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Le billet de Michel

Observer - Photographier - Partager....

Publié le
Publié dans : #Thaïlande-Camillian

Emotions.

Janvier 2007

Une jeune malade, âgé de 16 - 17 ans environ, ne peut se déplacer qu’en fauteuil roulant qu’elle pousse avec son seul pied valide. En effet, le pied gauche, la main et le bras gauche sont paralysés.

En novembre elle était un peu agressive et j’étais surpris de là retrouver en décembre parfaitement calme, voire amorphe.

L’autre jour, j’aperçois son fauteuil et ne la vois pas. Un peu inquiet, j’approche et je là trouve assise de l’autre côté, très concentrée,  occupée à nettoyer les roues de son unique transport avec du papier toilette.

Ces derniers temps, cette jeune fille passe aussi beaucoup de temps auprès d’une petite fille qui est arrivée lors de ma première visite pour ce séjour, le 21 décembre. Elle la regarde longuement, lui parle gentiment et lui fait quelques chatouilles. Elle rie alors aux éclats lorsque la petite exprime sa joie Féé, c’est le nom de la petite fille, elle a 3 ans et 8 mois. Elle est née de parents séropositifs et a contracté le virus par sa naissance. En plus, cette petite est née aveugle et n’entend pas très bien.  Avec l’évolution du sida, ses parents ont du se résoudre à confier leur fille  à la mission où elle est arrivée le 21 décembre dernier.

Elle était assez perturbée à son arrivée, pleurant beaucoup, se frappant fort la tête avec ses petites mains. Actuellement, elle est beaucoup plus calme, commence à manger de la bouillie en plus des biberons. Elle s’agite beaucoup dans son petit lit et réussit maintenant  à se tenir sur les genoux en se tenant aux barreaux du lit, ce dont elle était bien incapable il y a un mois. Elle sourit souvent et « baragouine par petits cris ».

Hier, je l’ai prise dans mes bras après déjeuner car elle était toute trempée de sueur dans son lit – il faisait très chaud - … je lui disais un peu n’importe quoi en français, tout en là berçant,  elle a posé sa tête sur mon épaule et nous sommes restés ainsi un long moment…….

 

Emotion très intense !

Un peu avant, une dame qui doit avoir entre 50 et 60 ans environ, arrivée la semaine dernière, m’a demandé de l’aider en me montrant sa jambe gauche… J’ai eu un peu de mal mais j’ai fini par comprendre qu’il fallait que je lui mette sa jambe gauche (paralysée) sur son genou droit (jambes croisées, à l’asiatique). Evidemment, elle ne pouvait faire cela toute seule, car son bras et sa main gauche sont inertes également. C’est tout aussi dur de voir une personne âgée ou un enfant en grande difficulté par les conséquences du Sida.  

Autant de choses que nous ne connaissons pas vraiment en Europe parce que les médicaments sont mieux adaptés ou plus performants, je ne sais pas. Il est vrai aussi que la kinésithérapie est presque inexistante ici.  

En tout cas, j’étais très heureux que cette dame m’interpelle car elle était extrêmement gênée jusqu’à hier et n’osait me regarder…. La glace est rompue dorénavant.  

Hier toujours, j’ai passé un long moment avec un petit garçon de 9 ans prénommé  RAD. Il était en train d’étudier le braille avec une institutrice aveugle.

Son histoire est bien triste :  

·     Né d’un papa Hollandais et d’une maman Thaïlandaise, le père abandonne la famille quelques mois après la naissance.

·     La maman était alors séropositive et l’enfant aussi. Le père était il malade ? La maman meurt peu après des complications du sida.

·     l’enfant est pris en charge par les grands parents. Ils sont très pauvres et ne peuvent payer et s’occuper de RAD. Au bout de quelques mois,  il le confie à un couple de Thaïlandais qui l’adopte.

·     Quelques temps plus tard (évolution de la maladie - complications) RAD perd progressivement la vue. 

·        Le couple n’en veut plus, conduit le jeune garçon à la mission de Rayong et l’abandonne.   C’était en mars 2006.
En 8 ans, cet enfant a vécu :

·     L’abandon du père.

·     La mort de la maman.

·     L’abandon des grands parents.

·     L’abandon des adoptants…

Ne trouvez-vous pas que cela fait beaucoup !


Rire au milieu de la misère physique.

Samedi 20 janvier 2007.

Une vendeuse vient proposer des plats à la mission.

