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Le billet de Michel

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Articles avec #thailande-camillian catégorie

Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Camillian

Plage de Jomtien

...

19 mai 2008  -  C'était mon premier article...

Avant Propos

En 2006, sur la plage de Jomtien, en Thaïlande, je remarquais un garçon d'une trentaine d'année environ, qui semblait fort "mal en point".

Cela ne faisait aucun doute qu'il était malade (Sida ?) depuis un certain temps déjà. Il était abandonné de tous - ou presque - et je ne pus rester insensible à cette détresse.

En décidant de l'aider, je ne me doutais pas que j'allais rencontrer un monde méconnu (ou que l'on ne veut pas voir), celui de malades, de tous ages, démunis et souvent seuls.

J'allais également découvrir parmi-eux des enfants, souvent orphelins, à qui la maman, séropositive, avait transmis le virus à leur naissance.
Je ne doutais pas non plus que cet accompagnement allait durer presque deux ans....

Les textes ci-dessous ont été écrits entre Mai 2006 et Février 2008.

Le ciel est bleu, le soleil brille,

faut-il pour autant en oublier les zones d'ombres ?

2008 - 2013 / Je suis retourné de nombreuses fois à Camillian lors de chacun de mes séjours en Thaïlande.

Depuis 2013, des préoccupations familiales m'ont fait cesser mes voyages en Asie.

Peut-être un voyage en 2017 et d'autres visites à Camillian...

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Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Camillian

Thaïlande Camillian.

J'ai visité régulièrement les malades du Sida à Camillian Social Center lors de mes séjours en Thaïlande pendant six ans.

En février 2013, je ne savais pas, en rentrant en France, que je ne retournerai pas avant...longtemps à Camillian.

Ma mère, alors âgée de 86 ans, n'était plus très bien. Mes  visites furent plus fréquentes au détriment de la Thaïlande.

En 2015, après un AVC, ma mère a été hospitalisée. Il fallut alors lui trouver une place en Maison de Retraite médicalisée.

Préoccupé et ne souhaitant pas laissé toute la charge à mes frères et soeurs, le temps a filé très vite et je ne suis pas retourné en Asie et au Centre Social de Camillian...

J'ai, de temps à autre, des informations et mes pensées s'envolent régulièrement vers tous ceux que j'ai bien connu là-bas...

Il faut parfois faire des choix. C'est la vie ! ....

A ce jour, je ne sais toujours pas quand il me sera possible d'effectuer un nouveau voyage.

Camillian Social Center.

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Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Camillian

Désespérance.

Lundi 7 janvier 2008

Le bus freine mais s’arrête à peine. Il faut vite grimpé à l’intérieur, poussé par les autres passagers derrière moi (il faut toujours aller très vite, pour monter et pour descendre !). Je me retrouve encore une fois entassé comme une sardine dans sa boite en métal !

Dans le bus environ cinquante places assises, nous sommes certainement plus de quatre vingt (je voulais compter mais c’est mission impossible). Evidemment, au-delà de 50, la sardine est debout dans l’allée centrale, vous allez vite imaginer n’est ce pas, surtout ceux d’entre vous qui prennent le métro, le RER ou le train aux heures de pointes ou les jours de grève…..

Voilà, c’est tout pareil, sauf que le métro, le RER ou le train roulent sur des rails, ce qui rend la trajectoire plus cohérente.

Bon, je vais faire court pour le bus aujourd’hui, et j’arrive environ une heure et demie plus tard à la mission. A peine arrivé, ce sont les salutations à la Thaï, les mains jointes devant le visage incliné, et pour certains les accolades. J’ai toujours, sincèrement,  un grand moment de bonheur à retrouver tous ces malades d’âges divers car je vois sur leurs visages de grands sourires. Et souvent, leur première parole est de s’inquiéter de ma santé.

J’entre dans la salle où Jak est toujours couché et le trouve prostré. Il me regarde mais il n’a pas, comme à son habitude, le sourire, le regard est d’une terrible tristesse. Je lui touche le front, il ne semble pas avoir de fièvre, mais il me dit qu’il n’a pas pu manger normalement depuis plusieurs jours car il a un problème à l’estomac. Il tousse de temps en temps et semble vraiment très fatigué.

Je lui apporte un morceau de pizza et un hot dog, dont il est friand, mais il ne regarde pas et cela reste dans le sac plastique. Il prend lentement l’enveloppe dans laquelle j’ai glissé quelque argent, mais il ne là met pas dans sa sacoche immédiatement.

A ma question, quelle boisson  veut-il que j’aille chercher, il a beaucoup de mal à se décider.

En me dirigeant vers la « cantine » pour lui acheter un Coca Cola et un Sprite, je m’attarde auprès de certains dont je suis devenu aussi, au fil des séjours, leur visiteur. Après avoir passé un peu plus d’une heure auprès de Jak, je quitte la mission sans avoir  effectué une distribution générale de boisson. Ce sera pour la prochaine fois car aujourd’hui, il était nécessaire que je passe un peu plus de temps avec Jak.

Au retour, et contrairement à mon habitude, je n’observe pas grand-chose dans le bus.

Que de questions envahissent ma tête !  Il y a presque deux ans, mon chemin a croisé celui de Jak, un jour sur la plage de Jomtien, alors que je n’avais jamais fait attention à lui.

Il  travaillait pourtant sur cette plage depuis longtemps. Mais la plage est bien vaste, il y a beaucoup de monde et avant, il allait bien !

C’est son aspect, et la certitude qu’il était très malade qui m’a fait intervenir, et le prendre en charge, malgré la désapprobation quasi générale des Farangs (touristes) et des thaïlandais.

Pourquoi l’ai-je pris en charge ?  Je n’en sais rien.  

Sans doute parce qu’il était malade, seul, abandonné de tous, y compris de sa famille, et certainement parce que je ne pouvais pas accepter cette indifférence générale, qui me révoltait !

Comment aurais-je pu continuer mon  farniente sur une chaise longue, face à la mer, alors que quelqu’un à côté de moi  vivait une terrible situation! Madame ROYAL aurait sans doute dit : « en désespérance » !

Inconnu  pour moi, c’est un malade à qui j’ai tendu la main et essayé d’apporter quelques aides et réconforts. C’est aussi pour qu’il puisse obtenir des soins, une nourriture et un toit qu’avec Kévin Anglais/Australien, nous avons pu le conduire dans cette institution près de Rayong.

C’est un peu tout cela qui me revenait en mémoire dans le bus du retour vers Jomtien.

La maladie évolue inexorablement, et je ne suis pas sans connaître la façon dont ce séjour devrait se terminer pour Jak.

Il en sera, vraisemblablement, pour lui comme pour le plus grand nombre des malades que j’ai connu durant cette dernière année. Ils ont, après un séjour plus ou moins long, quitté ce monde.

Je suis quelque peu pessimiste aujourd’hui, mais ne soyez pas inquiet pour moi, même si ce n’est pas toujours facile, car chaque situation, en fonction de l’évolution de la maladie, est différente. Il est donc assez normal que de nouvelles questions se posent.

 


Une journée très éprouvante. 

14 janvier 2008

5 h ½ de transport  et 4 h ½ à l’hôpital de Rayong.  

D’ordinaire, un bus arrive environ toutes les trente minutes. Aujourd’hui, cela commence bien mal. L’attente est interminable et bien sur, lorsqu’un bus arrive : que croyez-vous ?   Il est, comme très souvent,  déjà en surcharge.

Toutefois, le « caissier » pense qu’il peut faire plus de recette, et nous invite gentiment mais fermement  à  nous pousser vers le fond du car. Comme je résiste un peu, il met sa main dans mon dos et tout en me caressant entre les omoplates me pousse fermement. Evidemment, je ne suis pas trop content, et tourne mon visage pour lui montrer mon désaccord.  Il me sourit et, secouant la tête, a l’air de dire : «  ben oui, mais faut y aller ». Que puis-je faire ? J’avance vers le fond du bus.

Au gré des montées et des descentes de passagers, comme par un jeu de chaises musicales, je me trouve tout au bout de l’allée centrale, juste devant la toute dernière rangée, qui est une longue banquette de cinq places. Celle-ci se trouve sur une petite estrade d’environ 30 centimètres, car le moteur est juste en dessous. Sur le devant, il me semble qu’il y a comme une grille car je sens une vague de chaleur m’envahir les jambes. Tout en haut, du plafond, tombe une ventilation froide. J’ai donc chaud en bas, froid en haut, au milieu, ca va merci !

Un long moment encore, et un passager quitte sa place sur la banquette. Je me précipite avant que quelqu’un ne s’installe. C’est la première fois que je suis assis à cet endroit. Je ne suis pas certain de renouveler l’expérience. En effet, ce sont les places Orangina (secouez, secouez-moi !).  Une femme est à coté de moi, «elle va avoir une descente d’ovaires» pensais-je ! Quant à moi, c’est plutôt le café qui remonte !

Comme il fait un grand soleil dehors, le caissier, pour nous protéger de la chaleur et en même temps pour réduire les frais de climatisation, décide de fermer ou faire fermer les rideaux bleus marines. Nous voilà dans une demi-pénombre. Si l’on ne voit plus rien de la route et de l’extérieur nous n’en sommes pas moins secoués.

Petit à petit, les passagers sont moins nombreux et je parviens à récupérer une place plus près du conducteur. Ainsi, je vois par le pare brise la route afin de ne pas rater la mission où je parviens vers 11 h 30. Après un rapide bonjour à tous ceux que je rencontre,  j’avance vers la salle de soins palliatifs. Jak n’est pas là, il est à l’hôpital de Rayong. Cela devient assez fréquent, je me fais expliquer où se trouve cet établissement. Ce n’est pas bien clair, mais je décide tout de même de m’y rendre. C’est environ à 20 kilomètres de la mission…. Me voici, à nouveau, au bord de la route, attendant un bus ou un taxi collectif  (petit camion avec deux banquettes en longueur à l’arrière). C’est ce dernier qui me conduira jusqu’à son terminal à Rayong. Je demande ensuite à un taxi-moto d’aller à  l’hôpital dont le nom m’a été écrit en thaïlandais, où j’arrive vers 12 h.

C’est un hôpital typiquement thaïlandais, avec beaucoup d’ouvertures, une multitude de bâtiments peu faciles à mémoriser à première vue. A peine entré dans la première salle d’attente, j’aperçois Jak sur un brancard. Il me dit être ici depuis 8 heures du matin, et ne pas avoir vu le docteur.  Ce n’est pas la vérité.  Ai-je bien compris ?  Lui-même ne sait-il plus trop ce qu’il en est ? 

Il a bien vu un médecin et attend les médicaments qui sont fournis par l’administration hospitalière. Il recevra un plus tard, un immense sac plastique avec toutes sortes de pilules, gélules, fortifiants et vitamines. Songsak, un aide-soignant m’expliquera avec forces détails les qualités de chaque prescription. Mais, cette fois, c’est moi qui ne comprends pas tout et n’enregistre rien.

Après avoir reçu ses médicaments, Jak devra attendre encore car la mission a conduit six malades et tout le monde rentrera ensemble, dans le même véhicule. Jak est bien mal en point.  Il n’a pas déjeuné car ce n’est pas bon, dit-il. . Je trouve, dans une salle aménagée une vingtaine de petits restaurants,  je cherche du riz avec du porc, une sauce non pimentée et un Coca-cola, selon ses souhaits. Au retour, je l’aide à boire et il essaie de manger seul mais c’est bien difficile. J’ai l’impression qu’il doit faire de gros efforts pour déglutir. Le Coca le fait grimacer. Il désire plutôt un café glacé. Je repars effectuer le nouvel achat, et constate à mon retour qu’il n’a pratiquement rien mangé.  Avec une paille, il avale une gorgée de café glacé et n’en veut plus. C’est assez désespérant, mais il est malade. Il faut le comprendre.

Il n’est pas seul ici, alors je vais rendre visite aux autres malades de la mission, qui attendent soit la consultation d’un médecin, soit les résultats des examens, soit les médicaments. Il y a un aveugle, qui a également de plus en plus de mal à marcher. Un autre malade, qui perd progressivement la vue, deux jeunes femmes dont une n’a plus toute sa raison et un jeune homme de seize ans (mais il en parait neuf tellement il est chétif).

Songsak me fait rencontrer quatre infirmiers spécialisés en accompagnement et soins pour les malades séropositifs dans cet hôpital. Nous dialoguons un long moment car Ils sont curieux de comprendre mon action et surpris de voir un farang dans leurs murs. En conclusion, Songsak traduit mes visites avec une phrase qui, un temps, faisait rire à Camillian: « Mitchel est le sponsor des malades à Camillian ».

Pour conduire les deux aveugles auprès d’un médecin, nous devons traverser plusieurs salles d’attente. Songsak, prend les dossiers sous un bras, moi je le suis en réglant mes pas sur ceux de Nonne qui marche lentement derrière moi en me tenant par les épaules. Anioukoun tient Nonne par la chemise. Nous déambulons ainsi, et je vous laisse imaginer les regards des thaïlandais en voyant un aide-soignant habillé d’une veste blanche sur laquelle est brodée une grande croix rouge, symbole des Camillian, et un farang qui « joue » au petit train avec deux thaïlandais aveugles, dont un peine à marcher. Le seul farang que je suis ressemble un peu à un Ovni dans ces lieux.

Un peu de temps avec l’un, un peu de temps avec un autre, acheter quelques boissons, essayer de faire sourire, voici ce qu’a été mon programme de la journée. Un vieux monsieur Thaï, sur un brancard à côté de Jak, a du penser que j’étais une nouvelle recrue de l’établissement. Il m’interpelle et en thaï, sans s’occuper de ma réponse « maicochaï » (je ne comprends pas). 

Finalement, avec quelques difficultés, je crois comprendre, l’aide à s’assoir sur le brancard, lui ouvre un sac plastique dans lequel il a une boisson, et lui tient le flacon pendant qu’il boit avec une paille. Il souhaite ensuite rester un moment assis, je l’aide alors à plier ses jambes. Il est content, moi aussi, même si je me demande s’il ne va pas passer par-dessus bord. Je ne reste pas trop loin (au cas où) et lorsqu’il me semble « assez stable » je lui indique par signe que je vais ailleurs. Il me parle thaï et à ses « sawadee krap », je comprends qu’il me remercie.

Le temps passe lentement, les consultations se terminent. Tout le monde se rapproche de la pharmacie centrale pour la récupération des médicaments. Chacun attend avec un petit papier dans la main, sur lequel est inscrit manuellement un nombre. Un grand panneau lumineux indique le numéro des commandes disponibles.

