préoccuper du travail, il devra seulement prendre ses médicaments, dormir et manger. 

En juillet, en août et en septembre, Marc lui remettra de ma part, une enveloppe qui lui permettra de …vivre … tout simplement.

Lorsqu’il comprend ce que je lui propose, il se cache la tête entre les mains pour pleurer en silence. Inutile de vous dire combien je suis tout autant bouleversé !

Mon séjour se termine et de retour en France, j’ai des nouvelles (par email et par téléphone) par mes amis français sur place.  Comme je m'y attendais, la santé de Jak n’est pas très brillante.

Je viens d’expédier un email à un médecin francophone installé à Pattaya afin qu’il m’aide à trouver un médecin spécialisé ou une association de suivi et prise en charge, s’il en existe une. J’attends sa réponse.

J’ai mis également, sur cette recherche, ceux sur place, qui veulent bien faire autre chose que bronzer…. Mais il n’y a pas beaucoup de volontaires !  L’égoïsme est ROI  et la maladie fait bien souvent peur ! Le jour de mon retour (mercredi) je me suis dit que septembre était trop loin et comme je passais à l’agence de voyage, je reprend immédiatement un billet pour la Thaïlande pour fin juillet, car je voudrais pouvoir, s’il est encore temps, faire le maximum le plus vite possible,. 

Et peut-être, qui sait, pouvoir aider Jak à retrouver une vie normale ou à peu près normale, car aujourd’hui ce n’est pas une vie !!!!

Bien sur, je n’ai jamais évoqué le nom de la maladie avec Jak, mais vous avez certainement tous compris qu’il s’agissait vraisemblablement du SIDA, ce fléau mondial.

Savez vous que 8.000 personnes (soit 5,55 chaque minute) meurent chaque jour du Sida dans le monde !

Je ne changerai rien à cela, mais je peux tendre la main à quelqu’un en détresse.


 

Constat de l’indifférence générale.

Août 2006

J’avais sollicité quelques personnes pour m’aider à trouver une association à laquelle confier Jak, mais je n'ai pas obtenu un grand soutien. J’avais demandé, par email, les coordonnées d’une association à un médecin Francophone installé également à Pattaya, mais je n’ai jamais reçu de réponse

Avant mon arrivée à Pattaya, Alain, un très bon ami m’avait prévenu que certains «farangs » (Touristes) trouvaient mon action auprès de Jak … STUPIDE !

Le premier jour de ce séjour, j’en ai eu confirmation : je rencontre sur la plage, celui qui avait dit à Alain :

« Il ne faut pas s’occuper de Jak, c’est un connard qui a déjà stoppé son traitement plusieurs fois. On le connaît bien avec le Docteur P. et il ne veut plus le soigner. » (J’apprends ainsi que ce docteur Français soigne les malades du SIDA.)

Ce à quoi je réponds :

·       Quand bien même ce serait un « connard » peut-on laisser quelqu’un mourir de faim, et sans soins ?

·       Je fais de mon argent ce que je veux.

·       Comment peut-on juger le comportement de quelqu’un d’aussi gravement malade.

·       Avec une grande fatigue, son raisonnement n’est-il pas quelque peu différent ?

Je ne suis pas DIEU le Père… et je sais parfaitement que je ne pourrai pas modifier sa destinée… mais je peux (un tout petit peu) adoucir sa vie actuelle.

Nous en restons là de cet échange verbal, qui m’a fort contrarié !

Les jours passent et je constate que Jak décline sérieusement. Je reparle d’hôpital en expliquant une fois encore qu’il est absolument indispensable de suivre les conseils d’un médecin….

Ce n’est pas très facile de lui expliquer et je dois employer quelques mots très durs sur les risques encourus… et la mort. Mais la mort est perçue différemment par un Thaïlandais, alors ce n’est pas facile pour moi et parfois me dis-je « Qui suis-je pour parler ainsi ? »

Néanmoins, il accepte de retourner à l’hôpital. Il revient deux jours plus tard et me dit qu’il n’a pas attendu car son numéro de ticket était plus que 200, donc plus de 200 personnes avant lui et c’était trop long !!!!

Bon, je recommence mes explications…. Et après plus d’une heure de dialogue (parfois de sourd) il accepte de retourner à Bangkok le lendemain ….

Il revient avec de nouveaux médicaments. Chaque jour, je le voie et l’oblige à se nourrir normalement. Je parle avec lui longuement, assis chacun sur une chaise longue malgré les regards désapprobateurs de nos fameux touristes (mais des Thaï aussi !) car la maladie se voit de plus en plus.

Pendant quelques jours tout va assez bien. Puis, Pourquoi ? Comment ?  Cela ne va bien du tout. Fatigue, de plus en plus de problèmes sur la peau, problème à un œil et une infection au niveau de la narine… Je lui dis d’aller à la pharmacie qui lui donne … du paracétamol !

Quelques jours encore, et la santé devenant de plus en plus critique, je reparle d’hôpital… Il verra demain…donc le lendemain, je recommence mes explications et il accepte – enfin – de retourner à Bangkok… bientôt !

Il ne vient plus à la plage durant 3 jours et lorsqu’il réapparaît, c’est à pleurer de le voir dans cet état. En quelques jours il a du perdre 5 kilos. Tout s’est empiré et il a – en plus – des abcès dans la bouche qui déforme son visage.

Explications … à nouveau …

Et nous convenons qu’il doit aller de toute urgence à l’hôpital, mais l’urgence d’un Thaï n’est pas l’impatience de Michel… et je dois faire avec.

Sur ce, le Farang qui m’avait tenu les propos sur Jak à mon arrivée, passe et me disant bonjour, le voit, assis à mes cotés dans cet état lamentable !..