II -  2007 La maladie évolue

Elle arrive à pied avec deux énormes paniers tenu par un balancier sur son épaule.
Les thaïlandais sont souvent friands de ces petits plats, souvent très bons, vendus dans les rues.

Certains malades possèdent un peu d’argent et font des achats. D’autres regardent car ils n’ont pas les moyens de s’offrir cette petite dépense. Constatant cela, je propose d’offrir à tous cet en-cas. Bonheur et joie dans les yeux et chacun prend sa portion. Bonheur et joie également pour la vendeuse qui, en quelques minutes « liquide » pratiquement la totalité de ses stocks.

Quelques instants plus tard, l’une des malades interpellent la vendeuse, en thaïlandais bien entendu, et je ne comprends que le mot « farang, farang et Mitchel »… c’est moi. Je ne suis pas très loin de notre vendeuse, quand la malade me prend par le bras, me fait avancer vers cette dernière. Elle met nos bras dessus dessous, et continue son baratin. Tout le monde commence à rire et lorsque je comprends qu’elle explique que je ferai un « bon mari », je souris, amusé. Notre vendeuse sourit également et je découvre une bouche édentée où ne restent que deux dents !

Elle est pourtant jeune et ne doit pas avoir beaucoup plus de 35 ans environ !

Je joue néanmoins le jeu, et fait semblant de quitter tout le monde au bras de ma future/nouvelle épouse, en mimant que je vais faire … « tac..tac »…. si vous voyez ce que je veux dire, en me dirigeant vers les lits de soins palliatifs.

Les éclats de rire de tous les malades et les soignants devant le spectacle que nous offrons me réjouissent, puis je reviens sur mes pas, et toujours en mime, explique que je ne veux pas cette femme mais plutôt une autre. Je fais durer le plaisir en semblant hésiter entre toutes les malades pour finalement fixer mon choix sur une femme beaucoup plus âgée (au moins 45 ans), sur un fauteuil roulant. L’hilarité était à son comble !

Et moi, avec ces bêtises, je n’étais pas peu content d’avoir offert quelques instants de bonheur !


C’est de plus en plus difficile !

Depuis mon arrivée, le 15 mai 2007, je me suis rendu trois fois à Camillian Social Center de Rayong. Les malades et les soignants étaient heureux de me revoir après trois mois d’absence et, se souvenaient tous de mon prénom. Cela fait « chaud au cœur » de les retrouver presque tous car, certains, hélas, ont quitté ce monde !

JAK, quant à lui, se trouve toujours en salle commune de soins palliatifs. Il est très amaigri et n’a pas quitté le lit dans lequel il était lors de mon dernier retour en France. Il est totalement incapable de se tenir debout. Je ne détaillerais pas aujourd’hui les stigmates de la maladie et notamment du syndrome de Kaposi. C’est très difficile pour lui et très pénible à voir. Il ne cesse d’ailleurs de se cacher sous une grande serviette de bain, mais je pense néanmoins qu’il n’a toujours pas compris – ou ne veut pas comprendre – la gravité de sa situation.

J’ai du réduire mes visites en les ramenant à une tous les 5 ou 6 jours car il ne cesse de demander de le conduire à Bangkok, ce qui est parfaitement impossible, les hôpitaux d’Etat ne peuvent plus rien faire. Encore jeudi dernier, j’ai du lui rappeler pourquoi et comment nous étions arrivé dans ce centre (mais sans indiquer qu’il s’agit d’un centre de fin de vie, comment pourrais je faire pour lui dire une chose pareille alors qu’il n’a pas encore  31 ans ?)…..

Je me sens bien « seul » face à cette circonstance, et je dois avouer que cela me perturbe un peu. Aussi, pour ne pas (trop) culpabiliser, j’ai donc pris la décision d’être présent mais un peu moins afin d’avoir suffisamment de force pour chaque visite.

Comment répondre à un jeune homme qui vous dit, après avoir écouté les difficultés insurmontables pour le transporter à Bangkok :

-        Alors je vais peut-être mourir ?

Comment lui dire : bien sur que non alors que presque chaque semaine il voit un malade quittait ce monde ?

Il est tout autant impossible de dire : OUI c’est cela qui t’attend !

En temps normal, j’ai pourtant un « certain bagout » mais il ne me sert pas à grand chose, ici  … en Anglais avec un Thaïlandais !

Les enfants que j’ai croisés m’ont reconnu, mais ils avaient oublié – et c’est normal – mon prénom. Certains m’ont sauté au cou et fait de gros bisous.

Quelle émotion et quelle joie !


La situation de JAK.