Le dernier numéro affiché est le 3.320, trois malades de Camillian détiennent  les numéros : 3370 – 3392 et 3472. Ce n’est pas possible, il y en a pour deux heures au moins. Il faut comprendre que chaque ordonnance est constituée du détail des pilules, gélules, etc. Ici, ce ne sont pas des boites que l’on fournies, mais le nombre exact de cachets, selon l’ordonnance. Evidemment, cela augmente terriblement le temps de préparation, mais diminue les coûts.

Après un rapide calcul du temps d’attente avec mon retour à Jomtien, je demande à Songsak, s’il veut bien que je le laisse attendre seul avec les malades car, si je reste, je vais rentrer trop tard à la mission et risque des problèmes pour récupérer le bus une fois la nuit tombée. Bien sur, il n’y voit aucun inconvénient. Encore une fois, je fais le tour des malades pour leur dire que je rentre et que je les verrais bientôt à la mission. J’ai un peu de peine pour eux qui sont là depuis ce matin.

Le retour en bus est prévu à 16 h 30. Je ne sais pas encore que ce retour sera, une nouvelle fois, folklorique.

Phase 1 : nous démarrons à une allure d’escargot pour récupérer le maximum de clients, en ville. Nous sommes un moment rattrapés par un taxi-moto qui demande l’ouverture de la porte alors que nous roulons très lentement. Le  passager est passé de la moto au bus, pratiquement sans arrêt, au milieu de la circulation. Je n’avais jamais vu cela, mais chaque voyage est une nouveauté.

Phase 2 : conduite sport, façon formule 1 : « le circuit est à moi, virez-vous de là ». Le chauffeur est un adepte du mime Marceau. Pour un rien, c’est une gesticulation incroyable. C’est rigolo au début, puis cela devient ennuyeux et fatiguant. Notre Marceau du volant fume quantité de cigarettes. Il  passe et reçoit de nombreux appels téléphoniques Cette conduite se veut sportive, mais elle est surtout dangereuse et immature. Bien souvent, je me cramponne sur mon siège.

C’est vous dire combien je suis heureux de me faire déposer (sain et sauf) devant la grande surface LOTUS à Pattaya pour prendre le dernier Taxi-moto de la journée et rejoindre l’hôtel.

Il est alors presque 19 heures.


Je pense que je meurs…

jeudi 24 janvier 2008

A mon arrivée, Jak a les yeux partiellement clos.

Il dort et respire péniblement. Impossible de décrire ce corps qui a du perdre environ 40 kilo depuis presque deux ans.  Il est épuisé, et n’écoute plus de musique. Deux seuls mots sortiront de ses lèvres :

-        I think  I dead   (Je pense que je meurs!)

J’essai de « mentir » du mieux que je peux, mais cela est fort difficile d’être convaincant.

Je vais, je viens, effectue ma tournée et repars environ deux heures plus tard, après avoir laissé mes coordonnées téléphoniques à Sunee, une aide-soignante qui a pris Jak en sympathie.


En quelques strophes, 2006 – 2008.

C’était au mois de mai

Sur la plage de Jomtien

Où je vis un thaïlandais

Qui ne semblait pas bien !

 

Chaque jour, je l’observais

Proposer un massage,

Aux touristes, qui refusaient

En regardant les nuages.

 

Oui, la maladie se voyait.

Il fallait donc fermer les yeux

Ce garçon ignorer,

Malgré son air malheureux.

 

Si peu de compassion

Me mit en colère.

Pour moi, s’imposait une action

Devant cette misère.

Cependant,

A la plage, à mes côtés,

Faire asseoir ce garçon,

Etait fortement désapprouvé.

Quelle horrible vision !

 

J’ignorais ces regards en biais

Des touristes et des thaïlandais

Convaincu que j’étais

D’être dans le vrai !

 

L’aider, en l’accompagnant,

Pour quelques semaines

Donner un peu d’argent

Etait bien peu de peine.

 

Les médicaments, le soutien,

Les discussions, le réconfort,

Tout cela fût vain

Le sida étant le plus fort !

 

Avant de rentrer en France,

Il fallait aller plus loin

Atténuer ses souffrances

Ne pas le laisser sans soins.

 

Fin octobre, quelques mois plus tard

A une mission, ce garçon fût confié.

Difficile, peu de soutien, mis à part,

Quelques Français et un Anglais.

 

Plus d’une année est passée

Mes visites régulièrement

Me firent rencontrer

Un monde bien différent.

 

Tous ces malades, fatigués,

Du plus jeune au plus âgé :

Adultes – Ados - Enfants

Sont toujours émouvants

 

Hélas, beaucoup ont quitté

Ce monde, qui leur a peu donné.

Remplacé trop rapidement

Par de nouveaux arrivants.

 

Après  ce malade confié

A la mission, comment oublier

Les autres patients ?

Je devins alors, pour tous, le « visiteur »

Offrant, à chacun, un instant de bonheur.

 

Jak, c’est le nom du garçon

Conduit à la mission.

Il est entouré et soigné

Depuis plus d’une année.

 

Hélas, malgré le dévouement

Et les soins permanents,

La maladie semble gagner

Sur ce corps ravagé.

 

L’espoir, c’est aussi la vie

Mais chaque jour, ce corps détruit

S’approche inexorablement

De ses derniers instants.

 


Social Center, ok NA.

lundi 28 janvier 2008.

Voici un nouveau bus (Chonburi – Rayong). Comme je crains qu’une fois encore le bus habituel soit en retard, je me dis : pourquoi pas celui-ci ?

Comme toujours, et surtout le lundi matin, ce n’est plus un bus, c’est une bétaillère. Et encore, me dis-je, je suis heureux lorsque j’aperçois deux femmes enceintes debout, dans la cohue. Je me demande comment elles supportent, notamment lorsque j’en voie une se tortiller, autant que son ventre lui permet, entre les passagers pour s’orienter vers la sortie. Je rentre le ventre et les fesses presque à m’asseoir sur les genoux d’un passager assis, pour libérer la plus grande place dans le couloir. Ben dis donc, je n’avais encore jamais vu cela !

Le caissier, fait le même cheminement, en sens inverse, pour faire payer les derniers passagers. Il arrive vers moi, et à ma précision Camillieeennn, il ne comprend pas !

Je décide donc de lui dire une nouvelle fois avec l’indication du prix en thaïlandais : Ocque sip bath, et il me répond :

-        Social center, ok na !

Voila donc un nouvel intitulé.

Au milieu du brouhaha et du bruit diffusé par la télévision, mon téléphone sonne. Je décroche après avoir vu que Sunee appelait. Il est impossible d’entendre quoi que ce soit.

Bien sur, je pense au pire, et trouve le reste du voyage bien long. Entre temps, je peux rejoindre un siège libre.

Après avoir traversé la cour de la mission, salué par les habituels malades, toujours souriants, j’entre, un peu inquiet, dans la salle de soins palliatifs.

Jak, au fond de son lit, est encore amaigri. Il a le visage tiré, la main droite est complètement recroquevillée et déformée.  Je pose une main sur son front, il ne semble pas avoir de fièvre, il ouvre les yeux et me dit:

-        Savadee krap  (ce qui veut dire Bonjour !)

Sunee nous rejoint et me dit qu’elle avait téléphoné car Jak souhaitait manger une espèce de bouillon de poulet. Je n’en ai pas évidemment, puisque je n’ai rien entendu, dans le bus.

-        Où puis-je acheter cela ?

-        A BAN CHANG.

Bon, et bien, je repars, j’attends un taxi collectif (petit camion) sur le bord de la route qui me conduira à BAN CHANG (environ 10 km). A l’épicerie, je trouve la potion, et je reviens à la mission.

Sunee me dit

-        Tu n’en as acheté qu’un.

-         Oui (je croyais que c’était un truc à diluer, genre soupe, il n’en est rien c’est un concentré à boire tel quel).

Jak avale le contenu du flacon avec une paille. Cela semble lui convenir, je laisse donc de l’argent à Sunee qui en fera provision pour le lendemain.

Aujourd’hui, Jak est un peu moins amorphe que lors de ma dernière visite. Il est même parfois agressif et peu aimable avec les autres malades et les aides-soignants. Mais ne serions nous pas, nous aussi, un peu méchant dans une telle situation ?

Il me dit qu’il pense beaucoup et qu’il faut que je le conduise à Bangkok car ici cela ne lui plait pas. Il n’est pas bien. Il faut donc aller à Bangkok. Et, là je commets une bourde impardonnable et inacceptable, car, au lieu de lui dire que nous allons faire le nécessaire, je lui explique comme je l’avais fait de précédentes fois, que l’on ne peut pas quitter ainsi Camillian, comment peut-on faire les 240 ou 250 km en taxi, dans quel hôpital pouvons nous nous rendre ?

Je lui demande alors s’il veut que je prévienne sa famille, qui, peut-être pourrait demander un rapprochement de leur domicile. J’obtiens une réponse catégorique : NON.

Que dire ?  Sinon, qu’il faut essayer de manger, de prendre des forces et qu’ensuite nous verrons !

Mais je m’en veux terriblement de n’avoir pas eu la présence d’esprit de mentir en lui faisant croire que j’allais m’occuper de ce changement. Le problème est qu’il a toute sa tête et qu’il ne s’agit pas de dire n’importe quoi car il vous rappelle alors vos propos et vous vous trouvez le « bec dans l’eau » !

Mon dieu, que ces situations sont pénibles et difficiles !  Je me suis promis – mais n’est-il pas trop tard – que si la question m’est de nouveau posée, je mentirai en disant qu’un ami fait le nécessaire à Bangkok pour lui.

Un peu plus tard, je quitte la mission, fort mécontent de moi et très fatigué. Je sombre dans un mauvais sommeil dans le bus, et de retour à l’hôtel m’allonge et m’endort immédiatement pendant plus d’une heure.

 


Pourquoi ?...

Jeudi 31 janvier 2008.

Jak est très fatigué. Le visage tiré, le blanc des yeux est un peu plus jaune, la peau redevient tâchée et très noire. Il faut voir pour le croire, comment un corps peut être modifié par la maladie. 

Il ne parle pratiquement pas, mais il observe tout ce qui se passe autour de lui.  Les seules paroles sont :

- Quand repars-tu à Paris ?

- Dans deux semaines.

 

Il ne semble pas (ou ne veut pas) avoir de réaction.

Je réussi à lui faire boire du lait vitaminé avec une paille. Sunee m’informe qu’il boit deux fois par jour ce concentré de poulet que nous avons acheté l’autre jour

Aujourd’hui, j’ai apporté deux petits cadeaux à Moss et à Mac. Ces deux garçons, respectivement âgés de trois et cinq ans vivent ici avec leur maman malade. Ils ne sont pas scolarisés avec les autres enfants qui sont – tous – orphelins.   Ils peuvent « profiter » encore un peu de leurs mamans. Et, lorsqu’elles seront « parties », plus tard, ils rejoindront les autres enfants orphelins de la mission.

Alors que je termine ma distribution habituelle, arrive une ambulance de l’hôpital de Rayong. Trois jeunes femmes et un enfant en descendent. Les femmes essuient leurs yeux remplis de larmes. Le petit garçon [10 ans] regarde alentour et ne semble pas très bien comprendre.  C’est alors qu’un malade me montre les jambes du gamin. Est-ce un Kaposi ?

Des jambes dans cet état sont courantes pour un certain nombre de malades adultes. Cependant, je n’avais jusqu’alors, jamais vu un enfant dans cet état.

L’hôpital ne peut plus rien faire, cet enfant est donc confié à la mission.

Je m’éloigne un moment, marche un peu, pour Libérer  ma « tristesse ».


Massage extraordinaire !

4 février 2008.

Le ciel devient menaçant et noir. Quelques gouttes tombent déjà. Non seulement, je n’ai aucun vêtement de pluie, pas de parapluie et je me suis habillé aujourd’hui avec un pantalon long et des chaussures qui vont faire éponge à la moindre flaque d’eau. Tant pis, c’est trop tard, il fallait réfléchir avant de quitter l’hôtel.

Comme d’habitude, attente du bus, qui s’avère une fois encore particulièrement bondé. Une grande envie me saisit de prendre une photo à l’intérieur du bus, avec tous ces gens cramponnés aux porte-bagages, mais je n’ose pas. Comment cela sera-t-il pris par les Thaïlandais ? Je m’abstiens donc.

Enfin, une place se libère juste derrière le chauffeur, je m’y installe. Nous roulons très lentement. Il pleut violemment. Le bus est très vieux, le compteur indique 840.883 kilomètres. Comme il ne fonctionne plus, et sans doute pas depuis hier matin, vous pouvez imaginer qu’il a beaucoup plus d’heures de route. Mais ce n’est pas le motif de l’allure peu ordinaire du bus. Le motif n’est pas non plus la pluie violente, mais le chauffeur qui passe la plupart de son temps le téléphone portable collé à son oreille. Il en oublie alors de changer de vitesse. Avec le téléphone, on ne va pas plus loin que la seconde ! Enfin, si l’on va au fossé, malgré la pluie, le plouf ne sera pas violent.

Je traverse la cour de la mission à vive allure, sous une averse tropicale (qui, normalement, n’arrive jamais en cette saison). Moss et Mac, les enfants courent à ma rencontre. Chacha, dis-je (ce qui veut dire doucement). Je m’accroupis pour être à leur hauteur. Le petit Moss me fait une bise sur la joue, ce qui est rare en Thaïlande. Mac s’accroche à l’une de mes jambes. Il pose ses pieds sur l’une de mes chaussures, s’installe comme un petit singe, les fesses sur les talons. Je dois alors faire quelques pas, avec l’un dans les bras et l’autre en équilibre sur un pied. Heureusement, le jeu les intéresse assez vite et les voila repartis. Ils me rejoindront un peu plus tard au milieu des lits des malades.

Les autres malades assis à l’extérieur des bâtiments me saluent et je me dirige vers la salle de soins palliatifs – CPU (Care Palliatif Unit). Le lit de Jak est vide, petite frayeur avant que je ne m’aperçoive qu’il a changé de lit. Il se trouve maintenant dans le lit à droite tout de suite en entrant. C’est le lit dans lequel il a passé plusieurs semaines lorsque nous l’avons conduit à Camillian le 31 octobre 2006.