-    Farang – « Oh la la mais Jak ne va pas bien »

-    Moi – « Oui, c’est le moins qu’on puisse dire – il accepte d’aller à     l’hôpital à Bangkok demain, et même à ce stade, je ne peux faire plus »

-   Farang – « Je vais me faire jeter si j’appelle de Docteur P. »

Il le fait néanmoins et laisse un message car le téléphone est occupé.

Il retourne vers Jak et lui dit que… peut-être… le Docteur P.… Jak se met aussitôt en colère. Il parle Thaï au farang qui le comprend, moi,  je ne comprends pas, mais il ne semble pas content du tout !!!!

-    Farang se tournant vers moi – Tu vois que c’est un connard – tu vois comme il me parle, alors moi, ça va bien hein !!!

-    Moi – Oui, je vois même si je n’ai pas compris, mais il est dans un si mauvais état !  Laisse-moi un peu avec lui, je vais lui parler.

-   Farang – Ok, je te passerai le Docteur lorsqu’il me rappellera.

Et il retourne s’asseoir à la plage à côté.

Jak continue de marmonner en Thaï. Il est vachement en colère le bougre !  Ce n’est pas un problème pour moi. Calme, Calme… il se détend un peu et je lui demande :

-    Est-ce que tu as été soigné par ce Docteur ?

-    Oui

-    Et pourquoi tu n’es plus soigné ?

-     Il fallait que je paye 3000 bath par mois et je n’avais pas l’argent  (3000 bath = environ 60 Euros- le salaire moyen d’un employé varie entre 3000 et 5000 bath)

-    Est-ce que tu as été soigné par des Sœurs à Bangkok ? (On m’avait dit qu’il avait quitté ce centre, sans terminer son traitement)

-   Oui

-   Et qu’est ce qui s’est passé ?

-   Il fallait que je paye

Bon, je ne vais pas chercher à comprendre où est la vérité dans tout cela… pas le temps et de toute façon, c’était autrefois – revenons à aujourd’hui : j’explique à Jak que je ne peux pas le kidnapper pour le faire soigner, que je ne le conduirais pas de force chez le Docteur, que sa vie lui appartient … etc…

-    Si tu veux rentrer chez toi et aller à Bangkok demain, tu pars…

Ce qu’il fait, en me promettant d’aller à l’hôpital.

Peu après son départ, le Docteur téléphone et je peux lui parler longuement.

Il me confirme qu’il connaît bien Jak. Il l’a par deux fois soigné et remis en forme, mais qu’ensuite le traitement n’était plus suivi.

Ce docteur me dit aussi tout net, que pour lui, il y a deux sortes de malades :

1 – Ceux qui veulent vivre et font des efforts > à qui il accorde le maximum pour les aider

2 – Ceux qui ne sont pas sérieux, qui ne suivent pas les traitements > et pour ceux là, il ne veut rien faire.

Pour Jak, il ne veut pas reprendre les soins car les examens à refaire pour donner un protocole adéquat à son état sont de 20.000 à 30.000 bath environ.

Bien sur, cet argent sera en moins pour ceux qui veulent se soigner !

J’aime bien les situations au carré, alors je peux comprendre ce raisonnement, fort dur, mais clair !

Il m’explique alors qu’il peut se faire soigner dans un hôpital de Pattaya avec un coût de 30 bath par jour soit 1000 bath par mois = 20 Euros. C’est une nouvelle disposition pour les malades du Sida (en partie pris en charge par le gouvernement Thaïlandais).

Voilà où nous en sommes le mercredi 16 août 2006.

Normalement, jeudi 17, Jak devrait être à Bangkok, peut-être pour quelques jours.

Il possède mon numéro de téléphone thaïlandais pour appeler « au secours » si nécessaire !

Si les résultats ne sont pas probants, compte tenu des propos du Docteur  je le conduirai à l’hôpital civil de Pattaya… mais là, ce sera une autre histoire car dans ces hôpitaux, l’on ne parle que Thaïlandais !

Pour terminer, jeudi 17, je suis allé voir le médecin francophone qui n’avait pas répondu à mon email, en le priant de bien vouloir m’excuser pour l’insolence de ma demande…et je lui ai expliqué mon contact téléphonique avec le Docteur P. et la situation de ce garçon.

Il m’a présenté ses excuses pour ne m’avoir pas répondu !


 

La situation se dégrade encore !

Octobre 2006

Depuis mon retour en Thaïlande, le 13 octobre 2006,  je n’ai pas beaucoup écrit à propos de Jak, à qui j’essaie d’apporter depuis près de six mois un peu de réconfort dans une vie bien dure.

Peu de nouvelles, car la situation – ce que je savais depuis le début – se complique et …. Proche d’un sentiment d’échec, je suis plutôt mécontent de moi.

Le jour de mon arrivée, par quel hasard, coup de fil de Jak qui me dit que cela va …un petit peu !.. Qu’il a du se rendre à l’hôpital et …. Voilà !!...

Pudeur asiatique !

Je ne demande pas de précisions indiscrètes. Par ailleurs les échos des amis qui l’ont vu une quinzaine de jours auparavant ne donnent pas lieu à trop s’alarmer.

Je ne m’inquiète pas outre mesure. Jak sait que je suis là et il peut me téléphoner à n’importe quel moment en cas de problème.

Ce qu’il fait un matin quelques jours suivants. Bien sur, je réponds que j’arrive immédiatement. Cependant les explications de l’endroit où il habite ne sont pas assez précises et je ne trouve pas. Je décide donc d’aller à la plage en attendant un nouvel appel qui arrive au moment même où je m’installais.