12 Juin 2007

Nous arrivons en phase problématique. Cependant, je m’efforce de prendre un peu de recul et de ne "pas trop" culpabiliser. C’est aussi pour cela que j’observe un peu tout ce qui se passe autour de moi dans le bus ou à la plage et je le traduis par l’écriture avec – j’espère – quelque humour !  C’est aussi une façon "d’encombrer" mon esprit avec d’autres choses !!

Donc, j’ai trouvé Jak sur son lit à l’identique de mon départ trois mois auparavant. Il était un peu plus amaigri, les jambes ne sont plus que des os entourés d’une peau qui n’a rien d’humain. Hélas, il n’est pas le seul dans ce cas là à la mission.

Il est totalement incapable de se tenir debout et doit attraper chaque jambe avec les mains pour les bouger, pour s’asseoir ou pour se mettre dans le lit depuis le fauteuil roulant. Ce fauteuil qu’il utilise pour aller faire sa toilette. Quelqu’un l’aide ensuite.

Les genoux sont très gros, très "ronds" et les pieds sur le lit, lorsqu’il est sur le dos, sont totalement à plat c’est à dire les orteils vers l’extérieur. De l’orteil d’un pied à celui de l’autre pied, cela fait un angle de 180°. Je n’ai jamais vu cela de ma vie !

La peau, sur tout le corps, est horrible à voir. Ce n’est que tâches brun rougeâtre et points plus blanchâtres. Par endroit, il manque des morceaux entiers de « première » peau.  Si je voulais donner une image, je dirai que cela ressemble à une peau de serpent qui mue. Il me dit qu’il n’a pas mal et n’a pas envie de se gratter. Et c’est tout le corps qui est ainsi. Pour moi, ma vision du Syndrome de Kaposi  était des tâches brun/noir. Nous en sommes bien loin.

Les ongles (aussi bien des mains que des pieds) sont comme si plusieurs couches étaient collées successivement les unes sur les autres. C’est ce qu’il avait déjà l’an dernier.

Les mains : comment les décrire ? D’abord les doigts se déforment et il me semble qu’il a quelques difficultés pour les mouvoir. La peau ici est plus "rugueuse", en touchant on croirait que la main est rempli de sable, oui c’est cela de... sable !

Le visage présente les mêmes caractéristiques que les mains, la peau est « granuleuse».

Ce matin, j’ai remarqué que les dents, qu’il avait autrefois plutôt blanches et "propres" deviennent jaunâtre et semblent se "gâter".  J’ai aussi aperçu – me semble t-il – des tâches blanches dans la bouches et sur la langue (Candidoses ?)

Il n’a pas de fièvre en ce moment.

Lorsque je suis arrivé, il ne cessait de me demander de le conduire à Bangkok car là bas, il serait soigné !  Il me citait le nom d’un Frère Brésilien qui le soignait bien – disait-il !

J’ai du recadrer un peu ses souvenirs en lui rappelant ses propos de l’époque : à savoir que ce Frère Brésilien était l’endroit où il allait dormir lorsqu’il allait à l’hôpital, si hôpital il y avait ? Dortoir ? Soins ? Pas de soins ? Où est la vérité ?

- Comment se fait-il que nous ayons dû trouver des solutions pour toi si à Bangkok on te soignait si bien ?

- Pourquoi ta carte jaune de soins (genre notre carte vitale) n’était pas à jour ?

Autant de questions sans réponse !

D’autre part, lorsque je lui avais demandé s’il voulait que je le transporte  à Bangkok, (auquel cas j’aurai peut-être trouvé une solution), il m’avait répondu par la négative.

J’ai du lui remémorer que nous étions arrivés dans cette mission après être passé chez un médecin de l’hôpital de Pattaya qui avait établi un certificat de « prise en charge par le gouvernement » pour aller à CAMILLIAN.

En quittant la mission, il réduira à néant cette prise en charge.

En supposant que nous prenions un taxi et que nous allions à Bangkok….

- Où allons-nous ? ….

- Vers quel hôpital ?....

- Avec quel dossier ?

- Et si on ne le veut pas ?...

         > Qu’est ce que je fais de lui ?

Il a semblé comprendre et ne m’en a plus parlé. Je me suis dit : « bon il est devenu raisonnable ». Malheureusement, aujourd’hui une aide-soignante m’a informé que Jak  refusait d’être conduit chez un médecin ou à l’hôpital local pour quelques jours. La mission n’a, ni médecin, ni laboratoire et chaque fois que nécessaire, il conduise le malade en ambulance à l’hôpital local de Mathaput ou Rayong.