Les yeux sont mi-clos, le visage de plus en plus tiré, il a encore maigri. Je pose une main sur le front, une autre sur la poitrine lui signalant ainsi mon arrivée. Il ouvre lentement les yeux, tourne son visage dans ma direction mais le regard semble lointain. Il ne prononce pas un mot, mais à un clignement des yeux je comprends qu’il me reconnait. Aucun sourire aujourd’hui ne m’accueille. Quelques instants encore et je constate qu’il ne peut plus parler.

Jak ne tarde pas à « s’endormir » ou – en tout cas – à fermer les yeux et j’en profite pour faire le tour des malades dans cette salle. Un mot pour l’un, une main posée sur une jambe, sur une épaule, et toujours sourire avec une profonde énergie que je voudrais tant leur transmettre.

Aujourd’hui, la cantine est fermée car le responsable – un malade lui aussi – est parti en consultation à l’hôpital. Pour acheter quelques boissons et friandises, je dois aller à l’extérieur, mais je ne peux effectuer ma distribution habituelle. Seuls, les patients à l’extérieur auront donc quelques menus cadeaux, et bien sur les deux enfants : Moss et Mac.

En continuant mes visites dans d’autres salles, je cède le passage à LAA, aveugle et malade. Elle se dirige vers le fond de la pièce, plie sa canne blanche, avance à tâtons et grimpe sur un lit occupé. Je m’arrête tout net et observe !

LAA s’assoit au pied du lit et commence un massage des pieds de la maman de Mac allongée dans le lit, sur le ventre.

Puis, l’aveugle pose ses mains sur le carrelage au mur, se redresse, et une fois debout, toujours les mains posées sur le mur, commence un massage en marchant sur les jambes de la malade dans son lit.

Après quelques heures, je décide de repartir et informe Jak. Avec difficulté, il me prend le bras avec sa seule main valide, me caresse lentement l’avant bras, puis retire sa main, serre son pouce sur son index et frotte les phalanges l’une contre l’autre.

Ce qui, en langage universel, veut dire : argent. Je souris et me dis que la tête fonctionne toujours. Il est vrai qu’aujourd’hui  je n’ai rien donné,  contrairement à chacune de mes visites où je glisse quelques billets dans son sac pour améliorer son ordinaire. Je pensais qu’il ne serait pas capable de « commander » quoi que ce soit, compte tenu de son état.  Je lui demande alors où se trouve son sac et son porte-monnaie. Aucune réponse bien sur ! Je cherche sur le lit, sous une serviette, ouvre les tiroirs de la table de nuit. Rien !

Bon, je mets quelques billets dans sa main qu’il referme.

-      Jak, lorsque tu vas dormir, tu vas te faire voler cet argent. Il ne faut pas le garder dans ta main.

Mais le sac a disparu. Evidemment je n’obtiens aucune réponse. Jak serre un peu plus fort les billets qui dépassent de ses doigts. Voila qui va attiser la convoitise de certains.

Une aide soignante a vu la scène et vient vers moi. Elle a parfaitement compris et je n’ai aucun mal à lui expliquer la situation. Elle parle à Jak en thaï, et nous réussissons, non sans mal, à ce qu’il lui remette l’argent qui sera déposé dans une enveloppe au bureau à son nom. En quittant la mission, le ciel me tombe sur la tête en grosses gouttes.

Un camion taxi-collectif passe immédiatement, quelle chance !

A Ban Chang, j’attendrai le bus pour Pattaya.


JAK dans un semi-coma.

Mercredi 6 février 2008.

Exceptionnellement, le trajet pour Camillian est aujourd’hui, luxueux. En effet, je dois travailler avec Wilfrid, le bénévole canadien, pour la mission sur la préparation du calendrier 2009. Nous devons sélectionner les meilleures photos ou les plus « touchantes » parmi les clichés réalisées par Wilfrid. Ensuite, nous voudrions joindre un texte d’accompagnement, et je mettrais cela en forme sur mon ordinateur, pour présenter au Directeur de la mission.

Je pars donc avec un sac de documents et l’ordinateur portable. Ainsi harnaché, je ne m’imagine - même pas en rêve – sur le taxi-moto ou dans le bus bondé. Un juste prix est négocié avec un taxi (voiture) qui me conduit à Camillian mais ne m’attendra pas, car je ne sais pas à quelle heure nous aurons terminé.

Départ hôtel 9 h 15, à peine trois quart d’heure plus tard nous arrivons à Camillian, un vrai bonheur. Un confort qui a un prix (environ 12 Euros) c’est six fois le prix en moto et bus. J’apprécie néanmoins à sa juste valeur ce confort temporaire.

Arrivée à la mission : mes chouchous Moss et Mac me sautent dans les bras, et le chauffeur de taxi me regarde – ahuri – ne comprenant pas très bien la situation.

Visite en salle de soins palliatifs. Quelques malades m’interpellent par mon prénom, et selon leurs possibilités font un salut du fond de leur lit avec les deux mains jointes devant le visage ou un semblant de salut ou avec une seule main. Mais c’est l’intention qui compte.

Lundi, Jak  ne parlait plus. Aujourd’hui, il entrouvre péniblement les yeux lorsque je lui parle, semble me regarder, mais me voit-il seulement ? Les yeux sont jaunes et vides d’expression. Il semble fixer un point sur le mur. En lui prenant un bras, et en lui parlant doucement, je réussis à lui faire avaler deux ou trois gorgées de jus d’orange à l’aide d’une paille.

C’est un effort considérable pour lui, il repart aussitôt dans son monde à lui, les yeux mi-clos. Arranger l’oreiller ou l’aider à faire un geste attire des grognements de douleurs. Je renonce et préfère alerter les aides-soignants qui ont l’habitude de ces situations.

La cantine est ouverte, et la distribution des boissons commence. Coco m’aide à porter la soixantaine de canettes de Pepsi, Sprite, Fanta. Il surveille aussi pendant la distribution les resquilleurs.

Mes « clients » deviennent exigeants. Je dois retourner changer un surplus de Sprite pour des Pepsi manquants. Autrefois, on acceptait la boisson quelle qu’elle soit vers la fin de la distribution, aujourd’hui on « exige ».  Mais le client est roi n’est ce pas ?

L’heure suivante est consacrée au travail du calendrier. Repas ensuite avec le staff et les enfants. Deux heures encore de travail. Nous finalisons notre travail en gravant les CD.

Un peu plus tard, je suis seul devant les bureaux.

Dans son fauteuil électrique, un malade traverse la cour dans ma direction. Je souris car je ne lui ai pas donné ce matin son traditionnel billet de 100 bath. Il vient donc le chercher.

Il stoppe son fauteuil roulant, tire maladroitement sur la fermeture éclair de son sac, car une seule main est à peu prés valide. Il doit terminer l’ouverture avec les dents.

Alors il dirige sa main vers ma poche : Cela signifie : Tu me donnes des sous ?   Parfois, je le fais « marcher » un peu (Quel vilain jeu de mot) mais je finis toujours par lui donner un billet et il le sait bien.

Une autre visite à Jak, toujours dans son semi coma. Il n’ouvre même pas les yeux lorsque je lui dis quelques paroles d’encouragement. Je parle un peu avec une aide soignante, et nous sommes d’accord, la situation est devenue très sérieuse.

Elle me promet de me téléphoner si ….

Wilfrid me raccompagne à Ban Chang, m’évitant ainsi l’attente sur le bord de la route, sous un soleil de plomb. Bus pour Pattaya. Il est 16 h 30, le bus n’est pas surchargé de clients. A l’arrivée à Pattaya, j’évite le taxi-moto et prend un vrai taxi sur le parking de la grande surface. Arrivée hôtel 18 heures.

 

JAK a quitté ce monde.

Jeudi 7 février 2008

La mission me téléphone en me disant que Jak arrive au bout du chemin.

Je prends un taxi et me rends le plus vite possible à Camillian où j'arrive à 15 h. Là-bas, une aide soignante guettait mon arrivée pour me dire que Jak m'attendait avant de s’en aller.

Deux aides-soignants lui tiennent la main et lui parlent doucement. Ils lui annoncent que je viens d'arriver, je caresse son visage et son torse et essuie quelques larmes qui coulent de ses yeux, dont le regard n’est déjà plus avec nous. Je prends la relève d'un aide-soignant.  Pendant presque trois quart d'heure ces derniers se relayent et je reste avec lui tout ce temps, jusqu'à son dernier souffle.

JAK est mort vers 15 h 45 – Jeudi 7 février 2008.

Il est parti très lentement et totalement apaisé. Seules ces larmes qui coulaient de temps à autres laissaient supposer que, sans nous voir, il gardait une certaine conscience.

Comme il n'avait plus de lien avec sa famille depuis le début de sa maladie, le Directeur de la mission me demande ce que je souhaite pour lui.

La crémation bouddhiste s'est déroulée le 8 février à 16 heures.
 

La décision de l'aider, en mai 2006, impliquait de tenir tête à ceux qui ignoraient un être humain en difficulté. Je m'étais promis de ne pas le laisser seul et sans soins.  

Cette promesse, qui n’était valable que pour moi-même, a été respectée. 

J’ai pu l’accompagner durant de longs mois et l’assister pour la fin de sa courte vie. Il aurait eu 32 ans en juillet 2008.

 

 

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Publié dans : #Thaïlande-Camillian

Emotions.

Janvier 2007

Une jeune malade, âgé de 16 - 17 ans environ, ne peut se déplacer qu’en fauteuil roulant qu’elle pousse avec son seul pied valide. En effet, le pied gauche, la main et le bras gauche sont paralysés.

En novembre elle était un peu agressive et j’étais surpris de là retrouver en décembre parfaitement calme, voire amorphe.

L’autre jour, j’aperçois son fauteuil et ne la vois pas. Un peu inquiet, j’approche et je là trouve assise de l’autre côté, très concentrée,  occupée à nettoyer les roues de son unique transport avec du papier toilette.

Ces derniers temps, cette jeune fille passe aussi beaucoup de temps auprès d’une petite fille qui est arrivée lors de ma première visite pour ce séjour, le 21 décembre. Elle la regarde longuement, lui parle gentiment et lui fait quelques chatouilles. Elle rie alors aux éclats lorsque la petite exprime sa joie Féé, c’est le nom de la petite fille, elle a 3 ans et 8 mois. Elle est née de parents séropositifs et a contracté le virus par sa naissance. En plus, cette petite est née aveugle et n’entend pas très bien.  Avec l’évolution du sida, ses parents ont du se résoudre à confier leur fille  à la mission où elle est arrivée le 21 décembre dernier.

Elle était assez perturbée à son arrivée, pleurant beaucoup, se frappant fort la tête avec ses petites mains. Actuellement, elle est beaucoup plus calme, commence à manger de la bouillie en plus des biberons. Elle s’agite beaucoup dans son petit lit et réussit maintenant  à se tenir sur les genoux en se tenant aux barreaux du lit, ce dont elle était bien incapable il y a un mois. Elle sourit souvent et « baragouine par petits cris ».

Hier, je l’ai prise dans mes bras après déjeuner car elle était toute trempée de sueur dans son lit – il faisait très chaud - … je lui disais un peu n’importe quoi en français, tout en là berçant,  elle a posé sa tête sur mon épaule et nous sommes restés ainsi un long moment…….

 

Emotion très intense !

Un peu avant, une dame qui doit avoir entre 50 et 60 ans environ, arrivée la semaine dernière, m’a demandé de l’aider en me montrant sa jambe gauche… J’ai eu un peu de mal mais j’ai fini par comprendre qu’il fallait que je lui mette sa jambe gauche (paralysée) sur son genou droit (jambes croisées, à l’asiatique). Evidemment, elle ne pouvait faire cela toute seule, car son bras et sa main gauche sont inertes également. C’est tout aussi dur de voir une personne âgée ou un enfant en grande difficulté par les conséquences du Sida.  

Autant de choses que nous ne connaissons pas vraiment en Europe parce que les médicaments sont mieux adaptés ou plus performants, je ne sais pas. Il est vrai aussi que la kinésithérapie est presque inexistante ici.  

En tout cas, j’étais très heureux que cette dame m’interpelle car elle était extrêmement gênée jusqu’à hier et n’osait me regarder…. La glace est rompue dorénavant.  

Hier toujours, j’ai passé un long moment avec un petit garçon de 9 ans prénommé  RAD. Il était en train d’étudier le braille avec une institutrice aveugle.

Son histoire est bien triste :  

·     Né d’un papa Hollandais et d’une maman Thaïlandaise, le père abandonne la famille quelques mois après la naissance.

·     La maman était alors séropositive et l’enfant aussi. Le père était il malade ? La maman meurt peu après des complications du sida.

·     l’enfant est pris en charge par les grands parents. Ils sont très pauvres et ne peuvent payer et s’occuper de RAD. Au bout de quelques mois,  il le confie à un couple de Thaïlandais qui l’adopte.

·     Quelques temps plus tard (évolution de la maladie - complications) RAD perd progressivement la vue. 

·        Le couple n’en veut plus, conduit le jeune garçon à la mission de Rayong et l’abandonne.   C’était en mars 2006.
En 8 ans, cet enfant a vécu :

·     L’abandon du père.

·     La mort de la maman.

·     L’abandon des grands parents.

·     L’abandon des adoptants…

Ne trouvez-vous pas que cela fait beaucoup !


Rire au milieu de la misère physique.

Samedi 20 janvier 2007.

Une vendeuse vient proposer des plats à la mission.

II -  2007 La maladie évolue

Elle arrive à pied avec deux énormes paniers tenu par un balancier sur son épaule.
Les thaïlandais sont souvent friands de ces petits plats, souvent très bons, vendus dans les rues.

Certains malades possèdent un peu d’argent et font des achats. D’autres regardent car ils n’ont pas les moyens de s’offrir cette petite dépense. Constatant cela, je propose d’offrir à tous cet en-cas. Bonheur et joie dans les yeux et chacun prend sa portion. Bonheur et joie également pour la vendeuse qui, en quelques minutes « liquide » pratiquement la totalité de ses stocks.

Quelques instants plus tard, l’une des malades interpellent la vendeuse, en thaïlandais bien entendu, et je ne comprends que le mot « farang, farang et Mitchel »… c’est moi. Je ne suis pas très loin de notre vendeuse, quand la malade me prend par le bras, me fait avancer vers cette dernière. Elle met nos bras dessus dessous, et continue son baratin. Tout le monde commence à rire et lorsque je comprends qu’elle explique que je ferai un « bon mari », je souris, amusé. Notre vendeuse sourit également et je découvre une bouche édentée où ne restent que deux dents !