Je repars aussitôt, alors que le ciel s’assombrit dangereusement. Quelques centaines de mètres parcourus, une pluie semblant traverser une énorme passoire tombe drue. Ce sont de très grosses gouttes qui n’ont pas l’air de mouiller. Une odeur de terre chaude et de pluie me remémore les pluies d’Auvergne des chauds mois de juin lorsque j’étais gamin. Un déluge s’abat, je presse le pas et c’est complètement trempé que j’atteins le Soï (ruelle). Le ciel est traversé par des éclairs d’autant impressionnants que le tonnerre tombe en même temps sur les paratonnerres des grands immeubles alentours. Quelques secondes et d’autres éclairs, d’autres tonnerres, parfois plusieurs en même temps. Est ce que la fin du monde sera comme cela ?.... Je ne me ferai pas plus fort que je ne suis et je vous assure que je suis « mort » de trouille. Je continue néanmoins, la tête dans les épaules. (Les mauvaises langues diront que ce n’est pas bien difficile car le cou n’est pas si long !!). Encore quelques dizaines de mètres et je devrais être au bout du chemin. A ma gauche, Je n’aperçois qu’un immeuble qui aurait pu être un décor du film Orange Mécanique. A ma droite de vieilles carcasses de carrioles de marchand ambulant, des tas d’ordures me font demander où je me trouve !

Et je ne vois pas Jak …. La pluie toujours aussi puissante, le tonnerre  et les éclairs sont toujours mes mauvais compagnons.

A ce moment, un vieux monsieur, artisan, me fait signe et me propose un tabouret à l’abri de son atelier. Il doit se demander pourquoi un farang (touriste) s’est égaré dans sa rue. L ‘expression de farang Ting-Tong (un peu félé) !!! doit être juste.

J’accepte avec beaucoup de reconnaissance et remerciements sa proposition. La pluie frappe en saccade et balaie son atelier (et moi avec) par la devanture ouverte, mais au moins plus rien ne me tombe sur la tête.

Je frissonne et me rend compte soudain que je me trouve en plein courant d’air, car le fond de l’atelier est grand ouvert !  On m’a toujours dit, gamin, qu’il ne fallait jamais rester dans un courant d’air en plein orage. Que faire ?... partir en courant, ce ne serait pas correct et de toute façon il ne faut pas courir non plus. Je décide de rester en suppliant Bouddha,  Jésus-Christ et tous les autres de me protéger !

Un peu plus de trois quarts d’heure plus tard, sans avoir été foudroyé, les éclairs et le tonnerre cessent mais la pluie continue. Un Thaïlandais approche sous un parapluie, me fait signe de le suivre. Il ne peut se tromper, je suis bien le seul blanc dans tout le secteur.

Quelques dizaines de mètres plus loin et je retrouve enfin Jak.

La situation est pitoyable.  Il est là, assis sur un tabouret dans un couloir infâme et sale. Par pudeur, je ne décrirai pas Jak qui en me voyant, se recroqueville, ses épaules s’affaissent, la tête se baisse sous sa casquette, il n’ose me regarder et je peux voir de grosses larmes couler. Trop bouleversée, je ne peux rien dire et prends seulement ses mains abîmées par la maladie entre les miennes. J’attends quelques instants avant d’entamer le dialogue :

-      Jak, pourquoi tu es dans ce couloir ? Où est ta chambre ? 

Il murmure une explication de clé, de fille qui partage sa chambre, à laquelle je ne comprends rien.

-     Jak, est ce que tu prends toujours tes médicaments ?

-     Oui

-     Est ce que tu manges correctement ?

-     Oui, un peu, mais je ne peux pas beaucoup manger.

-     Tu es allé à l’hôpital

-     Oui

-     Qu’est ce qu’ils t’ont dit ?

-     Rien.

-     Pourquoi ils ne t’ont pas gardé pour te soigner ?

-     Je ne sais pas.

Me voilà bien avancé !

-     Jak qu’est ce que tu veux que je fasse pour t’aider ?

-     Pas de réponse, un regard désespéré

-     Tu veux que je te conduise à l’hôpital

-     Non

-     Tu veux que je te conduise dans ta famille

-     Non, ils ne veulent plus de moi depuis que je suis malade.

-    Tu veux aller chez les Religieuses à Bangkok qui t’avaient soigné    autrefois ?

-     Non, la sœur gentille est partie au Vietnam …. !!!!....

Bon, il ne va pas rester dans ce couloir, je lui dis de demander une autre chambre (je glisse dans sa main un peu d’argent pour la chambre, pour manger et éventuellement pour les médicaments).

A cet instant, la propriétaire des lieux qui était resté à l’écart s’approche. Elle a du voir les billets changer de poche!


 

Thénardiers Thaïlandais.

Octobre 2006

La propriétaire de cet endroit, une femme, maquillée comme un clown, ne me plait pas du tout. Je pense à cet instant aux Thénardier !  

Je les laisse négocier mais pour sur que cette chambre a subi une sacrée inflation avec ma présence… tant pis, il faut bien une solution. Je ne demande pas à visiter les lieux tellement je suppose le pire.  

Sur la promesse qu’il se repose, se soigne et mange, et me rappelle bientôt, je le quitte en  retournant à l’hôtel envahit par une grande tristesse et un sentiment d’impuissance.  

Deux jours plus tard, nouvel appel. Rien qu’au son de sa voix je sais que cela ne va pas. Me voilà à nouveau en route mais maintenant je sais parfaitement où le trouver.  

Sans nuage, sans pluie et sous un soleil de plomb, je me retrouve dans cet endroit qui est encore plus misérable. Une vraie cour des miracles… le moyen âge.

Madame Thénardier m’attend et m’invite à entrer dans son royaume. Imaginez :  

Un immeuble en béton, dont la construction n’est jamais arrivée à terme, sans portes et sans fenêtres, des escaliers sans rambardes laissant dépasser de ci de là  des tringles en métal, des fils électriques se promenant entre les étages… tout cela dans une saleté inimaginable. Les « chambres » sont délimitées par des panneaux de contreplaqué, le même qui est utilisé pour les fenêtres et les portes.