Camillian est un lieu  de Soins Palliatifs. Je ne suis pas certain qu’il ait compris son état !

Je lui ai donc demandé pourquoi il ne voulait pas voir un médecin. Sa réponse a été de tourner la tête de l’autre côté du lit et d’entrer dans un mutisme total. Voilà où nous en sommes.

Pour ma part, au début de ce séjour, je fus envahi par un grand sentiment de culpabilité :

- Est- ce que j’ai fait le maximum pour lui ?

- Est-ce que je ne pouvais pas faire autrement ?

- Aurais-je dû le laisser à sa mort annoncée dans son gourbi ?

- N’ai je pas – d’une certaine façon - été égoïste ?

Et ce soir, après son refus de voir le médecin, je me dis encore :

- Qu’est ce que j’ai « manqué » ?

- Est-il encore possible de « corriger » ?

Puis, très vite, je chasse ces pensées négatives et me répète que j’ai fait ce que j’ai pu dans une situation qui me dépassait largement, dans un pays qui n’est pas le mien, avec une mentalité fort différente !

Je ne crois pas qu’il soit possible et je ne suis pas certain de le vouloir ou de le pouvoir, de recommencer un nouveau chemin, comme celui vécu depuis un peu plus d’un an !

Et… N’étant  pas le Bon Dieu, je ne peux tout résoudre.

Le peut-il d’ailleurs, le Bon Dieu, s’il existe ?

Rassurez-vous, je ne déprime pas et je regarde avec objectivité la situation.

L'écriture est d'ailleurs un excellent exercice pour cela



La maladie évolue.

9 octobre 2007

J’ai retrouvé Jak couché ou plutôt recroquevillé dans son lit, nu à part une couche culotte, la peau encore plus atteinte que lors de mon départ. Tout le corps n’est que plaques et parfois on dirait qu’il y a comme quelques gouttes de sang. C’est peut-être seulement des plaques rouges.

Les ongles sont dans un état lamentable, une superposition de plusieurs ongles ! Les doigts sont un peu recroquevillés et je crois qu’il a de plus en plus de difficultés à les plier normalement.

La jambe gauche est totalement atrophiée, c'est-à-dire pliée au niveau du genou et il ne peut plus l’articuler. La jambe droite peut encore un peu plier, mais il doit pousser avec sa main, aucun muscle ne peut effectuer cette manipulation. Il ne peut plus du tout se tenir sur lui-même. Ses jambes, comme ses bras ne sont plus que de l’épaisseur des os.

Je pense également qu’il a encore perdu du poids. Il m’a semblé, lors de ma première visite que son thorax semblait se rétrécir, comme s’il se repliait un peu plus sur lui-même. Mais c’est difficile d’expliquer ce que je vois ou que je crois voir car cela peut-être aussi une attitude d’un moment !

Au fur et à mesure de mes visites, les choses changent, tantôt en mieux (un tout petit peu) tantôt en moins bien.

Par exemple, une fois, la peau est difficile à supporter puis une autre fois, après que les aides-soignants lui aient passé une lotion : KELA LOTION  (Triamcinolone acétonide)  le visage avait retrouvé un peu d’humanité, la peau semblait être redevenu la sienne d’il y a presque deux ans. Puis, à ma dernière visite, qui remonte à dimanche dernier, cela n’allait plus très bien.

Une légère fièvre l’obligeait à se couvrir d’une grande serviette de bain (il avait froid, c’est un comble ici). Les yeux étaient moins vifs et les lèvres étaient sèches et comme craquelée. Sur un œil, il semblait avoir au niveau de la paupière inférieure, un petit point blanc.

J’ai acheté à la pharmacie une lotion identique (à ce que l’on m’a dit) : LAVER LOTION car à la mission, ils n’ont pas la possibilité de se procurer suffisamment de flacon (ce sont des flacons de 30 ml).

Evidemment, il n’est pas le seul et j’ai encore assisté au départ de certains que je connaissais bien maintenant et j’en vois d’autres dont la santé se dégrade assez rapidement. Une maigreur et la peau qui semble « transparente » des taches brunes apparaissent sur les bras et les jambes et augmentent de volume.

Je continue mes visites mais j’ai du – afin de « me protéger » - réduire leurs nombres ainsi que le temps passé sur place. Je vais en général le dimanche (une seule fois par semaine) et je reste environ une heure sur place. Le temps de rester un peu avec JAK, de visiter les patients alités, et d’offrir à tous les malades ainsi qu’aux aides-soignants (environ 70 personnes) une boisson (Pepsi, Coca Cola, Fanta, Sprite).  C’est la grande distribution et c’est bien tout ce que je peux faire pour eux !