Elle est pourtant jeune et ne doit pas avoir beaucoup plus de 35 ans environ !

Je joue néanmoins le jeu, et fait semblant de quitter tout le monde au bras de ma future/nouvelle épouse, en mimant que je vais faire … « tac..tac »…. si vous voyez ce que je veux dire, en me dirigeant vers les lits de soins palliatifs.

Les éclats de rire de tous les malades et les soignants devant le spectacle que nous offrons me réjouissent, puis je reviens sur mes pas, et toujours en mime, explique que je ne veux pas cette femme mais plutôt une autre. Je fais durer le plaisir en semblant hésiter entre toutes les malades pour finalement fixer mon choix sur une femme beaucoup plus âgée (au moins 45 ans), sur un fauteuil roulant. L’hilarité était à son comble !

Et moi, avec ces bêtises, je n’étais pas peu content d’avoir offert quelques instants de bonheur !


C’est de plus en plus difficile !

Depuis mon arrivée, le 15 mai 2007, je me suis rendu trois fois à Camillian Social Center de Rayong. Les malades et les soignants étaient heureux de me revoir après trois mois d’absence et, se souvenaient tous de mon prénom. Cela fait « chaud au cœur » de les retrouver presque tous car, certains, hélas, ont quitté ce monde !

JAK, quant à lui, se trouve toujours en salle commune de soins palliatifs. Il est très amaigri et n’a pas quitté le lit dans lequel il était lors de mon dernier retour en France. Il est totalement incapable de se tenir debout. Je ne détaillerais pas aujourd’hui les stigmates de la maladie et notamment du syndrome de Kaposi. C’est très difficile pour lui et très pénible à voir. Il ne cesse d’ailleurs de se cacher sous une grande serviette de bain, mais je pense néanmoins qu’il n’a toujours pas compris – ou ne veut pas comprendre – la gravité de sa situation.

J’ai du réduire mes visites en les ramenant à une tous les 5 ou 6 jours car il ne cesse de demander de le conduire à Bangkok, ce qui est parfaitement impossible, les hôpitaux d’Etat ne peuvent plus rien faire. Encore jeudi dernier, j’ai du lui rappeler pourquoi et comment nous étions arrivé dans ce centre (mais sans indiquer qu’il s’agit d’un centre de fin de vie, comment pourrais je faire pour lui dire une chose pareille alors qu’il n’a pas encore  31 ans ?)…..

Je me sens bien « seul » face à cette circonstance, et je dois avouer que cela me perturbe un peu. Aussi, pour ne pas (trop) culpabiliser, j’ai donc pris la décision d’être présent mais un peu moins afin d’avoir suffisamment de force pour chaque visite.

Comment répondre à un jeune homme qui vous dit, après avoir écouté les difficultés insurmontables pour le transporter à Bangkok :

-        Alors je vais peut-être mourir ?

Comment lui dire : bien sur que non alors que presque chaque semaine il voit un malade quittait ce monde ?

Il est tout autant impossible de dire : OUI c’est cela qui t’attend !

En temps normal, j’ai pourtant un « certain bagout » mais il ne me sert pas à grand chose, ici  … en Anglais avec un Thaïlandais !

Les enfants que j’ai croisés m’ont reconnu, mais ils avaient oublié – et c’est normal – mon prénom. Certains m’ont sauté au cou et fait de gros bisous.

Quelle émotion et quelle joie !


La situation de JAK.

12 Juin 2007

Nous arrivons en phase problématique. Cependant, je m’efforce de prendre un peu de recul et de ne "pas trop" culpabiliser. C’est aussi pour cela que j’observe un peu tout ce qui se passe autour de moi dans le bus ou à la plage et je le traduis par l’écriture avec – j’espère – quelque humour !  C’est aussi une façon "d’encombrer" mon esprit avec d’autres choses !!

Donc, j’ai trouvé Jak sur son lit à l’identique de mon départ trois mois auparavant. Il était un peu plus amaigri, les jambes ne sont plus que des os entourés d’une peau qui n’a rien d’humain. Hélas, il n’est pas le seul dans ce cas là à la mission.

Il est totalement incapable de se tenir debout et doit attraper chaque jambe avec les mains pour les bouger, pour s’asseoir ou pour se mettre dans le lit depuis le fauteuil roulant. Ce fauteuil qu’il utilise pour aller faire sa toilette. Quelqu’un l’aide ensuite.

Les genoux sont très gros, très "ronds" et les pieds sur le lit, lorsqu’il est sur le dos, sont totalement à plat c’est à dire les orteils vers l’extérieur. De l’orteil d’un pied à celui de l’autre pied, cela fait un angle de 180°. Je n’ai jamais vu cela de ma vie !

La peau, sur tout le corps, est horrible à voir. Ce n’est que tâches brun rougeâtre et points plus blanchâtres. Par endroit, il manque des morceaux entiers de « première » peau.  Si je voulais donner une image, je dirai que cela ressemble à une peau de serpent qui mue. Il me dit qu’il n’a pas mal et n’a pas envie de se gratter. Et c’est tout le corps qui est ainsi. Pour moi, ma vision du Syndrome de Kaposi  était des tâches brun/noir. Nous en sommes bien loin.

Les ongles (aussi bien des mains que des pieds) sont comme si plusieurs couches étaient collées successivement les unes sur les autres. C’est ce qu’il avait déjà l’an dernier.

Les mains : comment les décrire ? D’abord les doigts se déforment et il me semble qu’il a quelques difficultés pour les mouvoir. La peau ici est plus "rugueuse", en touchant on croirait que la main est rempli de sable, oui c’est cela de... sable !

Le visage présente les mêmes caractéristiques que les mains, la peau est « granuleuse».

Ce matin, j’ai remarqué que les dents, qu’il avait autrefois plutôt blanches et "propres" deviennent jaunâtre et semblent se "gâter".  J’ai aussi aperçu – me semble t-il – des tâches blanches dans la bouches et sur la langue (Candidoses ?)

Il n’a pas de fièvre en ce moment.

Lorsque je suis arrivé, il ne cessait de me demander de le conduire à Bangkok car là bas, il serait soigné !  Il me citait le nom d’un Frère Brésilien qui le soignait bien – disait-il !

J’ai du recadrer un peu ses souvenirs en lui rappelant ses propos de l’époque : à savoir que ce Frère Brésilien était l’endroit où il allait dormir lorsqu’il allait à l’hôpital, si hôpital il y avait ? Dortoir ? Soins ? Pas de soins ? Où est la vérité ?

- Comment se fait-il que nous ayons dû trouver des solutions pour toi si à Bangkok on te soignait si bien ?

- Pourquoi ta carte jaune de soins (genre notre carte vitale) n’était pas à jour ?

Autant de questions sans réponse !

D’autre part, lorsque je lui avais demandé s’il voulait que je le transporte  à Bangkok, (auquel cas j’aurai peut-être trouvé une solution), il m’avait répondu par la négative.

J’ai du lui remémorer que nous étions arrivés dans cette mission après être passé chez un médecin de l’hôpital de Pattaya qui avait établi un certificat de « prise en charge par le gouvernement » pour aller à CAMILLIAN.

En quittant la mission, il réduira à néant cette prise en charge.

En supposant que nous prenions un taxi et que nous allions à Bangkok….

- Où allons-nous ? ….

- Vers quel hôpital ?....

- Avec quel dossier ?

- Et si on ne le veut pas ?...

         > Qu’est ce que je fais de lui ?

Il a semblé comprendre et ne m’en a plus parlé. Je me suis dit : « bon il est devenu raisonnable ». Malheureusement, aujourd’hui une aide-soignante m’a informé que Jak  refusait d’être conduit chez un médecin ou à l’hôpital local pour quelques jours. La mission n’a, ni médecin, ni laboratoire et chaque fois que nécessaire, il conduise le malade en ambulance à l’hôpital local de Mathaput ou Rayong.

Camillian est un lieu  de Soins Palliatifs. Je ne suis pas certain qu’il ait compris son état !

Je lui ai donc demandé pourquoi il ne voulait pas voir un médecin. Sa réponse a été de tourner la tête de l’autre côté du lit et d’entrer dans un mutisme total. Voilà où nous en sommes.

Pour ma part, au début de ce séjour, je fus envahi par un grand sentiment de culpabilité :

- Est- ce que j’ai fait le maximum pour lui ?

- Est-ce que je ne pouvais pas faire autrement ?

- Aurais-je dû le laisser à sa mort annoncée dans son gourbi ?

- N’ai je pas – d’une certaine façon - été égoïste ?

Et ce soir, après son refus de voir le médecin, je me dis encore :

- Qu’est ce que j’ai « manqué » ?

- Est-il encore possible de « corriger » ?

Puis, très vite, je chasse ces pensées négatives et me répète que j’ai fait ce que j’ai pu dans une situation qui me dépassait largement, dans un pays qui n’est pas le mien, avec une mentalité fort différente !

Je ne crois pas qu’il soit possible et je ne suis pas certain de le vouloir ou de le pouvoir, de recommencer un nouveau chemin, comme celui vécu depuis un peu plus d’un an !

Et… N’étant  pas le Bon Dieu, je ne peux tout résoudre.

Le peut-il d’ailleurs, le Bon Dieu, s’il existe ?

Rassurez-vous, je ne déprime pas et je regarde avec objectivité la situation.

L'écriture est d'ailleurs un excellent exercice pour cela



La maladie évolue.

9 octobre 2007

J’ai retrouvé Jak couché ou plutôt recroquevillé dans son lit, nu à part une couche culotte, la peau encore plus atteinte que lors de mon départ. Tout le corps n’est que plaques et parfois on dirait qu’il y a comme quelques gouttes de sang. C’est peut-être seulement des plaques rouges.

Les ongles sont dans un état lamentable, une superposition de plusieurs ongles ! Les doigts sont un peu recroquevillés et je crois qu’il a de plus en plus de difficultés à les plier normalement.

La jambe gauche est totalement atrophiée, c'est-à-dire pliée au niveau du genou et il ne peut plus l’articuler. La jambe droite peut encore un peu plier, mais il doit pousser avec sa main, aucun muscle ne peut effectuer cette manipulation. Il ne peut plus du tout se tenir sur lui-même. Ses jambes, comme ses bras ne sont plus que de l’épaisseur des os.

Je pense également qu’il a encore perdu du poids. Il m’a semblé, lors de ma première visite que son thorax semblait se rétrécir, comme s’il se repliait un peu plus sur lui-même. Mais c’est difficile d’expliquer ce que je vois ou que je crois voir car cela peut-être aussi une attitude d’un moment !

Au fur et à mesure de mes visites, les choses changent, tantôt en mieux (un tout petit peu) tantôt en moins bien.

Par exemple, une fois, la peau est difficile à supporter puis une autre fois, après que les aides-soignants lui aient passé une lotion : KELA LOTION  (Triamcinolone acétonide)  le visage avait retrouvé un peu d’humanité, la peau semblait être redevenu la sienne d’il y a presque deux ans. Puis, à ma dernière visite, qui remonte à dimanche dernier, cela n’allait plus très bien.

Une légère fièvre l’obligeait à se couvrir d’une grande serviette de bain (il avait froid, c’est un comble ici). Les yeux étaient moins vifs et les lèvres étaient sèches et comme craquelée. Sur un œil, il semblait avoir au niveau de la paupière inférieure, un petit point blanc.

J’ai acheté à la pharmacie une lotion identique (à ce que l’on m’a dit) : LAVER LOTION car à la mission, ils n’ont pas la possibilité de se procurer suffisamment de flacon (ce sont des flacons de 30 ml).

Evidemment, il n’est pas le seul et j’ai encore assisté au départ de certains que je connaissais bien maintenant et j’en vois d’autres dont la santé se dégrade assez rapidement. Une maigreur et la peau qui semble « transparente » des taches brunes apparaissent sur les bras et les jambes et augmentent de volume.

Je continue mes visites mais j’ai du – afin de « me protéger » - réduire leurs nombres ainsi que le temps passé sur place. Je vais en général le dimanche (une seule fois par semaine) et je reste environ une heure sur place. Le temps de rester un peu avec JAK, de visiter les patients alités, et d’offrir à tous les malades ainsi qu’aux aides-soignants (environ 70 personnes) une boisson (Pepsi, Coca Cola, Fanta, Sprite).  C’est la grande distribution et c’est bien tout ce que je peux faire pour eux !

J’essaie de ne plus trop passer de temps avec les enfants, car il m’est encore plus difficile d’accepter leur maladie.  Si je reste trop longtemps avec eux, j’ai beaucoup de mal à reprendre des activités normales.

C’est un peu lâche sans doute !... mais je sais aussi que cela est nécessaire si je veux être efficace, c'est-à-dire fort et de bonne humeur pour revenir régulièrement à Camillian.


Long Silence !

Octobre 2007

Durant ce séjour, je n’ai pas «saturé» d’emails…mes amis et ma famille.

Ce n’est pas que je n’ai rien à dire, mais les choses ne changent pas vraiment, et, la répétition, si elle est l’âme de l’enseignement, deviendrait ici rapidement lassante !

Je me rends toujours à la Mission, mais j’ai quelque peu limité les visites. C’est une décision que j’ai du prendre après plusieurs événements douloureux vécus en mai, juin et juillet. Trop de disparitions, dont deux enfants, trop de "mal être" au retour jusqu’à ce que je comprenne que j’étais, pour certains, passé de la compassion à l’affection et donc trop sensible à leur fin de vie.

C’était peut-être aussi la suite logique du fait que je passais beaucoup de temps chaque semaine parmi eux.

J’ai aussi compris qu’il m’est difficile – sinon impossible – d’effectuer un accompagnement que je qualifierais de « passif » puisque leur culture, leur langue, leur coutume sont autant de  difficultés. Mais je ne voulais pas pour autant abandonner, aussi après réflexion, je décidais de changer de méthode…. Et vous savez que le changement ne m’effraie pas !

Depuis le 13 septembre, je n’ai effectué qu’une seule visite hebdomadaire, et au lieu de faire un « accompagnement », j’agis… à ma façon ! …..

J’arrive avec quelques cadeaux (ou commandes) pour Jak et ses voisins proches. A peine franchi le portail de la mission, je suis interpellé et salué à la mode Thaïlandaise.

Après avoir un peu parlé avec Jak, je me dirige à la « cantine » pour acheter 70-75 boissons (Coca-cola, Pepsi, Fanta, Sprite, Thé glacé). Je dispose toutes ces canettes dans un grand panier qu’un aide-soignant m’aide à transporter et nous passons dans toutes les pièces et tous les endroits où les malades se trouvent pour remettre à chacun une boisson. Le plus grand nombre n’a aucun argent en poche, et ce bien mince cadeau n’est pas rien pour eux !