Je grimpe les étages jusqu’au 3ème, pousse le rideau qui sert de porte et … sur un matelas, à même le sol : JAK, allongé, les yeux perdus dans le vide, il tourne péniblement la tête lorsque je lui parle.

Il est de plus en plus amaigri, son corps de la tête au bout des pieds n’est que taches ou plaies à vifs.

-     Jak, est ce que tu as pris tes médicaments ?

-     Oui (mais je ne suis pas très convaincu)

-     Est ce que tu as mangé ?

-     Un peu …

-     Est ce que tu peux te lever

-     Non, tiep tiep (tiep veut dire mal tiep tiep très mal)

-     Est ce que tu veux aller à l’hôpital

-     Non, un farang m’a conduit, on m’a donné des médicaments et  je  suis revenu … !!!!!!.....

-     Est ce que quelqu’un t’aide ?

-      Oui le farang va peut-être me conduire à l’hôpital de Rayong.

-     Quand ?

-     Je ne sais pas, demain, la semaine prochaine …

-     Je suis de plus en plus désemparé.

-     Jak, tu as le numéro de téléphone du Farang

-     Oui,

Il ouvre son sac et ne le trouve pas, s’énerve un peu !

-     Ca ne fait rien, je reviens demain. Tu veux quelque chose à manger

-     Non j’ai mangé ce matin des nouilles !!

Retour le lendemain matin :

Je trouve porte close en bas de l’immeuble (plus exactement, la tôle ondulée clouée sur deux pieux est fermée par un cadenas). J’interpelle Mme Thénardier

-       Où est Jak ?

-       Là haut

-       Je veux le voir.

Alors elle se met au milieu de la rue et hurle en thaïlandais « Le farang est en bas » - Aucune réponse. Elle crie encore puis me dit :

-       Tu bois une bière ?

-       Non merci

-       Tu me payes une bière ?

-       Oui si tu veux

-       Tu me donnes des sous ?

-       Combien ?

-     100 bath (c’est le double du prix normal, soit 2 euros, mais je ne  dis rien pensant ainsi l’amadouer).

Elle envoie un boy chercher son breuvage du matin, revient de sa « cuisine » avec un chiffon d’un gris/noir douteux en se tamponnant le coin des yeux, laissant croire qu’elle essuie des larmes … et me dit :

-       Il est très malade, il est très pauvre, il n’a pas de famille

-       Oui je sais mais il a une famille qui ne veut plus de lui parce qu’il est  malade !

Toutes ces simagrées m’énervent et je lui dis que si je ne vois pas Jak je pars… car soudain, je me prends à penser  que peut-être l’autre farang l’a emmené avant mon passage et que la maquerelle me fait un cinéma pour m’extorquer quelques sous.

Je me lève et fait mine de partir. Non ! dit elle, ne pars pas… Elle crie encore en regardant le 3ème étage puis n’ayant aucune réponse demande à un gamin de  3 ou 4 ans (son fils ?) d’aller voir. Le gamin traîne un peu les pieds, essuie quelques morves avec son tee-shirt et se glisse à plat ventre sur le béton, sous la tôle ondulée. Il y a environ 35 centimètres et je frémis en voyant les bouts de tôles rouillées au dessus des reins du gamin. Lentement, la tête puis le corps et les jambes disparaissent dans le taudis… Et nous attendons au moins dix minutes lorsque le gamin tend sa main avec une clé de cadenas. On ouvre la porte et je monte à l’étage.

Jak est – hélas – toujours là, sur son matelas mais il ne peut se lever. Une fille dort dans un coin de la pièce. Visiblement, sa soirée a dû être chargée en boisson, elle ouvre un œil émet quelques grognements et se rendort.  Apparemment, elle non plus ne pouvait pas se lever mais pour d’autres raisons.

Discussions habituelles avec Jak. Il me donne aussitôt la carte de visite du farang.

Son prénom est Kévin. L’espoir revient qu’à deux nous puissions enfin trouver une solution.

Je dis que je reviendrai ce soir.

Au cours de cette journée je n’arrive pas à joindre Kévin au téléphone.

En fin de journée, je retourne chez Jak accompagné d’un jeune Thaïlandais, Somsak, qui me dit qu’il ne faut pas aller seul la nuit là-bas !

Nous montons les étages à tâtons car il n’y a aucune lumière dans les escaliers, nous nous guidons avec la lumière de l’écran du téléphone portable de Somsak et nous arrivons lentement au 3ème étage.

Dans la chambre, Jak, sur son matelas, un bébé qui dort et la femme  du matin qui nous regarde à peine. On ne peut pas dire qu’elle fasse du ménage car la pièce n’a pas du voir un chiffon ou un balai depuis bien longtemps, ou alors le seul chiffon de l’immeuble appartient à Mme Thénardier !!

Nous restons un moment avec Jak, nous assurant qu’il n’a besoin de rien de particulier et redescendons – toujours à tâtons - …. Je suis de plus en plus perturbé. Que puis faire ?…

La nuit suivante, j’échafaude encore une fois mille projets, autant de solutions qui s’avéreront, au petit matin,  toutes aussi stupides que celles des nuits précédente


 

A deux, on est plus fort

Octobre 2006

Heureusement, le lendemain matin, je joins Kévin - Anglais/Australien – par téléphone et nous décidons de nous retrouver en début d’après midi. Jak lui a déjà expliqué mes diverses actions et d’un coup d’un seul ma fatigue disparaît, je suis certain que nous allons trouver……  

Rencontre sympathique, chacun expliquant ce qu’il a fait. Au fond nos actions ont souvent été assez complémentaires, et Jak a su appeler à l’aide l’un ou l’autre en fonction de nos séjours ici. J’en suis heureux. Seul problème avec Kevin c’est la langue … Je devine plus que je ne comprends tant il parle vite et beaucoup …. Il va falloir sérieusement que j’utilise la méthode à « mimile » pour apprendre le vocabulaire qui me fait défaut. Enfin on se débrouille, lui comprend bien mon parler anglais équivalence primaire intonation auvergnate … j’ai de la chance !