J’essaie de ne plus trop passer de temps avec les enfants, car il m’est encore plus difficile d’accepter leur maladie.  Si je reste trop longtemps avec eux, j’ai beaucoup de mal à reprendre des activités normales.

C’est un peu lâche sans doute !... mais je sais aussi que cela est nécessaire si je veux être efficace, c'est-à-dire fort et de bonne humeur pour revenir régulièrement à Camillian.


Long Silence !

Octobre 2007

Durant ce séjour, je n’ai pas «saturé» d’emails…mes amis et ma famille.

Ce n’est pas que je n’ai rien à dire, mais les choses ne changent pas vraiment, et, la répétition, si elle est l’âme de l’enseignement, deviendrait ici rapidement lassante !

Je me rends toujours à la Mission, mais j’ai quelque peu limité les visites. C’est une décision que j’ai du prendre après plusieurs événements douloureux vécus en mai, juin et juillet. Trop de disparitions, dont deux enfants, trop de "mal être" au retour jusqu’à ce que je comprenne que j’étais, pour certains, passé de la compassion à l’affection et donc trop sensible à leur fin de vie.

C’était peut-être aussi la suite logique du fait que je passais beaucoup de temps chaque semaine parmi eux.

J’ai aussi compris qu’il m’est difficile – sinon impossible – d’effectuer un accompagnement que je qualifierais de « passif » puisque leur culture, leur langue, leur coutume sont autant de  difficultés. Mais je ne voulais pas pour autant abandonner, aussi après réflexion, je décidais de changer de méthode…. Et vous savez que le changement ne m’effraie pas !

Depuis le 13 septembre, je n’ai effectué qu’une seule visite hebdomadaire, et au lieu de faire un « accompagnement », j’agis… à ma façon ! …..

J’arrive avec quelques cadeaux (ou commandes) pour Jak et ses voisins proches. A peine franchi le portail de la mission, je suis interpellé et salué à la mode Thaïlandaise.

Après avoir un peu parlé avec Jak, je me dirige à la « cantine » pour acheter 70-75 boissons (Coca-cola, Pepsi, Fanta, Sprite, Thé glacé). Je dispose toutes ces canettes dans un grand panier qu’un aide-soignant m’aide à transporter et nous passons dans toutes les pièces et tous les endroits où les malades se trouvent pour remettre à chacun une boisson. Le plus grand nombre n’a aucun argent en poche, et ce bien mince cadeau n’est pas rien pour eux !

Une fois la distribution terminée, quelques échanges de ci de là, quelques plaisanteries, quelques billets glissés discrètement aux plus démunis et je retourne alors vers Jak un moment !

Parfois, je passe une commande de glace pour les enfants  (entre 30 et 50)  qu’ils recevront  en supplément de dessert. Je ne reste plus déjeuner avec le staff et les enfants pour ne pas m’impliquait plus que de raison et pour me « protéger » quelque peu.

Il est temps de prendre congé. Un petit salut à tous, quelques accolades, un peu d’encouragement aux plus touchés et je quitte la Mission.

La route traversée, j’attends un bus pour le retour. S’il s’arrête c’est super !... mais ce séjour il y eut bien des caprices incompréhensibles de la part des chauffeurs de bus. C’est aussi cela l’Asie. Dans ce cas, je stoppe une « bétaillère » Taxi collectifs en mini camion, m’arrête à la ville suivante à la station de bus en direction de Pattaya/Bangkok.

Entre mon départ le matin, le temps passé sur place et le retour, il faut compter un peu plus de cinq heures. C’est bien peu de temps chaque semaine, mais maintenant, tous les malades reçoivent un cadeau.  Cadeau plus symbolique que coûteux, mais cette méthode qui n’oublie personne me permet également « d’agir » pendant le temps passé à la Mission !

Le temps a filé bien vite et il ne me reste plus que 10 jours (2 visites) avant de rentrer en France.


Nouvelles de la Mission

19 décembre 2007

Alain m’accompagne à Camillian. Il a loué une voiture, ce qui m’évite de vous raconter une « ènième » histoire de voyage en bus !.... La voiture, et ses quarante minutes de trajet, est tout de même plus pratique que le bus local, mais cela me coûterait bien trop cher, et je gère au plus juste (par la force des choses) mon budget actuellement.