Une fois la distribution terminée, quelques échanges de ci de là, quelques plaisanteries, quelques billets glissés discrètement aux plus démunis et je retourne alors vers Jak un moment !

Parfois, je passe une commande de glace pour les enfants  (entre 30 et 50)  qu’ils recevront  en supplément de dessert. Je ne reste plus déjeuner avec le staff et les enfants pour ne pas m’impliquait plus que de raison et pour me « protéger » quelque peu.

Il est temps de prendre congé. Un petit salut à tous, quelques accolades, un peu d’encouragement aux plus touchés et je quitte la Mission.

La route traversée, j’attends un bus pour le retour. S’il s’arrête c’est super !... mais ce séjour il y eut bien des caprices incompréhensibles de la part des chauffeurs de bus. C’est aussi cela l’Asie. Dans ce cas, je stoppe une « bétaillère » Taxi collectifs en mini camion, m’arrête à la ville suivante à la station de bus en direction de Pattaya/Bangkok.

Entre mon départ le matin, le temps passé sur place et le retour, il faut compter un peu plus de cinq heures. C’est bien peu de temps chaque semaine, mais maintenant, tous les malades reçoivent un cadeau.  Cadeau plus symbolique que coûteux, mais cette méthode qui n’oublie personne me permet également « d’agir » pendant le temps passé à la Mission !

Le temps a filé bien vite et il ne me reste plus que 10 jours (2 visites) avant de rentrer en France.


Nouvelles de la Mission

19 décembre 2007

Alain m’accompagne à Camillian. Il a loué une voiture, ce qui m’évite de vous raconter une « ènième » histoire de voyage en bus !.... La voiture, et ses quarante minutes de trajet, est tout de même plus pratique que le bus local, mais cela me coûterait bien trop cher, et je gère au plus juste (par la force des choses) mon budget actuellement.

Nous arrivons et nous nous dirigeons immédiatement vers la salle de soins palliatifs qui est la « demeure » de Jak depuis maintenant plus de 14 mois. En entrant dans la cour centrale de la mission, je me demandais dans quel état j’allais le trouver car, lors de mon départ en novembre, cela n’allait pas vraiment bien.

Quelle n’est pas notre surprise de le trouver dans son lit, avec quelques kilos supplémentaires, ce qui se voyait également sur son visage. La peau était redevenue presque normale. Je lui avais acheté en octobre dernier, plusieurs flacons, d’une lotion qu’un médecin Thaïlandais avait conseillé et j’avais laissé de l’argent à un aide-soignant afin qu’il puisse continuer ces achats pendant mon absence. Est-ce que cela aurait donné des résultats ?  Est-ce plutôt un nouveau traitement ?  Il est assez difficile de comprendre le pourquoi, mais après tout, il ne sert à rien de tout vouloir comprendre : le résultat est là, à ce moment précis.

Evidemment, son moral est bien meilleur, et j’en suis très heureux. Alain lui dit forces plaisanteries en ce qui concerne le gain de plusieurs kilos et cela fait bien rire autour de nous. J’en profite également pour saluer d’autres malades que je connais bien maintenant.

Parmi eux:

- Un garçon d'environ 30 ans, aveugle à cause du HIV, a beaucoup maigrit mais il reste toujours souriant.

- Un garçon d'environ 25 ans, qui décline lentement, mais continue néanmoins à travailler. Son job est le nettoyage des vitres et du carrelage des salles de soins palliatifs

- Un autre garçon, 28 ans, ancien serveur de bar, qui ne peut plus parler et dont les membres sont particulièrement atrophiés. S’il ne peut pas parler, il comprend parfaitement tout ce que nous lui disons.

- Un ancien guide de tourisme né d’un père américain (de passage à Pattaya, lors de la guerre du Vietnam) et d’une mère thaïlandaise. Au cours de mon précédent séjour, car il est resté presque une semaine dans le coma. Aujourd’hui, il a repris ses activités de nettoyage aux différentes salles de réfectoire.

Il va relativement bien.

- La petite fille aveugle et séropositive depuis sa naissance, arrivée en décembre 2006, à l’âge de 3 ans et 7 mois. Elle ne marchait pas. Aujourd’hui, elle peut marcher, mais son handicap visuel ne lui permet pas de se débrouiller toute seule. Elle est très belle et quelquefois on pourrait croire qu’elle vous regarde !

- Une femme d’environ 40/45 ans, qui a également perdue la vue, qui me semble avoir quelques signes de l’avancée de la maladie. Elle passe beaucoup de temps à masser les membres qui fonctionnent de moins en moins pour la plupart des malades. Son époux, qui n’est pas malade, a abandonné son travail. Il est devenu aide-soignant au centre.  Il parle parfaitement  anglais (bien mieux que moi). J’ai aussi croisé  leur fils de 15 ans, en visite, qui n’est pas malade.

- Une autre jeune femme de 35 ans environ, a beaucoup de mal marcher car une jambe est très handicapée, toujours les  suites des différentes maladies contractées parce que l’organisme n’a  plus de défenses.

- La grand-mère – entre 50 et 60 ans - dont j’avais parlé dans un de mes précédents textes, alors qu’elle était dans un fauteuil roulant et qu’elle ne pouvait pas mettre une jambe pliée sur un genou. Elle est paralysée d’une jambe et d’un bras. Actuellement, elle ne descend plus de son lit.

Bien sur, j’ai aussi une pensée particulière pour tous les autres …. Il m’est impossible de les nommer un par un.

Ce  jour là, la visite était rapide  et nous sommes revenus à Jomtien, notre quartier général depuis plus de 25 ans !

La semaine suivante, des nouvelles moins heureuses me parviennent. En effet, JAK semblait avoir grossi, mais en fait il était plutôt « bouffi » par les médicaments. L’on me dit alors qu’il aurait une tuberculose.

Je ne peux hélas, lui rendre visite, car je suis malade durant presque une semaine. Une sorte de grippe avec mal à la gorge. (Beaucoup de gens ont été malades à la plage). Les antibiotiques prescrits font chuter la forte fièvre qui m’a bien fait transpirée…. sans faire beaucoup d’efforts.

J’attends d’être parfaitement rétabli pour retourner à la mission, pour ne pas apporter mes microbes aux malades.

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Publié dans : #Thaïlande-Camillian

Le ciel est bleu, le soleil brille, faut-il pour autant en oublier les zones d’ombres ? 

Rencontre et accompagnement  des malades Thaïlandais HIV Positifs

Mai 2006  / Février 2008 

 

La rencontre

Mai 2006

Depuis quelques jours, sur la plage de JOMTIEN, j'observe les allées et venues d'un garçon de 30 ans environ, paraissant en fort mauvaise santé. Ce garçon propose  inlassablement sur la plage, des massages des pieds ou des jambes, que les touristes refusent, vraisemblablement en constatant l’état de santé du garçon ! 

Pour ma part... IMPOSSIBLE de faire comme si je n'ai rien vu. Impossible de regarder ailleurs et de ne pas essayer (au moins) de faire quelque chose .... OUI MAIS QUOI ????

Je finis par lui faire un petit signe afin de me rejoindre. Surpris, il pointe son doigt sur sa poitrine signifiant MOI ?  Je fais signe de la tête OUI et il vient lentement, les épaules voûtées. Je ne sais pas encore ce que je vais lui dire afin de ne pas vexer ou humilier ce garçon.

Au moment où il approche, je lui dis simplement ; 

-        Tu sembles bien fatigué ? 

-        Un peu

Aussitôt, je lui glisse un billet dans sa main en disant « prends un moment de repos et va manger quelque chose ». Ses yeux regardent le billet, (il ne s’agit pourtant que de 50 bath = 1 euro) il est surpris et exprime sa joie, comme si je venais de lui donner une fortune !

Je suis alors très heureux pour lui.

Depuis ce jour, chaque matin, il me rejoint et s'assied dans la chaise longue à côté de moi. Après avoir mangé un gâteau que je lui apporte, il s'endort ou plutôt, il somnole avec une respiration saccadée et une toux horrible, qui fait mal à entendre. Sa peau, ses ongles et ses yeux montrent combien il ne va pas bien. Il est épuisé et pourtant continue d'essayer de travailler car …pas de travail = pas d'argent !

De temps à autre, il se tourne vers moi et m'adresse un regard dans lequel je vois la tristesse et la détresse avec un mélange de joie de pouvoir se reposer un peu (c'est en tout cas mon sentiment!)

Comment lui parler de sa maladie, avec tact et sans le blesser ?

Comment savoir s'il se soigne ?...

Ce matin je lui ai demandé, alors qu’il était épuisé par une longue toux, s'il « prenait des médicaments » - il me répond "parfois" !!!!!

Deux amis français, Marc et Gérard lui montrent également une grande sollicitude mais nous sommes peu nombreux sur cette plage à procéder de la sorte – Hélas !  

Evidemment je sais bien que la destinée de ce garçon n'est pas entre nos mains. J'espère seulement que la petite chaleur humaine que nous lui apportons lui adoucira un tout petit peu cette vie bien difficile.


 

Tendre la main.

Juin 2006

Ma frustration est grande de ne pouvoir mieux aider ce garçon malade.  Il se prénomme JAK et aura 30 ans en juillet 2006.

Pour ceux qui me connaissent bien, ils savent que lorsque j’ai une idée en tête, en général, je fonce.

Je continue donc, jour après jour,  la mise en confiance de JAK. Chaque matin, il me rejoint sur la plage et s’allonge sur la chaise longue à côté de moi. Je lui demande s’il avait bien dormi, s’il a mangé etc.

Un matin, il me dit qu’il n’a pas bien dormi et qu’il est fatigué. Entre nous, je l’ai remarqué depuis bien longtemps, aussi je profite de cette confidence pour lui suggérer d’aller voir un médecin.

           - As-tu besoin d’argent ?

Il baisse la tête et n’ose répondre. Alors je change de tactique
- Est-ce que tu as vu autrefois un médecin ?  

- Oui me dit-il, mais c’est à Bangkok, un hôpital près de l’aéroport.(Il n’a même pas la valeur d’un euro dans son porte-monnaie ce jour là).

En un instant, je prends ma décision et lui dit.

- Je vais t’aider et te donner de l’argent pour que tu ailles aujourd’hui même à l’hôpital.

Je trouve les mots pour le convaincre et après trente minutes environ de discussion, il accepte. Il est parti et n’est revenu que 4 jours plus tard avec un traitement d’un mois. Il reverra le médecin vers le 10 juillet. C’est bougrement long un mois dans un état pareil !!

A son retour, il semble un peu  « requinqué » par quelques perfusions et médicaments. Cela va un peu mieux. Hélas, en quelques jours, en voulant toujours travailler, l’état devient presque aussi mauvais qu’avant son départ pour Bangkok.

Le matin, il a pris l’habitude de me retrouver, sur la plage.  A peine assis dans la chaise longue,  il s’endort immédiatement tant il est, déjà, épuisé. Parfois il entrouvre les yeux, me regarde et fait un timide sourire, l’air de dire, je suis désolé !  J’ai donné des consignes au plagiste pour lui donner, si je suis absent – sur mon compte -  à boire et à manger s’il le désire, ce qu’il fait rarement. Et je dois souvent insister  pour qu’il se nourrisse un peu.

Les jours passent et je ne suis pas content car mon séjour va sur sa fin …. Je ne peux pas partir tranquillement sans faire autre chose encore.

A force de réflexions, j’ai trouvé une solution pour qu’il puisse manger et dormir sous un toit, même s’il ne peut pas travailler,  jusqu’à mon prochain voyage.

Un matin, je lui explique avec toujours beaucoup de précaution pour ne pas le vexer, que je souhaite l’aider tant qu’il ne sera pas en meilleure santé. Pour ma part, je suis plutôt pessimiste quant à l’issue de sa maladie, mais je lui parle comme s’il avait seulement une grippe sévère !

Je lui donne une enveloppe contenant de quoi payer sa chambre du mois de Juin et sa nourriture. Je lui explique qu’ainsi, les jours où il sera fatigué, il pourra se reposer, sans se préoccuper du travail, il devra seulement prendre ses médicaments, dormir et manger. 

En juillet, en août et en septembre, Marc lui remettra de ma part, une enveloppe qui lui permettra de …vivre … tout simplement.

Lorsqu’il comprend ce que je lui propose, il se cache la tête entre les mains pour pleurer en silence. Inutile de vous dire combien je suis tout autant bouleversé !

Mon séjour se termine et de retour en France, j’ai des nouvelles (par email et par téléphone) par mes amis français sur place.  Comme je m'y attendais, la santé de Jak n’est pas très brillante.

Je viens d’expédier un email à un médecin francophone installé à Pattaya afin qu’il m’aide à trouver un médecin spécialisé ou une association de suivi et prise en charge, s’il en existe une. J’attends sa réponse.

J’ai mis également, sur cette recherche, ceux sur place, qui veulent bien faire autre chose que bronzer…. Mais il n’y a pas beaucoup de volontaires !  L’égoïsme est ROI  et la maladie fait bien souvent peur ! Le jour de mon retour (mercredi) je me suis dit que septembre était trop loin et comme je passais à l’agence de voyage, je reprend immédiatement un billet pour la Thaïlande pour fin juillet, car je voudrais pouvoir, s’il est encore temps, faire le maximum le plus vite possible,. 

Et peut-être, qui sait, pouvoir aider Jak à retrouver une vie normale ou à peu près normale, car aujourd’hui ce n’est pas une vie !!!!

Bien sur, je n’ai jamais évoqué le nom de la maladie avec Jak, mais vous avez certainement tous compris qu’il s’agissait vraisemblablement du SIDA, ce fléau mondial.

Savez vous que 8.000 personnes (soit 5,55 chaque minute) meurent chaque jour du Sida dans le monde !

Je ne changerai rien à cela, mais je peux tendre la main à quelqu’un en détresse.


 

Constat de l’indifférence générale.

Août 2006

J’avais sollicité quelques personnes pour m’aider à trouver une association à laquelle confier Jak, mais je n'ai pas obtenu un grand soutien. J’avais demandé, par email, les coordonnées d’une association à un médecin Francophone installé également à Pattaya, mais je n’ai jamais reçu de réponse

Avant mon arrivée à Pattaya, Alain, un très bon ami m’avait prévenu que certains «farangs » (Touristes) trouvaient mon action auprès de Jak … STUPIDE !

