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Le billet de Michel

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Articles avec #thailande-jak catégorie

Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Jak

Avec JA K  *,  le SIDA a gagné.
Avec son décès, en Thaïlande, le 7 février 2008, se terminent les textes que j’avais écrits entre mai 2006 et février 2008. Ils étaient destinés à ma famille et mes amis avec qui je correspondais via courriel.

Plusieurs d’entre vous m’avait dit souvent :
•  Pourquoi tu ne fais pas un blog ?
Je ne suis pas certain que cela intéresse grand monde, répondais-je invariablement.

La petite graine était cependant semée, et c’est en mai 2008, soit deux ans après la rencontre de ce malade du SIDA sur une plage de Jomtien / Pattaya que je me lançais dans cette autre aventure :
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Ces textes constituent la première partie du blog,
du premier article:
          - Avant propos
à l'article:
          - JAK a quitté ce monde.


Ils sont un témoignage parmi d’autres.

En accompagnant ce malade, j’ai découvert :
 
•  Un lieu près de Rayong en Thaïlande, recueillant des sidéens.
• Une équipe composait de religieux (Ordre de Saint Camille), de volontaires et de bénévoles.
• Et des malades: adultes, adolescents et, à ma grande surprise, beaucoup d’enfants, en général orphelins, ayant été contaminés par le HIV par leur maman, à leur naissance !

J’étais, comme beaucoup de ceux qui connaissent depuis longtemps la Thaïlande, bien loin de cette vie, que j’ai qualifiée de zone d’ombres !

A ces courriels, imprimés et reliés, (mais non édités),  j’avais donné ce titre, un peu long : « Le soleil brille, la mer est bleu, faut-il – pour autant – en oublier les zones d’ombres ? »

Ce témoignage aurait pu s’arrêter là, si je n’avais continué mes visites aux malades à CAMILLIAN, et perpétué les textes par lesquels je continue à décrire mes visites, dévoiler mes sentiments, parfois laisser aller mes colères et continuer un témoignage (à ma façon).

Mais, je vis aussi, en dehors de Camillian, et c’est en observant autour de moi, en Thaïlande, mais également en France, que je vous ferai partager des histoires, des nouvelles, parfois… des délires, des anecdotes en introduisant - si possible - un peu d’humour.

Quelques « coups de gueule » sur la politique et le pouvoir auront fait long feu. Tout cela est plus déprimant que la misère morale et physique côtoyée à la Mission.

L’objet de mon blog est :

PARTAGER AVEC VOUS DES MOMENTS DE VIE.

* La photo sur ce lien est publiée avec l'autorisation de Wilfrid LUSSIER

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Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Jak

7 Février 2008 -

La mission me téléphone en me disant que Jak arrive au bout du chemin. Je prends immédiatement un taxi et nous nous dirigeons le plus vite possible à Rayong.

Là-bas, une aide soignante guettait mon arrivée pour me dire que Jak m'attendait avant de s'en aller. Deux aides-soignants lui tiennent la main et lui parlent doucement. Ils lui annoncent que je viens d'arriver.
Je caresse son visage, essuie quelques larmes qui coulent de ses yeux, dont le regard n'est déjà plus avec nous. Je prends la relève d'un aide-soignant.
Pendant près de trois quart d'heure, ces derniers se relayent et je reste avec lui tout ce temps, jusqu'à son dernier souffle.
JAK est mort vers 15 h 45 – Jeudi 7 février 2008.

Il est parti très lentement et totalement apaisé. Seules ces larmes qui coulaient de temps à autres laissaient supposer que, sans nous voir, il gardait une certaine conscience.

Comme il n'avait plus de lien avec sa famille depuis le début de sa maladie, le Directeur de la mission me demande ce que je souhaite pour lui. 
La crémation bouddhiste s'est déroulée le 8 février à 16 heures.

 

Temple2

 

 

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Etaient présents Kévin, Alain, Gérard, Wilfrid et moi

ainsi que quelques personnels de Camillian.
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Cendres Jak

La décision de l'aider, en mai 2006, impliquait de tenir tête à ceux qui ignoraient un être humain en difficulté.

Je m'étais promis de ne pas le laisser seul et sans soins. 

Cette promesse, qui n’était valable que pour moi-même, a été respectée.  J’ai pu l’accompagner durant de longs mois et l’assister pour la fin de sa courte vie.

Il aurait eu 32 ans en juillet 2008.En début de semaine prochaine, je retournerai à CAMILLIAN pour régler les derniers frais, et pour m’assurer que ses cendres reposent dans ce lieu adaptée  au centre.

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Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Jak

Mercredi 6 février 2008, exceptionnellement, le trajet pour Camillian est luxueux.