Kévin a effectivement pris contact avec Rayong, mais il ne s’agit pas d’un hôpital. Il s’agit d’une fondation de soins palliatifs recevant les malades du sida. Mais il n’y a pas de place actuellement. D’autre part, il faut un certificat de l’hôpital local pour accéder à cette fondation. Il s’agit en quelque sorte d’un certificat de prise en charge.  

Nous décidons donc de sortir immédiatement – si possible – Jak de cet endroit sordide ou sa situation et sa maladie ne peuvent qu’empirer notamment par le manque de soins le manque de nourriture et la saleté des lieux.

·    Kevin contacte à nouveau le centre.

·    Moi je m’occupe de trouver un taxi qui nous conduira d’abord à l’hôpital local pour le certificat puis à Rayong si nous avons un peu de chance.  Il faut expliquer au chauffeur qu’il s’agit d’un malade grave et qu’il ne faut pas qu’il se sauve lorsqu’il faudra le prendre en charge. Ce n’est pas évident mais je réussi à me faire comprendre.

Rendez vous est pris pour le lendemain 9 h 30  devant l’immeuble.


 

Peut-être, enfin, une solution.

Octobre 2006

Le taxi est à l’heure. Un ami Français, Gérard a tenu à m’accompagner ainsi que Somsak, ce jeune Thaïlandais qui est déjà venu avec moi dans cet immeuble. Kévin est déjà sur place pour expliquer à Jak ce que nous allons faire.

Je vous laisse imaginer la lente descente avec le malade et sa difficile installation dans le taxi. Lorsque le chauffeur Add, voit Jak, il me dit que si je ne lui avais pas indiqué la situation il serait parti.

Il s’est d’ailleurs avéré que cet homme nous a rendu de grands services à l’hôpital thaïlandais. Je crois que nous y serions encore sans lui. En effet, enregistrement, un autre bureau, attendre, un autre guichet, attendre, retour au premier guichet, attendre…. Puis une jeune femme explique qu’elle ne peut rien faire !!... le chauffeur intervient, explique, sourit, explique ! Et la jeune femme va voir un médecin qui consulte le dossier informatique de Jak… on parle… enfin, il signe un papier puis il faut faire des photocopies, retour à l’enregistrement … attente …

La jeune femme revient ave les liasses de papiers et nous dit : ok vous pouvez aller à Rayong. OUF ….. Première étape gagnée … une grande joie nous envahit. Cependant tout n’est pas terminé.

Kévin téléphone donc à nouveau au centre mais la réponse est la même. Pas de place !

Aux explications que nous sommes à l’hôpital où nous venons de retirer le certificat de maladie, la personne au téléphone dit de rappeler dans 15 minutes. Elle va voir avec l’administrateur ce qu’elle peut faire. Nous prenons donc la route de Pattaya  Jomtien qui est aussi la route de Rayong. Nous stopperons au carrefour et nous téléphonerons alors pour savoir où nous devons nous rendre. J’ai la gorge serrée et je croise les doigts pour ne pas ramener Jak dans ce logement de misère. Nous stoppons. Kévin rappelle – j’ai l’impression de ne plus avoir de sang dans les veines – et la réponse tombe :

- ok nous préparons un lit, vous pouvez venir


 

En route pour Rayong

31 Octobre 2006.

C’est le soulagement ! Jak ne se rend pas vraiment compte, il est très fatigué.

Encore une bonne heure de route, car, malgré les explications assez précises, nous nous sommes trompés et enfin nous trouvons le centre, une fondation Catholique « CAMILLIAN »  www.camillian-rayong.org

Nous sommes reçus avec beaucoup de sympathie et nous accompagnons Jak en salle commune de soins palliatifs ou personnels et bénévoles s’affairent déjà.

Quelques complications d’ordre administratif seront rapidement réglées grâce à la bonne volonté des responsables.

Bien plus tard, nous reprenons la route du retour.

J’ai pour ma part, un grand poids en moins sur la poitrine mais aussi beaucoup de tristesse pour ce chemin parcouru et cet accompagnement d’une grande partie de l’année 2006.

Il n’y a qu’une toute petite chance pour que la situation se renverse. Je ne peux m’empêcher de penser que nous avons, peut-être, hélas!, effectuer une sorte de chemin sans retour pour Jak.

Néanmoins, ce qui est certain, c’est que dans cet établissement, il sera soigné, ses douleurs soulagées, et ses conditions de vie seront moins misérables que celles des dernières semaines.

Il me reste à faire quelques visites au centre avant mon retour en France et certainement proposer quelques heures de mon temps au cours de mes prochains séjours.


 

Retrouvailles.

22 décembre 2006

Certains malades ne sont plus là, mais les lits sont occupés par de nouveaux patients.

Je retrouve Jak, sur une chaise roulante, dehors, installé au soleil, la tête cachée par le capuchon d’un vêtement noir (on dirait un capucin). En me voyant un sourire éclaire son visage.

-       Jak Comment vas-tu en ce moment ?

-        Nit noï (ce qui veut dire, un petit peu, donc j’interprète : c’est moyen).

En effet, j’ôte son capuchon et, si je suis heureux de constater que la couleur violacée (Kaposi ?) qui envahissait son crâne semble un peu atténuée, il n’en est pas de même pour la figure, très fortement marquée !...

Je constate également que les problèmes de peau (Candidoses ?) sont réapparus, malgré les soins. Les ongles sont aussi dans un mauvais état, pratiquement identiques au mois d’octobre. Enfin, une vilaine toux le fatigue, et il crache ce qui le gène dans un sac plastique. C’est un peu difficile à supporter et cela a fait partir en courant un autre malade lors du déjeuner !...