Le premier jour de ce séjour, j’en ai eu confirmation : je rencontre sur la plage, celui qui avait dit à Alain :

« Il ne faut pas s’occuper de Jak, c’est un connard qui a déjà stoppé son traitement plusieurs fois. On le connaît bien avec le Docteur P. et il ne veut plus le soigner. » (J’apprends ainsi que ce docteur Français soigne les malades du SIDA.)

Ce à quoi je réponds :

·       Quand bien même ce serait un « connard » peut-on laisser quelqu’un mourir de faim, et sans soins ?

·       Je fais de mon argent ce que je veux.

·       Comment peut-on juger le comportement de quelqu’un d’aussi gravement malade.

·       Avec une grande fatigue, son raisonnement n’est-il pas quelque peu différent ?

Je ne suis pas DIEU le Père… et je sais parfaitement que je ne pourrai pas modifier sa destinée… mais je peux (un tout petit peu) adoucir sa vie actuelle.

Nous en restons là de cet échange verbal, qui m’a fort contrarié !

Les jours passent et je constate que Jak décline sérieusement. Je reparle d’hôpital en expliquant une fois encore qu’il est absolument indispensable de suivre les conseils d’un médecin….

Ce n’est pas très facile de lui expliquer et je dois employer quelques mots très durs sur les risques encourus… et la mort. Mais la mort est perçue différemment par un Thaïlandais, alors ce n’est pas facile pour moi et parfois me dis-je « Qui suis-je pour parler ainsi ? »

Néanmoins, il accepte de retourner à l’hôpital. Il revient deux jours plus tard et me dit qu’il n’a pas attendu car son numéro de ticket était plus que 200, donc plus de 200 personnes avant lui et c’était trop long !!!!

Bon, je recommence mes explications…. Et après plus d’une heure de dialogue (parfois de sourd) il accepte de retourner à Bangkok le lendemain ….

Il revient avec de nouveaux médicaments. Chaque jour, je le voie et l’oblige à se nourrir normalement. Je parle avec lui longuement, assis chacun sur une chaise longue malgré les regards désapprobateurs de nos fameux touristes (mais des Thaï aussi !) car la maladie se voit de plus en plus.

Pendant quelques jours tout va assez bien. Puis, Pourquoi ? Comment ?  Cela ne va bien du tout. Fatigue, de plus en plus de problèmes sur la peau, problème à un œil et une infection au niveau de la narine… Je lui dis d’aller à la pharmacie qui lui donne … du paracétamol !

Quelques jours encore, et la santé devenant de plus en plus critique, je reparle d’hôpital… Il verra demain…donc le lendemain, je recommence mes explications et il accepte – enfin – de retourner à Bangkok… bientôt !

Il ne vient plus à la plage durant 3 jours et lorsqu’il réapparaît, c’est à pleurer de le voir dans cet état. En quelques jours il a du perdre 5 kilos. Tout s’est empiré et il a – en plus – des abcès dans la bouche qui déforme son visage.

Explications … à nouveau …

Et nous convenons qu’il doit aller de toute urgence à l’hôpital, mais l’urgence d’un Thaï n’est pas l’impatience de Michel… et je dois faire avec.

Sur ce, le Farang qui m’avait tenu les propos sur Jak à mon arrivée, passe et me disant bonjour, le voit, assis à mes cotés dans cet état lamentable !..

-    Farang – « Oh la la mais Jak ne va pas bien »

-    Moi – « Oui, c’est le moins qu’on puisse dire – il accepte d’aller à     l’hôpital à Bangkok demain, et même à ce stade, je ne peux faire plus »

-   Farang – « Je vais me faire jeter si j’appelle de Docteur P. »

Il le fait néanmoins et laisse un message car le téléphone est occupé.

Il retourne vers Jak et lui dit que… peut-être… le Docteur P.… Jak se met aussitôt en colère. Il parle Thaï au farang qui le comprend, moi,  je ne comprends pas, mais il ne semble pas content du tout !!!!

-    Farang se tournant vers moi – Tu vois que c’est un connard – tu vois comme il me parle, alors moi, ça va bien hein !!!

-    Moi – Oui, je vois même si je n’ai pas compris, mais il est dans un si mauvais état !  Laisse-moi un peu avec lui, je vais lui parler.

-   Farang – Ok, je te passerai le Docteur lorsqu’il me rappellera.

Et il retourne s’asseoir à la plage à côté.

Jak continue de marmonner en Thaï. Il est vachement en colère le bougre !  Ce n’est pas un problème pour moi. Calme, Calme… il se détend un peu et je lui demande :

-    Est-ce que tu as été soigné par ce Docteur ?

-    Oui

-    Et pourquoi tu n’es plus soigné ?

-     Il fallait que je paye 3000 bath par mois et je n’avais pas l’argent  (3000 bath = environ 60 Euros- le salaire moyen d’un employé varie entre 3000 et 5000 bath)

-    Est-ce que tu as été soigné par des Sœurs à Bangkok ? (On m’avait dit qu’il avait quitté ce centre, sans terminer son traitement)

-   Oui

-   Et qu’est ce qui s’est passé ?

-   Il fallait que je paye

Bon, je ne vais pas chercher à comprendre où est la vérité dans tout cela… pas le temps et de toute façon, c’était autrefois – revenons à aujourd’hui : j’explique à Jak que je ne peux pas le kidnapper pour le faire soigner, que je ne le conduirais pas de force chez le Docteur, que sa vie lui appartient … etc…

-    Si tu veux rentrer chez toi et aller à Bangkok demain, tu pars…

Ce qu’il fait, en me promettant d’aller à l’hôpital.

Peu après son départ, le Docteur téléphone et je peux lui parler longuement.

Il me confirme qu’il connaît bien Jak. Il l’a par deux fois soigné et remis en forme, mais qu’ensuite le traitement n’était plus suivi.

Ce docteur me dit aussi tout net, que pour lui, il y a deux sortes de malades :

1 – Ceux qui veulent vivre et font des efforts > à qui il accorde le maximum pour les aider

2 – Ceux qui ne sont pas sérieux, qui ne suivent pas les traitements > et pour ceux là, il ne veut rien faire.

Pour Jak, il ne veut pas reprendre les soins car les examens à refaire pour donner un protocole adéquat à son état sont de 20.000 à 30.000 bath environ.

Bien sur, cet argent sera en moins pour ceux qui veulent se soigner !

J’aime bien les situations au carré, alors je peux comprendre ce raisonnement, fort dur, mais clair !

Il m’explique alors qu’il peut se faire soigner dans un hôpital de Pattaya avec un coût de 30 bath par jour soit 1000 bath par mois = 20 Euros. C’est une nouvelle disposition pour les malades du Sida (en partie pris en charge par le gouvernement Thaïlandais).

Voilà où nous en sommes le mercredi 16 août 2006.

Normalement, jeudi 17, Jak devrait être à Bangkok, peut-être pour quelques jours.

Il possède mon numéro de téléphone thaïlandais pour appeler « au secours » si nécessaire !

Si les résultats ne sont pas probants, compte tenu des propos du Docteur  je le conduirai à l’hôpital civil de Pattaya… mais là, ce sera une autre histoire car dans ces hôpitaux, l’on ne parle que Thaïlandais !

Pour terminer, jeudi 17, je suis allé voir le médecin francophone qui n’avait pas répondu à mon email, en le priant de bien vouloir m’excuser pour l’insolence de ma demande…et je lui ai expliqué mon contact téléphonique avec le Docteur P. et la situation de ce garçon.

Il m’a présenté ses excuses pour ne m’avoir pas répondu !


 

La situation se dégrade encore !

Octobre 2006

Depuis mon retour en Thaïlande, le 13 octobre 2006,  je n’ai pas beaucoup écrit à propos de Jak, à qui j’essaie d’apporter depuis près de six mois un peu de réconfort dans une vie bien dure.

Peu de nouvelles, car la situation – ce que je savais depuis le début – se complique et …. Proche d’un sentiment d’échec, je suis plutôt mécontent de moi.

Le jour de mon arrivée, par quel hasard, coup de fil de Jak qui me dit que cela va …un petit peu !.. Qu’il a du se rendre à l’hôpital et …. Voilà !!...

Pudeur asiatique !

Je ne demande pas de précisions indiscrètes. Par ailleurs les échos des amis qui l’ont vu une quinzaine de jours auparavant ne donnent pas lieu à trop s’alarmer.

Je ne m’inquiète pas outre mesure. Jak sait que je suis là et il peut me téléphoner à n’importe quel moment en cas de problème.

Ce qu’il fait un matin quelques jours suivants. Bien sur, je réponds que j’arrive immédiatement. Cependant les explications de l’endroit où il habite ne sont pas assez précises et je ne trouve pas. Je décide donc d’aller à la plage en attendant un nouvel appel qui arrive au moment même où je m’installais.

Je repars aussitôt, alors que le ciel s’assombrit dangereusement. Quelques centaines de mètres parcourus, une pluie semblant traverser une énorme passoire tombe drue. Ce sont de très grosses gouttes qui n’ont pas l’air de mouiller. Une odeur de terre chaude et de pluie me remémore les pluies d’Auvergne des chauds mois de juin lorsque j’étais gamin. Un déluge s’abat, je presse le pas et c’est complètement trempé que j’atteins le Soï (ruelle). Le ciel est traversé par des éclairs d’autant impressionnants que le tonnerre tombe en même temps sur les paratonnerres des grands immeubles alentours. Quelques secondes et d’autres éclairs, d’autres tonnerres, parfois plusieurs en même temps. Est ce que la fin du monde sera comme cela ?.... Je ne me ferai pas plus fort que je ne suis et je vous assure que je suis « mort » de trouille. Je continue néanmoins, la tête dans les épaules. (Les mauvaises langues diront que ce n’est pas bien difficile car le cou n’est pas si long !!). Encore quelques dizaines de mètres et je devrais être au bout du chemin. A ma gauche, Je n’aperçois qu’un immeuble qui aurait pu être un décor du film Orange Mécanique. A ma droite de vieilles carcasses de carrioles de marchand ambulant, des tas d’ordures me font demander où je me trouve !

Et je ne vois pas Jak …. La pluie toujours aussi puissante, le tonnerre  et les éclairs sont toujours mes mauvais compagnons.

A ce moment, un vieux monsieur, artisan, me fait signe et me propose un tabouret à l’abri de son atelier. Il doit se demander pourquoi un farang (touriste) s’est égaré dans sa rue. L ‘expression de farang Ting-Tong (un peu félé) !!! doit être juste.

J’accepte avec beaucoup de reconnaissance et remerciements sa proposition. La pluie frappe en saccade et balaie son atelier (et moi avec) par la devanture ouverte, mais au moins plus rien ne me tombe sur la tête.

Je frissonne et me rend compte soudain que je me trouve en plein courant d’air, car le fond de l’atelier est grand ouvert !  On m’a toujours dit, gamin, qu’il ne fallait jamais rester dans un courant d’air en plein orage. Que faire ?... partir en courant, ce ne serait pas correct et de toute façon il ne faut pas courir non plus. Je décide de rester en suppliant Bouddha,  Jésus-Christ et tous les autres de me protéger !

Un peu plus de trois quarts d’heure plus tard, sans avoir été foudroyé, les éclairs et le tonnerre cessent mais la pluie continue. Un Thaïlandais approche sous un parapluie, me fait signe de le suivre. Il ne peut se tromper, je suis bien le seul blanc dans tout le secteur.

Quelques dizaines de mètres plus loin et je retrouve enfin Jak.

La situation est pitoyable.  Il est là, assis sur un tabouret dans un couloir infâme et sale. Par pudeur, je ne décrirai pas Jak qui en me voyant, se recroqueville, ses épaules s’affaissent, la tête se baisse sous sa casquette, il n’ose me regarder et je peux voir de grosses larmes couler. Trop bouleversée, je ne peux rien dire et prends seulement ses mains abîmées par la maladie entre les miennes. J’attends quelques instants avant d’entamer le dialogue :

-      Jak, pourquoi tu es dans ce couloir ? Où est ta chambre ? 

Il murmure une explication de clé, de fille qui partage sa chambre, à laquelle je ne comprends rien.

-     Jak, est ce que tu prends toujours tes médicaments ?

-     Oui

-     Est ce que tu manges correctement ?

-     Oui, un peu, mais je ne peux pas beaucoup manger.

-     Tu es allé à l’hôpital

-     Oui

-     Qu’est ce qu’ils t’ont dit ?

-     Rien.

-     Pourquoi ils ne t’ont pas gardé pour te soigner ?

-     Je ne sais pas.

Me voilà bien avancé !

-     Jak qu’est ce que tu veux que je fasse pour t’aider ?

-     Pas de réponse, un regard désespéré

-     Tu veux que je te conduise à l’hôpital

-     Non

-     Tu veux que je te conduise dans ta famille

-     Non, ils ne veulent plus de moi depuis que je suis malade.

-    Tu veux aller chez les Religieuses à Bangkok qui t’avaient soigné    autrefois ?

-     Non, la sœur gentille est partie au Vietnam …. !!!!....

Bon, il ne va pas rester dans ce couloir, je lui dis de demander une autre chambre (je glisse dans sa main un peu d’argent pour la chambre, pour manger et éventuellement pour les médicaments).

A cet instant, la propriétaire des lieux qui était resté à l’écart s’approche. Elle a du voir les billets changer de poche!


 

Thénardiers Thaïlandais.

Octobre 2006

La propriétaire de cet endroit, une femme, maquillée comme un clown, ne me plait pas du tout. Je pense à cet instant aux Thénardier !  

Je les laisse négocier mais pour sur que cette chambre a subi une sacrée inflation avec ma présence… tant pis, il faut bien une solution. Je ne demande pas à visiter les lieux tellement je suppose le pire.  

Sur la promesse qu’il se repose, se soigne et mange, et me rappelle bientôt, je le quitte en  retournant à l’hôtel envahit par une grande tristesse et un sentiment d’impuissance.  

Deux jours plus tard, nouvel appel. Rien qu’au son de sa voix je sais que cela ne va pas. Me voilà à nouveau en route mais maintenant je sais parfaitement où le trouver.  

Sans nuage, sans pluie et sous un soleil de plomb, je me retrouve dans cet endroit qui est encore plus misérable. Une vraie cour des miracles… le moyen âge.