En effet, je dois travailler avec Wilfrid, un bénévole canadien, pour la Mission sur la préparation du calendrier 2009. Nous devons sélectionner les meilleures photos ou les plus « touchantes » parmi les clichés réalisées par Wilfrid.
Ensuite, nous voudrions joindre un texte d’accompagnement, et je mettrais cela en forme sur mon ordinateur, pour que Wilfrid puisse les présenter au Directeur de la mission.

Je pars donc avec un sac de documents et l’ordinateur portable. Ainsi harnaché, je ne m’imagine - même pas en rêve – sur le taxi-moto ou dans le bus bondé. Un juste prix est négocié avec un taxi (voiture) qui me conduit à Camillian mais ne m’attendra pas, car je ne sais pas à quelle heure nous aurons terminé.

Départ hôtel 9 h 15, à peine trois quart d’heure plus tard nous arrivons à Camillian, un vrai bonheur. Un confort qui a un prix (environ 12 Euros) c’est six fois le prix en moto et bus. J’apprécie néanmoins à sa juste valeur ce confort temporaire.

Arrivée à la Mission : mes chouchous Moss et Mac me sautent dans les bras, et le chauffeur de taxi me regarde – ahuri – ne comprenant pas très bien la situation.

Visite en salle de soins palliatifs. Quelques malades m’interpellent par mon prénom, et selon leurs possibilités font un salut du fond de leur lit avec les deux mains jointes devant le visage ou un semblant de salut ou avec une seule main. Mais c’est l’intention qui compte.

Jak est dans un semi coma.
Lundi, il ne parlait plus. Aujourd’hui, il entrouvre péniblement les yeux lorsque je lui parle, semble me regarder, mais me voit-il seulement ? Les yeux sont jaunes et vides d’expression. Il semble fixer un point sur le mur. En lui prenant un bras, et en lui parlant doucement, je réussis à lui faire avaler deux ou trois gorgées de jus d’orange à l’aide d’une paille.

C’est un effort considérable pour lui, il repart aussitôt dans son monde à lui, les yeux mi-clos. Arranger l’oreiller ou l’aider à faire un geste attire des grognements de
douleurs. Je renonce et préfère alerter les aides-soignants qui ont l’habitude de ces situations.

La cantine est ouverte, et la distribution des boissons commence. Coco m’aide à porter la soixantaine de canettes de Pepsi, Sprite, Fanta. Il surveille aussi pendant la distribution les resquilleurs.

Mes « clients » deviennent exigeants. Je dois retourner changer un surplus de Sprite pour des Pepsi manquants. Autrefois, on acceptait la boisson quelle qu’elle soit vers la fin de la distribution, aujourd’hui on « exige ».

Mais le client est roi n’est ce pas ?

L’heure suivante est consacrée au travail du calendrier. Repas ensuite avec le staff et les enfants. Deux heures encore de travail. Nous finalisons notre travail en gravant les CD.

Un peu plus tard, je suis seul devant les bureaux.
Dans son fauteuil électrique, un malade traverse la cour dans ma direction. Je souris car je ne lui ai pas donné ce matin son traditionnel billet de 100 bath. Il vient donc le chercher.
Il stoppe son fauteuil roulant, tire maladroitement sur la fermeture éclair de son sac, car une seule main est à peu prés valide. Il doit terminer l’ouverture avec les dents.

Alors il dirige sa main vers ma poche :
cela signifie : Tu me donnes des sous ? Parfois, je le fais    « marcher » un peu (Quel vilain jeu de mot) mais finis toujours par lui donner un billet et il le sait bien.

Une autre visite à Jak, toujours dans son semi coma. Il n’ouvre même pas les yeux lorsque je lui dis quelques paroles d’encouragement. Je parle un peu avec une aide soignante, et nous sommes d’accord, la situation est devenue très sérieuse.

Elle me promet de me téléphoner si ….

Wilfrid me raccompagne à Ban Chang, m’évitant ainsi l’attente sur le bord de la route, sous un soleil de plomb. Bus pour Pattaya. Il est 16 h 30, le bus n’est pas surchargé de clients. A l’arrivée à Pattaya, j’évite le taxi-moto et prend un vrai taxi sur le parking de la grande surface. Arrivée hôtel 18 heures.

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Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Jak

Lundi 4 janvier 2008, le taxi-moto roule vers l’arrêt de bus.
Le ciel devient menaçant et noir. Quelques gouttes tombent déjà. Non seulement, je n’ai aucun vêtement de pluie, pas de parapluie et je me suis habillé aujourd’hui avec un pantalon long et des chaussures qui vont faire éponge à la moindre flaque d’eau.
Tant pis, c’est trop tard, il fallait réfléchir avant de quitter l’hôtel.
 

Comme d’habitude, attente du bus, qui s’avère une fois encore particulièrement bondé. Une grande envie me saisit de prendre une photo à l’intérieur du bus, avec tous ces gens cramponnés aux porte-bagages, mais je n’ose pas. Comment cela sera-t-il pris par les Thaïlandais ? Je m’abstiens donc. 