La situation est bien loin d’être satisfaisante, je suis triste pour lui, mais je ne m’attendais pas à un miracle, compte tenu de l’état dans lequel nous l’avons conduit le 31 octobre. Le personnel est toujours aussi attentionné, affectueux et compréhensif.

Alors que je suis accroupi devant le fauteuil roulant pour parler à Jak, je sens sur mon dos une présence, puis une tête d’enfant se cale sur mon épaule, contre ma joue. Je ne bouge pas pendant quelques instants, puis me retourne lentement. Je vois un garçon qui me semble avoir cinq ans, compte tenu de sa taille. Il a en réalité huit ans et s’appelle TEU. Il est malade depuis sa naissance et de plus il me semble qu’il est légèrement Mongolien. Il se câline et je laisse faire puis il me montre deux billes à jouer qu’il a dans sa poche.

Et, me voilà à quatre pattes en train de jouer aux billes avec lui. Cela dure environ dix minutes, puis il me prend par la main et me fait comprendre de le suivre. Je me laisse guider jusqu’à un petit bassin avec des cailloux et de l ‘eau situé près de la Chapelle. Il me tend une épuisette que je refuse dans un premier temps en lui faisant comprendre de là prendre, lui. Il insiste et je finis par prendre en main cette fameuse épuisette que j’introduis dans l’eau.

A ce moment, un responsable de la mission nous aperçoit et crie en Thaïlandais que nous ne devons pas faire cela. TEU secoue la tête voulant dire « C’est pas moi » et me montre du doigt voulant dire « J’ai rien fait, c’est lui » !...

Je rie aux éclats de sa bonne blague : Le fripon m’a bien eu…. Peut-être un peu mongolien, mais malin !

Ensuite je rends visite à quelques malades en salle de soins palliatifs et je suis très ému par la toute dernière arrivée : une petite fille de trois ans et sept mois, née avec le HIV. Elle est belle comme un cœur et ouvre de grands yeux, qui, hélas, ne voient pas, se tient assise mais ne marche pas, elle ne parle pas non plus car elle a un problème d’audition.

Son prénom est Féé. Quelqu’un va s’occuper d’elle en permanence et j’assiste à l’installation de son petit lit – tout neuf – qui remplacera provisoirement un lit d’adulte médicalisé.

Je passe un peu de temps avec les uns, les autres, pousse un fauteuil roulant, aide une aveugle à se déplacer, une autre à  mettre un vêtement dont elle ne trouve pas le sens….. Ceci est bien peu de chose face à cette grande misère physique !

Vers 12 heures, je prends le déjeuner avec les responsables de la mission et 17 enfants sur 38 (dont TEU). Ce sont les enfants les plus jeunes ou les plus malades qui ne peuvent intégrer l’école locale, car les malades les moins atteints sont scolarisés avec les enfants du village.

Après déjeuner, Jak voudrait boire un café (comme avant !)… comme avant, comme avant, c’est comment ça ?... je pense comme lorsque nous l’avons conduit, donc un café acheté dans une station service, servi comme un coca-cola avec glace, café, lait et sucre, un couvercle et une paille pour boire. Je demande donc où je peux trouver une station service et l’on me dit qu’il y en a une sur la route de Rayong à environ 1 kilomètre. Je suis un peu sceptique car en Thaïlande la notion de distance est tout à fait relative. Mais courageux ou inconscient, je décide d’y aller.

Sous un soleil de plomb, me voici en direction de cette station, je marche, je marche et au bout de 20 à 25 minutes environ je vois un panneau ESSO. Me voilà sauvé mais, pour sur, j’ai fait plus d’un kilomètre !

J’achète ce café non sans difficulté pour me faire comprendre car dans cet endroit, on ne connaît que le Thaïlandais. Mais j’y arrive et paye  23 Bath, c’est à dire environ un demi Euro…. Et je reprends la route en sens inverse, avec la paille dans une main et le récipient de café dans l’autre. Imaginez la scène du farang (Touriste) marchant en plein soleil, le long de la route dans la campagne avec son café. J’ai croisé quelques Thaïlandais qui me regardaient avec curiosité. Bref, au bout d’une heure environ allé et retour, j’arrive à la mission et suis content de pouvoir remettre cette boisson à Jak qui me remercie….

Mais, je le connais bien maintenant et je comprends que ce n’est pas ce qu’il voulait. Il le boit tout de même, et j’insiste lourdement pour comprendre. Enfin, quelqu’un va chercher une boite pour me montrer quel café il souhaitait. En fait il voulait du café en poudre pour se préparer lui même sa boisson. Bon je note pour la prochaine visite, un gros paquet de Nescafé Red-Cup, du sucre et du lait vitaminé. Au moins j’aurai fait un peu d’exercice aujourd’hui me dis je !

Samedi 23 décembre, je vais dans un super marché pour acheter un cadeau pour la petite fille de 3 ans. Je choisis un chien en peluche de 35 cm environ, en pensant que ses petites mains seraient intriguées par les pattes et les oreilles de cet animal, et la douceur de la peluche! Je vais lui apporter lundi 25 décembre car c’est ce jour là que je passerai avec eux. Cette journée se terminera par une messe à laquelle j’assisterai avant de reprendre le bus pour Pattaya.

Il me faut avouer que ce sera la première messe à laquelle j’assisterai – en dehors de quelques mariages ou enterrements – depuis 44 ans.


 

NOEL 2006 à la Mission.

25 décembre 2006

Ce matin, je prépare mes achats et prends un taxi moto en direction du super marché le plus près de l’arrêt de bus pour Rayong, où je vais faire quelques emplettes complémentaires pour les malades de la mission.

Dans un premier temps, mon intention était d’acheter quelques jouets pour les enfants que je connais, mais craignant  quelques jalousies entre les enfants, je me suis rabattu sur des friandises pour tous, et quelques gâteaux pour le personnel et les malades de la salle de soins palliatifs.