Madame Thénardier m’attend et m’invite à entrer dans son royaume. Imaginez :  

Un immeuble en béton, dont la construction n’est jamais arrivée à terme, sans portes et sans fenêtres, des escaliers sans rambardes laissant dépasser de ci de là  des tringles en métal, des fils électriques se promenant entre les étages… tout cela dans une saleté inimaginable. Les « chambres » sont délimitées par des panneaux de contreplaqué, le même qui est utilisé pour les fenêtres et les portes.

Je grimpe les étages jusqu’au 3ème, pousse le rideau qui sert de porte et … sur un matelas, à même le sol : JAK, allongé, les yeux perdus dans le vide, il tourne péniblement la tête lorsque je lui parle.

Il est de plus en plus amaigri, son corps de la tête au bout des pieds n’est que taches ou plaies à vifs.

-     Jak, est ce que tu as pris tes médicaments ?

-     Oui (mais je ne suis pas très convaincu)

-     Est ce que tu as mangé ?

-     Un peu …

-     Est ce que tu peux te lever

-     Non, tiep tiep (tiep veut dire mal tiep tiep très mal)

-     Est ce que tu veux aller à l’hôpital

-     Non, un farang m’a conduit, on m’a donné des médicaments et  je  suis revenu … !!!!!!.....

-     Est ce que quelqu’un t’aide ?

-      Oui le farang va peut-être me conduire à l’hôpital de Rayong.

-     Quand ?

-     Je ne sais pas, demain, la semaine prochaine …

-     Je suis de plus en plus désemparé.

-     Jak, tu as le numéro de téléphone du Farang

-     Oui,

Il ouvre son sac et ne le trouve pas, s’énerve un peu !

-     Ca ne fait rien, je reviens demain. Tu veux quelque chose à manger

-     Non j’ai mangé ce matin des nouilles !!

Retour le lendemain matin :

Je trouve porte close en bas de l’immeuble (plus exactement, la tôle ondulée clouée sur deux pieux est fermée par un cadenas). J’interpelle Mme Thénardier

-       Où est Jak ?

-       Là haut

-       Je veux le voir.

Alors elle se met au milieu de la rue et hurle en thaïlandais « Le farang est en bas » - Aucune réponse. Elle crie encore puis me dit :

-       Tu bois une bière ?

-       Non merci

-       Tu me payes une bière ?

-       Oui si tu veux

-       Tu me donnes des sous ?

-       Combien ?

-     100 bath (c’est le double du prix normal, soit 2 euros, mais je ne  dis rien pensant ainsi l’amadouer).

Elle envoie un boy chercher son breuvage du matin, revient de sa « cuisine » avec un chiffon d’un gris/noir douteux en se tamponnant le coin des yeux, laissant croire qu’elle essuie des larmes … et me dit :

-       Il est très malade, il est très pauvre, il n’a pas de famille

-       Oui je sais mais il a une famille qui ne veut plus de lui parce qu’il est  malade !

Toutes ces simagrées m’énervent et je lui dis que si je ne vois pas Jak je pars… car soudain, je me prends à penser  que peut-être l’autre farang l’a emmené avant mon passage et que la maquerelle me fait un cinéma pour m’extorquer quelques sous.

Je me lève et fait mine de partir. Non ! dit elle, ne pars pas… Elle crie encore en regardant le 3ème étage puis n’ayant aucune réponse demande à un gamin de  3 ou 4 ans (son fils ?) d’aller voir. Le gamin traîne un peu les pieds, essuie quelques morves avec son tee-shirt et se glisse à plat ventre sur le béton, sous la tôle ondulée. Il y a environ 35 centimètres et je frémis en voyant les bouts de tôles rouillées au dessus des reins du gamin. Lentement, la tête puis le corps et les jambes disparaissent dans le taudis… Et nous attendons au moins dix minutes lorsque le gamin tend sa main avec une clé de cadenas. On ouvre la porte et je monte à l’étage.

Jak est – hélas – toujours là, sur son matelas mais il ne peut se lever. Une fille dort dans un coin de la pièce. Visiblement, sa soirée a dû être chargée en boisson, elle ouvre un œil émet quelques grognements et se rendort.  Apparemment, elle non plus ne pouvait pas se lever mais pour d’autres raisons.

Discussions habituelles avec Jak. Il me donne aussitôt la carte de visite du farang.

Son prénom est Kévin. L’espoir revient qu’à deux nous puissions enfin trouver une solution.

Je dis que je reviendrai ce soir.

Au cours de cette journée je n’arrive pas à joindre Kévin au téléphone.

En fin de journée, je retourne chez Jak accompagné d’un jeune Thaïlandais, Somsak, qui me dit qu’il ne faut pas aller seul la nuit là-bas !

Nous montons les étages à tâtons car il n’y a aucune lumière dans les escaliers, nous nous guidons avec la lumière de l’écran du téléphone portable de Somsak et nous arrivons lentement au 3ème étage.

Dans la chambre, Jak, sur son matelas, un bébé qui dort et la femme  du matin qui nous regarde à peine. On ne peut pas dire qu’elle fasse du ménage car la pièce n’a pas du voir un chiffon ou un balai depuis bien longtemps, ou alors le seul chiffon de l’immeuble appartient à Mme Thénardier !!

Nous restons un moment avec Jak, nous assurant qu’il n’a besoin de rien de particulier et redescendons – toujours à tâtons - …. Je suis de plus en plus perturbé. Que puis faire ?…

La nuit suivante, j’échafaude encore une fois mille projets, autant de solutions qui s’avéreront, au petit matin,  toutes aussi stupides que celles des nuits précédente


 

A deux, on est plus fort

Octobre 2006

Heureusement, le lendemain matin, je joins Kévin - Anglais/Australien – par téléphone et nous décidons de nous retrouver en début d’après midi. Jak lui a déjà expliqué mes diverses actions et d’un coup d’un seul ma fatigue disparaît, je suis certain que nous allons trouver……  

Rencontre sympathique, chacun expliquant ce qu’il a fait. Au fond nos actions ont souvent été assez complémentaires, et Jak a su appeler à l’aide l’un ou l’autre en fonction de nos séjours ici. J’en suis heureux. Seul problème avec Kevin c’est la langue … Je devine plus que je ne comprends tant il parle vite et beaucoup …. Il va falloir sérieusement que j’utilise la méthode à « mimile » pour apprendre le vocabulaire qui me fait défaut. Enfin on se débrouille, lui comprend bien mon parler anglais équivalence primaire intonation auvergnate … j’ai de la chance !

Kévin a effectivement pris contact avec Rayong, mais il ne s’agit pas d’un hôpital. Il s’agit d’une fondation de soins palliatifs recevant les malades du sida. Mais il n’y a pas de place actuellement. D’autre part, il faut un certificat de l’hôpital local pour accéder à cette fondation. Il s’agit en quelque sorte d’un certificat de prise en charge.  

Nous décidons donc de sortir immédiatement – si possible – Jak de cet endroit sordide ou sa situation et sa maladie ne peuvent qu’empirer notamment par le manque de soins le manque de nourriture et la saleté des lieux.

·    Kevin contacte à nouveau le centre.

·    Moi je m’occupe de trouver un taxi qui nous conduira d’abord à l’hôpital local pour le certificat puis à Rayong si nous avons un peu de chance.  Il faut expliquer au chauffeur qu’il s’agit d’un malade grave et qu’il ne faut pas qu’il se sauve lorsqu’il faudra le prendre en charge. Ce n’est pas évident mais je réussi à me faire comprendre.

Rendez vous est pris pour le lendemain 9 h 30  devant l’immeuble.


 

Peut-être, enfin, une solution.

Octobre 2006

Le taxi est à l’heure. Un ami Français, Gérard a tenu à m’accompagner ainsi que Somsak, ce jeune Thaïlandais qui est déjà venu avec moi dans cet immeuble. Kévin est déjà sur place pour expliquer à Jak ce que nous allons faire.

Je vous laisse imaginer la lente descente avec le malade et sa difficile installation dans le taxi. Lorsque le chauffeur Add, voit Jak, il me dit que si je ne lui avais pas indiqué la situation il serait parti.

Il s’est d’ailleurs avéré que cet homme nous a rendu de grands services à l’hôpital thaïlandais. Je crois que nous y serions encore sans lui. En effet, enregistrement, un autre bureau, attendre, un autre guichet, attendre, retour au premier guichet, attendre…. Puis une jeune femme explique qu’elle ne peut rien faire !!... le chauffeur intervient, explique, sourit, explique ! Et la jeune femme va voir un médecin qui consulte le dossier informatique de Jak… on parle… enfin, il signe un papier puis il faut faire des photocopies, retour à l’enregistrement … attente …

La jeune femme revient ave les liasses de papiers et nous dit : ok vous pouvez aller à Rayong. OUF ….. Première étape gagnée … une grande joie nous envahit. Cependant tout n’est pas terminé.

Kévin téléphone donc à nouveau au centre mais la réponse est la même. Pas de place !

Aux explications que nous sommes à l’hôpital où nous venons de retirer le certificat de maladie, la personne au téléphone dit de rappeler dans 15 minutes. Elle va voir avec l’administrateur ce qu’elle peut faire. Nous prenons donc la route de Pattaya  Jomtien qui est aussi la route de Rayong. Nous stopperons au carrefour et nous téléphonerons alors pour savoir où nous devons nous rendre. J’ai la gorge serrée et je croise les doigts pour ne pas ramener Jak dans ce logement de misère. Nous stoppons. Kévin rappelle – j’ai l’impression de ne plus avoir de sang dans les veines – et la réponse tombe :

- ok nous préparons un lit, vous pouvez venir


 

En route pour Rayong

31 Octobre 2006.

C’est le soulagement ! Jak ne se rend pas vraiment compte, il est très fatigué.

Encore une bonne heure de route, car, malgré les explications assez précises, nous nous sommes trompés et enfin nous trouvons le centre, une fondation Catholique « CAMILLIAN »  www.camillian-rayong.org

Nous sommes reçus avec beaucoup de sympathie et nous accompagnons Jak en salle commune de soins palliatifs ou personnels et bénévoles s’affairent déjà.

Quelques complications d’ordre administratif seront rapidement réglées grâce à la bonne volonté des responsables.

Bien plus tard, nous reprenons la route du retour.

J’ai pour ma part, un grand poids en moins sur la poitrine mais aussi beaucoup de tristesse pour ce chemin parcouru et cet accompagnement d’une grande partie de l’année 2006.

Il n’y a qu’une toute petite chance pour que la situation se renverse. Je ne peux m’empêcher de penser que nous avons, peut-être, hélas!, effectuer une sorte de chemin sans retour pour Jak.

Néanmoins, ce qui est certain, c’est que dans cet établissement, il sera soigné, ses douleurs soulagées, et ses conditions de vie seront moins misérables que celles des dernières semaines.

Il me reste à faire quelques visites au centre avant mon retour en France et certainement proposer quelques heures de mon temps au cours de mes prochains séjours.


 

Retrouvailles.

22 décembre 2006

Certains malades ne sont plus là, mais les lits sont occupés par de nouveaux patients.

Je retrouve Jak, sur une chaise roulante, dehors, installé au soleil, la tête cachée par le capuchon d’un vêtement noir (on dirait un capucin). En me voyant un sourire éclaire son visage.

-       Jak Comment vas-tu en ce moment ?

-        Nit noï (ce qui veut dire, un petit peu, donc j’interprète : c’est moyen).

En effet, j’ôte son capuchon et, si je suis heureux de constater que la couleur violacée (Kaposi ?) qui envahissait son crâne semble un peu atténuée, il n’en est pas de même pour la figure, très fortement marquée !...

Je constate également que les problèmes de peau (Candidoses ?) sont réapparus, malgré les soins. Les ongles sont aussi dans un mauvais état, pratiquement identiques au mois d’octobre. Enfin, une vilaine toux le fatigue, et il crache ce qui le gène dans un sac plastique. C’est un peu difficile à supporter et cela a fait partir en courant un autre malade lors du déjeuner !...

La situation est bien loin d’être satisfaisante, je suis triste pour lui, mais je ne m’attendais pas à un miracle, compte tenu de l’état dans lequel nous l’avons conduit le 31 octobre. Le personnel est toujours aussi attentionné, affectueux et compréhensif.

Alors que je suis accroupi devant le fauteuil roulant pour parler à Jak, je sens sur mon dos une présence, puis une tête d’enfant se cale sur mon épaule, contre ma joue. Je ne bouge pas pendant quelques instants, puis me retourne lentement. Je vois un garçon qui me semble avoir cinq ans, compte tenu de sa taille. Il a en réalité huit ans et s’appelle TEU. Il est malade depuis sa naissance et de plus il me semble qu’il est légèrement Mongolien. Il se câline et je laisse faire puis il me montre deux billes à jouer qu’il a dans sa poche.

Et, me voilà à quatre pattes en train de jouer aux billes avec lui. Cela dure environ dix minutes, puis il me prend par la main et me fait comprendre de le suivre. Je me laisse guider jusqu’à un petit bassin avec des cailloux et de l ‘eau situé près de la Chapelle. Il me tend une épuisette que je refuse dans un premier temps en lui faisant comprendre de là prendre, lui. Il insiste et je finis par prendre en main cette fameuse épuisette que j’introduis dans l’eau.

A ce moment, un responsable de la mission nous aperçoit et crie en Thaïlandais que nous ne devons pas faire cela. TEU secoue la tête voulant dire « C’est pas moi » et me montre du doigt voulant dire « J’ai rien fait, c’est lui » !...

Je rie aux éclats de sa bonne blague : Le fripon m’a bien eu…. Peut-être un peu mongolien, mais malin !

Ensuite je rends visite à quelques malades en salle de soins palliatifs et je suis très ému par la toute dernière arrivée : une petite fille de trois ans et sept mois, née avec le HIV. Elle est belle comme un cœur et ouvre de grands yeux, qui, hélas, ne voient pas, se tient assise mais ne marche pas, elle ne parle pas non plus car elle a un problème d’audition.

Son prénom est Féé. Quelqu’un va s’occuper d’elle en permanence et j’assiste à l’installation de son petit lit – tout neuf – qui remplacera provisoirement un lit d’adulte médicalisé.

Je passe un peu de temps avec les uns, les autres, pousse un fauteuil roulant, aide une aveugle à se déplacer, une autre à  mettre un vêtement dont elle ne trouve pas le sens….. Ceci est bien peu de chose face à cette grande misère physique !

Vers 12 heures, je prends le déjeuner avec les responsables de la mission et 17 enfants sur 38 (dont TEU). Ce sont les enfants les plus jeunes ou les plus malades qui ne peuvent intégrer l’école locale, car les malades les moins atteints sont scolarisés avec les enfants du village.