Nous arrivons et nous nous dirigeons immédiatement vers la salle de soins palliatifs qui est la « demeure » de Jak depuis maintenant plus de 14 mois. En entrant dans la cour centrale de la mission, je me demandais dans quel état j’allais le trouver car, lors de mon départ en novembre, cela n’allait pas vraiment bien.

Quelle n’est pas notre surprise de le trouver dans son lit, avec quelques kilos supplémentaires, ce qui se voyait également sur son visage. La peau était redevenue presque normale. Je lui avais acheté en octobre dernier, plusieurs flacons, d’une lotion qu’un médecin Thaïlandais avait conseillé et j’avais laissé de l’argent à un aide-soignant afin qu’il puisse continuer ces achats pendant mon absence. Est-ce que cela aurait donné des résultats ?  Est-ce plutôt un nouveau traitement ?  Il est assez difficile de comprendre le pourquoi, mais après tout, il ne sert à rien de tout vouloir comprendre : le résultat est là, à ce moment précis.

Evidemment, son moral est bien meilleur, et j’en suis très heureux. Alain lui dit forces plaisanteries en ce qui concerne le gain de plusieurs kilos et cela fait bien rire autour de nous. J’en profite également pour saluer d’autres malades que je connais bien maintenant.

Parmi eux:

- Un garçon d'environ 30 ans, aveugle à cause du HIV, a beaucoup maigrit mais il reste toujours souriant.

- Un garçon d'environ 25 ans, qui décline lentement, mais continue néanmoins à travailler. Son job est le nettoyage des vitres et du carrelage des salles de soins palliatifs

- Un autre garçon, 28 ans, ancien serveur de bar, qui ne peut plus parler et dont les membres sont particulièrement atrophiés. S’il ne peut pas parler, il comprend parfaitement tout ce que nous lui disons.

- Un ancien guide de tourisme né d’un père américain (de passage à Pattaya, lors de la guerre du Vietnam) et d’une mère thaïlandaise. Au cours de mon précédent séjour, car il est resté presque une semaine dans le coma. Aujourd’hui, il a repris ses activités de nettoyage aux différentes salles de réfectoire.

Il va relativement bien.

- La petite fille aveugle et séropositive depuis sa naissance, arrivée en décembre 2006, à l’âge de 3 ans et 7 mois. Elle ne marchait pas. Aujourd’hui, elle peut marcher, mais son handicap visuel ne lui permet pas de se débrouiller toute seule. Elle est très belle et quelquefois on pourrait croire qu’elle vous regarde !

- Une femme d’environ 40/45 ans, qui a également perdue la vue, qui me semble avoir quelques signes de l’avancée de la maladie. Elle passe beaucoup de temps à masser les membres qui fonctionnent de moins en moins pour la plupart des malades. Son époux, qui n’est pas malade, a abandonné son travail. Il est devenu aide-soignant au centre.  Il parle parfaitement  anglais (bien mieux que moi). J’ai aussi croisé  leur fils de 15 ans, en visite, qui n’est pas malade.

- Une autre jeune femme de 35 ans environ, a beaucoup de mal marcher car une jambe est très handicapée, toujours les  suites des différentes maladies contractées parce que l’organisme n’a  plus de défenses.

- La grand-mère – entre 50 et 60 ans - dont j’avais parlé dans un de mes précédents textes, alors qu’elle était dans un fauteuil roulant et qu’elle ne pouvait pas mettre une jambe pliée sur un genou. Elle est paralysée d’une jambe et d’un bras. Actuellement, elle ne descend plus de son lit.

Bien sur, j’ai aussi une pensée particulière pour tous les autres …. Il m’est impossible de les nommer un par un.

Ce  jour là, la visite était rapide  et nous sommes revenus à Jomtien, notre quartier général depuis plus de 25 ans !

La semaine suivante, des nouvelles moins heureuses me parviennent. En effet, JAK semblait avoir grossi, mais en fait il était plutôt « bouffi » par les médicaments. L’on me dit alors qu’il aurait une tuberculose.

Je ne peux hélas, lui rendre visite, car je suis malade durant presque une semaine. Une sorte de grippe avec mal à la gorge. (Beaucoup de gens ont été malades à la plage). Les antibiotiques prescrits font chuter la forte fièvre qui m’a bien fait transpirée…. sans faire beaucoup d’efforts.

J’attends d’être parfaitement rétabli pour retourner à la mission, pour ne pas apporter mes microbes aux malades.

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