A l’arrêt de bus, deux européens attendent le bus. Ils ont le look « routard » : longs cheveux tressés, anneaux dans les oreilles, piercings, bracelets de cuir etc.  L’un des deux vient vers moi et me demande en anglais comment se rendre à Rayong. A ma réponse, également  en anglais, il me dit : tu es français ? …. Inutile de nier, je suis démasqué !!!!!

Je leur donne à nouveau les explications en Français… c’est bien plus simple.

L’autobus est bondé, et chaque nouvel arrêt reçoit sa quantité de nouveaux voyageurs qui s’installent dans le couloir central… Bonjour le bazar entre ceux qui veulent descendre et ceux qui sont en surnombre, et ceux qui monte encore !  Le métro aux heures de pointes n’a rien à nous envier !

Evidemment, le trajet est beaucoup plus long puisque chaque arrêt est interminable. Ma foi, me dis-je, in petto, tu veux voyager en transport en commun, il faut assumer !

J’arrive enfin à la mission qui présente un air de fête avec ses diverses décorations et sa grande crèche. Quelques rares familles ont fait le voyage pour visiter leur malade.

Les « parrains ou marraines  » de quelques enfants sont présents. Ce sont des personnes qui versent chaque mois une somme d’argent à la mission. En retour, la mission les informe sur la santé, la vie scolaire du filleul(e). Mais tous n’ont pas cette chance. Heureusement la mission est une « grande famille ».

Les enfants sont vêtus de leurs beaux habits, assez nombreux tout de blanc, quelques autres, costumés comme les santons de la crèche… Rois mages, bergers… etc.  C’est fort émouvant.  Mais nous n’en sommes pas encore à la messe !

En regardant qui visite qui, je constate qu’aucun des malades, entre 20/25 et 40 ans, n’a une visite. Abandon des familles, peur de la maladie, manque d’argent, de temps, de personne pour s’occuper d’un grand malade ?.... Mes visites ne sont donc, peut-être pas, inutiles.

Après avoir remis à Jak ses provisions, au personnel mes achats, je vais vers la petite fille arrivée vendredi dernier. Elle se trouve dans les bras d’un frère. Je lui caresse le visage avec la peluche (petit chien) qu’elle attrape vigoureusement et serre fort contre elle. Mais assez vite elle en a assez, et avant qu’elle ne jette le cadeau, je le dépose  dans son lit où elle le trouvera plus tard.

Retour vers les malades avec qui je reprends mes habitudes. Sourires, gestes affectueux, prévenances, aides…. (Ce sont à peu près les seules choses que je puisse faire)

Jak n’est toujours pas levé et semble assez fatigué, toujours cette toux !  Un peu plus tard, il souhaite une glace. Ce n’est pas si compliqué que le café, on peut acheter cela à la mission et c’est un prix dérisoire. Bien sur, en lui portant la glace, je traverse la cour centrale et d’autres malades regardent mon achat avec envie.

Bon, allez, je fais le tour :

-        Qui  veut une glace ?...

A chacun, j’offre  sa demande… puis me dirige vers un garçon (âgé d’environ 20/25 ans) à qui, la maladie a fait perdre l’usage de la parole. Ses mains et ses jambes sont sévèrement atrophiés. Il rie cependant presque tout le temps à gorge déployé. Je lui enlève le papier enveloppant son cornet de glace et l’aide à commencer à manger celle ci. Il réussit à prendre très maladroitement le cornet et, pensant qu’il continue, je m’occupe de Jak en poussant son fauteuil roulant vers un coin ensoleillé.

Quelle bêtise car, lorsque je reviens, la glace est étalée sur la bouche, le nez, le menton et la chemise. Une femme de service, répare les dégâts, et me dit  dans un mélange de thaïlandais et d’anglais :

o   ice cream  maimi     orange  mi

Ce qui veut dire: pas de glace mais une orange oui.  Message reçu cinq sur cinq.

Le garçon, lui,  continue de rire, de rire encore, ce qui déclenche chez nous tous une crise de … rire !!

Un moment plus tard, il me tend les bras, j’approche, il prend maladroitement ma main et l’embrasse.

Ce n’est pas du bonheur cela ?

Il est 17 heures, l’heure de la messe. La chapelle est bien trop petite pour recevoir tout le monde. A l’extérieur, sont installés des chaises et des bancs. La messe commence par un chant interprété par les enfants, et, si ce n’est pas très juste, le cœur y est, nous nous en contenterons.

Le Père Giovanni, créateur de cette structure intervient le premier en Italien puis c’est au tour d’un Frère Thaïlandais, ensuite en Anglais. Je « singe » ce que font-les autres car j’ai tout oublié… encore des chants, de la musique ….. Ce Noël est tout à fait particulier, je le vis avec une grande émotion!

Un moment, mon regard croise celui de TEU, tout en blanc, et il fait de grands gestes à mon endroit. Vous savez, TEU, le petit malin qui m’a fait faire une bêtise vendredi…  Il est assez dissipé, baille parfois et alors que la bouche est grande ouverte depuis quelques instants, semble se souvenir qu’il doit cacher son bâillement avec la main, ce qu’il fait brutalement.

Le voilà ensuite qui gesticule, se retourne, parle avec ses copains. C’est que la cérémonie dure plus d’une heure et demie, c’est bien long pour ce petit monde.

Les adolescents autonomes, de 15 ans à  20 ans environ, vivent dans une autre structure, et sont présents ce soir. Je les regarde les uns après les autres, rien ne les distingue des autres ados de leur âge, peut-être un peu plus maigres, parfois une toux, mais c’est tout !  Penser que tous sont infectés par le virus du SIDA me


 

Attendre un bus qui n’arrive pas

25 décembre 2006

Mais il est bientôt l’heure  de rentrer à Pattaya/Jomtien. On m’a dit que le dernier bus part de Rayong à 19 heures. Il sera donc vers 19 h 15 en face de la mission. Je traverse la route pour me placer sous un réverbère car il fait nuit. Il est 18 h 30 environ.  J’essaie de repérer au loin le bus mais ce n’est pas chose aisée.