Après déjeuner, Jak voudrait boire un café (comme avant !)… comme avant, comme avant, c’est comment ça ?... je pense comme lorsque nous l’avons conduit, donc un café acheté dans une station service, servi comme un coca-cola avec glace, café, lait et sucre, un couvercle et une paille pour boire. Je demande donc où je peux trouver une station service et l’on me dit qu’il y en a une sur la route de Rayong à environ 1 kilomètre. Je suis un peu sceptique car en Thaïlande la notion de distance est tout à fait relative. Mais courageux ou inconscient, je décide d’y aller.

Sous un soleil de plomb, me voici en direction de cette station, je marche, je marche et au bout de 20 à 25 minutes environ je vois un panneau ESSO. Me voilà sauvé mais, pour sur, j’ai fait plus d’un kilomètre !

J’achète ce café non sans difficulté pour me faire comprendre car dans cet endroit, on ne connaît que le Thaïlandais. Mais j’y arrive et paye  23 Bath, c’est à dire environ un demi Euro…. Et je reprends la route en sens inverse, avec la paille dans une main et le récipient de café dans l’autre. Imaginez la scène du farang (Touriste) marchant en plein soleil, le long de la route dans la campagne avec son café. J’ai croisé quelques Thaïlandais qui me regardaient avec curiosité. Bref, au bout d’une heure environ allé et retour, j’arrive à la mission et suis content de pouvoir remettre cette boisson à Jak qui me remercie….

Mais, je le connais bien maintenant et je comprends que ce n’est pas ce qu’il voulait. Il le boit tout de même, et j’insiste lourdement pour comprendre. Enfin, quelqu’un va chercher une boite pour me montrer quel café il souhaitait. En fait il voulait du café en poudre pour se préparer lui même sa boisson. Bon je note pour la prochaine visite, un gros paquet de Nescafé Red-Cup, du sucre et du lait vitaminé. Au moins j’aurai fait un peu d’exercice aujourd’hui me dis je !

Samedi 23 décembre, je vais dans un super marché pour acheter un cadeau pour la petite fille de 3 ans. Je choisis un chien en peluche de 35 cm environ, en pensant que ses petites mains seraient intriguées par les pattes et les oreilles de cet animal, et la douceur de la peluche! Je vais lui apporter lundi 25 décembre car c’est ce jour là que je passerai avec eux. Cette journée se terminera par une messe à laquelle j’assisterai avant de reprendre le bus pour Pattaya.

Il me faut avouer que ce sera la première messe à laquelle j’assisterai – en dehors de quelques mariages ou enterrements – depuis 44 ans.


 

NOEL 2006 à la Mission.

25 décembre 2006

Ce matin, je prépare mes achats et prends un taxi moto en direction du super marché le plus près de l’arrêt de bus pour Rayong, où je vais faire quelques emplettes complémentaires pour les malades de la mission.

Dans un premier temps, mon intention était d’acheter quelques jouets pour les enfants que je connais, mais craignant  quelques jalousies entre les enfants, je me suis rabattu sur des friandises pour tous, et quelques gâteaux pour le personnel et les malades de la salle de soins palliatifs.

A l’arrêt de bus, deux européens attendent le bus. Ils ont le look « routard » : longs cheveux tressés, anneaux dans les oreilles, piercings, bracelets de cuir etc.  L’un des deux vient vers moi et me demande en anglais comment se rendre à Rayong. A ma réponse, également  en anglais, il me dit : tu es français ? …. Inutile de nier, je suis démasqué !!!!!

Je leur donne à nouveau les explications en Français… c’est bien plus simple.

L’autobus est bondé, et chaque nouvel arrêt reçoit sa quantité de nouveaux voyageurs qui s’installent dans le couloir central… Bonjour le bazar entre ceux qui veulent descendre et ceux qui sont en surnombre, et ceux qui monte encore !  Le métro aux heures de pointes n’a rien à nous envier !

Evidemment, le trajet est beaucoup plus long puisque chaque arrêt est interminable. Ma foi, me dis-je, in petto, tu veux voyager en transport en commun, il faut assumer !

J’arrive enfin à la mission qui présente un air de fête avec ses diverses décorations et sa grande crèche. Quelques rares familles ont fait le voyage pour visiter leur malade.

Les « parrains ou marraines  » de quelques enfants sont présents. Ce sont des personnes qui versent chaque mois une somme d’argent à la mission. En retour, la mission les informe sur la santé, la vie scolaire du filleul(e). Mais tous n’ont pas cette chance. Heureusement la mission est une « grande famille ».

Les enfants sont vêtus de leurs beaux habits, assez nombreux tout de blanc, quelques autres, costumés comme les santons de la crèche… Rois mages, bergers… etc.  C’est fort émouvant.  Mais nous n’en sommes pas encore à la messe !

En regardant qui visite qui, je constate qu’aucun des malades, entre 20/25 et 40 ans, n’a une visite. Abandon des familles, peur de la maladie, manque d’argent, de temps, de personne pour s’occuper d’un grand malade ?.... Mes visites ne sont donc, peut-être pas, inutiles.

Après avoir remis à Jak ses provisions, au personnel mes achats, je vais vers la petite fille arrivée vendredi dernier. Elle se trouve dans les bras d’un frère. Je lui caresse le visage avec la peluche (petit chien) qu’elle attrape vigoureusement et serre fort contre elle. Mais assez vite elle en a assez, et avant qu’elle ne jette le cadeau, je le dépose  dans son lit où elle le trouvera plus tard.

Retour vers les malades avec qui je reprends mes habitudes. Sourires, gestes affectueux, prévenances, aides…. (Ce sont à peu près les seules choses que je puisse faire)

Jak n’est toujours pas levé et semble assez fatigué, toujours cette toux !  Un peu plus tard, il souhaite une glace. Ce n’est pas si compliqué que le café, on peut acheter cela à la mission et c’est un prix dérisoire. Bien sur, en lui portant la glace, je traverse la cour centrale et d’autres malades regardent mon achat avec envie.

Bon, allez, je fais le tour :

-        Qui  veut une glace ?...

A chacun, j’offre  sa demande… puis me dirige vers un garçon (âgé d’environ 20/25 ans) à qui, la maladie a fait perdre l’usage de la parole. Ses mains et ses jambes sont sévèrement atrophiés. Il rie cependant presque tout le temps à gorge déployé. Je lui enlève le papier enveloppant son cornet de glace et l’aide à commencer à manger celle ci. Il réussit à prendre très maladroitement le cornet et, pensant qu’il continue, je m’occupe de Jak en poussant son fauteuil roulant vers un coin ensoleillé.

Quelle bêtise car, lorsque je reviens, la glace est étalée sur la bouche, le nez, le menton et la chemise. Une femme de service, répare les dégâts, et me dit  dans un mélange de thaïlandais et d’anglais :

o   ice cream  maimi     orange  mi

Ce qui veut dire: pas de glace mais une orange oui.  Message reçu cinq sur cinq.

Le garçon, lui,  continue de rire, de rire encore, ce qui déclenche chez nous tous une crise de … rire !!

Un moment plus tard, il me tend les bras, j’approche, il prend maladroitement ma main et l’embrasse.

Ce n’est pas du bonheur cela ?

Il est 17 heures, l’heure de la messe. La chapelle est bien trop petite pour recevoir tout le monde. A l’extérieur, sont installés des chaises et des bancs. La messe commence par un chant interprété par les enfants, et, si ce n’est pas très juste, le cœur y est, nous nous en contenterons.

Le Père Giovanni, créateur de cette structure intervient le premier en Italien puis c’est au tour d’un Frère Thaïlandais, ensuite en Anglais. Je « singe » ce que font-les autres car j’ai tout oublié… encore des chants, de la musique ….. Ce Noël est tout à fait particulier, je le vis avec une grande émotion!

Un moment, mon regard croise celui de TEU, tout en blanc, et il fait de grands gestes à mon endroit. Vous savez, TEU, le petit malin qui m’a fait faire une bêtise vendredi…  Il est assez dissipé, baille parfois et alors que la bouche est grande ouverte depuis quelques instants, semble se souvenir qu’il doit cacher son bâillement avec la main, ce qu’il fait brutalement.

Le voilà ensuite qui gesticule, se retourne, parle avec ses copains. C’est que la cérémonie dure plus d’une heure et demie, c’est bien long pour ce petit monde.

Les adolescents autonomes, de 15 ans à  20 ans environ, vivent dans une autre structure, et sont présents ce soir. Je les regarde les uns après les autres, rien ne les distingue des autres ados de leur âge, peut-être un peu plus maigres, parfois une toux, mais c’est tout !  Penser que tous sont infectés par le virus du SIDA me


 

Attendre un bus qui n’arrive pas

25 décembre 2006

Mais il est bientôt l’heure  de rentrer à Pattaya/Jomtien. On m’a dit que le dernier bus part de Rayong à 19 heures. Il sera donc vers 19 h 15 en face de la mission. Je traverse la route pour me placer sous un réverbère car il fait nuit. Il est 18 h 30 environ.  J’essaie de repérer au loin le bus mais ce n’est pas chose aisée.

Lorsque j’aperçois un immense véhicule, je gesticule mais il ne s’arrête pas. En effet, je constate – à l’usage – que seuls,  les camions sont équipés de lumières vertes en haut de la cabine. Bon, J’essaie de différencier les bus des camions, pour ne pas gesticuler à tous vents, et les minutes, puis les quarts d’heures passent. J’avais réussi à ne plus me ronger les ongles depuis plus de deux mois, et là, en une heure, j’ai fait un sort à mes dix doigt…

Et la montre tourne…. Quelques bus passent, mais ne se dirigent pas vers Bangkok … et je me demande bien comment je vais rentrer.  50 kilomètres environ me sépare de Jomtien.

En désespoir de cause, je me décide vers 19 h 45 à stopper un taxi collectif. Je lui demande  
- Où allez-vous s’il vous plait ?  

- BAN CHANG

- Tao laï krap (combien cela coûte) ?

- Sip Bath (dix bath)

OK, je monte et trouve une petite place parmi les travailleurs qui rentrent à la maison. Je réfléchis en cours de route tout en vérifiant où nous nous dirigeons.

Pas de problème, tout va bien, sauf que lorsque vous connaissez un endroit la journée et que vous vous y trouvez la nuit, alors tout est différent. Je ne sais plus où se trouve l’arrêt de bus dans cette petite ville.

Croyant à un moment que ce n’est plus très loin, je sonne pour que l’on m’arrête. Je descends et comme c’est la coutume ici, je paye le chauffeur par la portière.

Je sors mon portefeuille, dans la pénombre, et me fie à la couleur d’un billet que je lui remets. Il me le rend aussitôt, en me disant :

Ce n’est pas bon.

J’ai confondu un billet de 20 Euros avec un billet de 20 Bath. Je cherche prestement le bon billet et il me rend 10 Bath.

J’ai eu de la chance qu’il ne connaisse pas le billet ou bien qu’il soit honnête ou les deux car ce billet vaut 1000 Bath et s’il m’avait rendu 10 bath, j’aurais sans problème empoché la monnaie et je me serai posé bien des questions lorsque j’aurai fait mes comptes ….

La station ne se trouve pas très loin, je marche quelques minutes et demande à quelqu’un  s’il peut me dire s’il y a un bus pour Pattaya. Sa réponse est non, mais il y a un bus pour NONHKAI  plus tard qui peut s’arrêter. Il me dirige vers une femme, assise sur un banc, avec un bloc et des tampons.

Elle me demande où je vais, [Pattaya] me donne un ticket et me demande 50 Bath. Je m’éloigne un peu et elle m’interpelle.

Non tu restes ici, à côté de moi. Pas de problème ! Je m’exécute.  Au bout d’un moment, je lui demande à quelle heure arrive le bus.  Réponse lapidaire  Wait  (Attend).

Patience…….  Nous sommes en Asie, ne l’oublions pas.


 

Suis-je Farang ?

25 décembre 2006

Soudain, un grand coup de klaxon, voici le bus, avec autorité l’ordre est donné de monter à bord. A l’intérieur du car, un –très – gros monsieur demande mon ticket et me dit de m’asseoir au deuxième siège.

Celui d’à côté est occupé par une femme, totalement avachie, les pieds et un coude débordant sur ma place. Je me glisse sur mon siège. Le coude ne veut pas bouger, je m’en accommode d’autant plus que,  il me semble comprendre que la dame doit être avinée. Les kilomètres défilent.

Une télévision située au dessus du chauffeur présente un enregistrement d’un divertissement  télévisé, le son est au maximum, les rires fusent parmi les passagers, moi, je ne comprends rien, mais certaines situations burlesques me font sourire. Ce bus de nuit présente un avantage car il n’est pas omnibus !

Au bout d’un long moment, je sens que ma compagne de voyage me dévisage. Elle me dit, en anglais et d’une voix grave et rocailleuse qui ne laisse aucun doute sur son taux d’alcoolémie :

-        Excuse moi, Monsieur es tu farang (touriste) ?

-        Oui

-        Excuse-moi, Non

-        Mais oui, bien sur je suis farang

-        Excuse-moi, pourquoi alors tu es blanc ?

Celle là, on ne me l’avait jamais faîte !...

-        Je suis blanc parce que je suis farang

-        Non, les farang ils sont marrons, ils vont à la mer.

Oui, je comprends mieux, normalement les farang sont bronzés.

-        Qu’est ce que tu fais en Thaïlande ?

-        Je suis en vacances !

-        Excuse-moi, mais t’es pas farang.

Elle commence à m’enquiquiner la donzelle imbibée, alors je ne réponds rien. Elle continue cependant :

-        Excuse moi, est ce que tu parles Thaï ?

-        Non

-        Excuse moi, Pourquoi ?

-        Parce que c’est très difficile !

-        Excuse-moi, Non c’est très facile.

-        Ben c’est difficile pour moi

-        Excuse moi, Alors t’est pas farang…

Et à ce moment là, approchant de Pattaya, je vois l’enseigne du super marché où je vais pouvoir prendre un taxi moto pour l’hôtel. J’attrape mon sac, bondis et demande l’arrêt au chauffeur. Je disparais, je « m’évapore » à une vitesse incroyable Elle me parle peut-être encore au moment où j’écris ces lignes ….J’ai encore dans les oreilles sa voix éraillée par trop de cigarettes et d’alcool…

Me voici à destination, il est presque 9 heures.

Au fait suis-je farang ?

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