Lorsque j’aperçois un immense véhicule, je gesticule mais il ne s’arrête pas. En effet, je constate – à l’usage – que seuls,  les camions sont équipés de lumières vertes en haut de la cabine. Bon, J’essaie de différencier les bus des camions, pour ne pas gesticuler à tous vents, et les minutes, puis les quarts d’heures passent. J’avais réussi à ne plus me ronger les ongles depuis plus de deux mois, et là, en une heure, j’ai fait un sort à mes dix doigt…

Et la montre tourne…. Quelques bus passent, mais ne se dirigent pas vers Bangkok … et je me demande bien comment je vais rentrer.  50 kilomètres environ me sépare de Jomtien.

En désespoir de cause, je me décide vers 19 h 45 à stopper un taxi collectif. Je lui demande  
- Où allez-vous s’il vous plait ?  

- BAN CHANG

- Tao laï krap (combien cela coûte) ?

- Sip Bath (dix bath)

OK, je monte et trouve une petite place parmi les travailleurs qui rentrent à la maison. Je réfléchis en cours de route tout en vérifiant où nous nous dirigeons.

Pas de problème, tout va bien, sauf que lorsque vous connaissez un endroit la journée et que vous vous y trouvez la nuit, alors tout est différent. Je ne sais plus où se trouve l’arrêt de bus dans cette petite ville.

Croyant à un moment que ce n’est plus très loin, je sonne pour que l’on m’arrête. Je descends et comme c’est la coutume ici, je paye le chauffeur par la portière.

Je sors mon portefeuille, dans la pénombre, et me fie à la couleur d’un billet que je lui remets. Il me le rend aussitôt, en me disant :

Ce n’est pas bon.

J’ai confondu un billet de 20 Euros avec un billet de 20 Bath. Je cherche prestement le bon billet et il me rend 10 Bath.

J’ai eu de la chance qu’il ne connaisse pas le billet ou bien qu’il soit honnête ou les deux car ce billet vaut 1000 Bath et s’il m’avait rendu 10 bath, j’aurais sans problème empoché la monnaie et je me serai posé bien des questions lorsque j’aurai fait mes comptes ….

La station ne se trouve pas très loin, je marche quelques minutes et demande à quelqu’un  s’il peut me dire s’il y a un bus pour Pattaya. Sa réponse est non, mais il y a un bus pour NONHKAI  plus tard qui peut s’arrêter. Il me dirige vers une femme, assise sur un banc, avec un bloc et des tampons.

Elle me demande où je vais, [Pattaya] me donne un ticket et me demande 50 Bath. Je m’éloigne un peu et elle m’interpelle.

Non tu restes ici, à côté de moi. Pas de problème ! Je m’exécute.  Au bout d’un moment, je lui demande à quelle heure arrive le bus.  Réponse lapidaire  Wait  (Attend).

Patience…….  Nous sommes en Asie, ne l’oublions pas.


 

Suis-je Farang ?

25 décembre 2006

Soudain, un grand coup de klaxon, voici le bus, avec autorité l’ordre est donné de monter à bord. A l’intérieur du car, un –très – gros monsieur demande mon ticket et me dit de m’asseoir au deuxième siège.

Celui d’à côté est occupé par une femme, totalement avachie, les pieds et un coude débordant sur ma place. Je me glisse sur mon siège. Le coude ne veut pas bouger, je m’en accommode d’autant plus que,  il me semble comprendre que la dame doit être avinée. Les kilomètres défilent.

Une télévision située au dessus du chauffeur présente un enregistrement d’un divertissement  télévisé, le son est au maximum, les rires fusent parmi les passagers, moi, je ne comprends rien, mais certaines situations burlesques me font sourire. Ce bus de nuit présente un avantage car il n’est pas omnibus !

Au bout d’un long moment, je sens que ma compagne de voyage me dévisage. Elle me dit, en anglais et d’une voix grave et rocailleuse qui ne laisse aucun doute sur son taux d’alcoolémie :

-        Excuse moi, Monsieur es tu farang (touriste) ?

-        Oui

-        Excuse-moi, Non

-        Mais oui, bien sur je suis farang

-        Excuse-moi, pourquoi alors tu es blanc ?

Celle là, on ne me l’avait jamais faîte !...

-        Je suis blanc parce que je suis farang

-        Non, les farang ils sont marrons, ils vont à la mer.

Oui, je comprends mieux, normalement les farang sont bronzés.

-        Qu’est ce que tu fais en Thaïlande ?

-        Je suis en vacances !

-        Excuse-moi, mais t’es pas farang.

Elle commence à m’enquiquiner la donzelle imbibée, alors je ne réponds rien. Elle continue cependant :

-        Excuse moi, est ce que tu parles Thaï ?

-        Non

-        Excuse moi, Pourquoi ?

-        Parce que c’est très difficile !

-        Excuse-moi, Non c’est très facile.

-        Ben c’est difficile pour moi

-        Excuse moi, Alors t’est pas farang…

Et à ce moment là, approchant de Pattaya, je vois l’enseigne du super marché où je vais pouvoir prendre un taxi moto pour l’hôtel. J’attrape mon sac, bondis et demande l’arrêt au chauffeur. Je disparais, je « m’évapore » à une vitesse incroyable Elle me parle peut-être encore au moment où j’écris ces lignes ….J’ai encore dans les oreilles sa voix éraillée par trop de cigarettes et d’alcool…

Me voici à destination, il est presque 9 heures.

Au fait suis-je farang ?

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