Enfin, une place se libère juste derrière le chauffeur, je m’y installe. Nous roulons très lentement. Il pleut violemment. Le bus est très vieux, le compteur indique 840.883 kilomètres. Comme il ne fonctionne plus, et sans doute pas depuis hier matin, vous pouvez imaginer qu’il a beaucoup plus d’heures de route.

Mais ce n’est pas le motif de l’allure peu ordinaire du bus. Le motif n’est pas non plus la pluie violente, mais le chauffeur qui passe la plupart de son temps le téléphone portable collé à son oreille. Il en oublie alors de changer de vitesse. Avec le téléphone, on ne va pas plus loin que la seconde ! Enfin, si l’on va au fossé, malgré la pluie, le plouf ne sera pas violent.


Je traverse la cour de la Mission à vive allure, sous une averse tropicale (qui, normalement, n’arrive jamais en cette saison).

Moss et Mac, les enfants courent à ma rencontre. Chacha, dis-je (ce qui veut dire doucement). Je m’accroupis pour être à leur hauteur. Le petit Moss me fait une bise sur la joue, ce qui est rare en Thaïlande. Mac s’accroche à l’une de mes jambes. Il pose ses pieds sur l’une de mes chaussures, s’installe comme un petit singe, les fesses sur les talons. Je dois alors faire quelques pas, avec l’un dans les bras et l’autre en équilibre sur un pied. Heureusement, le jeu les intéresse assez vite et les voila repartis. Ils me rejoindront un peu plus tard au milieu des lits des malades.

Les autres malades assis à l’extérieur des bâtiments me saluent et je me dirige vers la salle de soins palliatifs – CPU (Care Palliatif Unit).
 
Le lit de Jak est vide, petite frayeur avant que je ne m’aperçoive qu’il a changé de lit. Il se trouve maintenant dans le lit à droite tout de suite en entrant. C’est le lit dans lequel il a passé plusieurs semaines lorsque nous l’avons conduit à Camillian le 31 octobre 2006.


Les yeux sont mi-clos, le visage de plus en plus tiré, il a encore maigri. Je pose une main sur le front, une autre sur la poitrine lui signalant ainsi mon arrivée. Il ouvre lentement les yeux, tourne son visage dans ma direction mais le regard semble lointain. Il ne prononce pas un mot, mais à un clignement des yeux je comprends qu’il me reconnait. Aucun sourire aujourd’hui ne m’accueille.

Quelques instants encore et je constate qu’il ne peut plus parler.
 

Jak ne tarde pas à « s’endormir » ou – en tout cas – à fermer les yeux et j’en profite pour faire le tour des malades dans cette salle. Un mot pour l’un, une main posée sur une jambe, sur une épaule, et toujours sourire avec une profonde énergie que je voudrais tant leur transmettre.

Aujourd’hui, la cantine est fermée car le responsable – malade lui aussi – est parti en consultation à l’hôpital. Pour acheter quelques boissons et friandises, je dois aller à l’extérieur, mais je ne peux effectuer ma distribution habituelle. Seuls, les patients à l’extérieur auront donc quelques menus cadeaux, et bien sur les deux enfants : Moss et Mac.

En continuant mes visites dans d’autres salles, je cède le passage à LAA, aveugle et malade. Elle se dirige vers le fond de la pièce, plie sa canne blanche, avance à tâtons et grimpe sur un lit occupé.


016Je m’arrête tout net et observe !
LAA s’assoit au pied du lit et commence un massage des pieds de la maman de Mac allongée dans le lit, sur le ventre.

Puis, l’aveugle pose ses mains sur le carrelage au mur, se redresse, et une fois debout, toujours les mains posées sur le mur, commence un massage en marchant sur les jambes de la malade dans son lit.


Après quelques heures, je décide de repartir et informe Jak. Avec difficulté, il me prend le bras avec sa seule main valide, me caresse lentement l’avant bras, puis retire sa main,
serre son pouce sur son index et frotte les phalanges l’une contre l’autre.

Ce qui, en langage universel, veut dire : argent.
Je souris et me dis que la tête fonctionne toujours. Il est vrai qu’aujourd’hui  je n’ai rien donné,  contrairement à chacune de mes visites où je glisse quelques billets dans son sac pour améliorer son ordinaire. Je pensais qu’il ne serait pas capable de « commander » quoi que ce soit, compte tenu de son état.  Je lui demande alors où se trouve son sac et son porte-monnaie. Aucune réponse bien sur ! Je cherche sur le lit, sous une serviette, ouvre les tiroirs de la table de nuit. Rien !

 

Bon, je mets quelques billets dans sa main qu’il referme.
- Jak, lorsque tu vas dormir, tu vas te faire voler cet argent. Il ne faut    pas le garder dans ta main.

Mais le sac a disparu. Evidemment je n’obtiens aucune réponse. Jak serre un peu plus fort les billets qui dépassent de ses doigts. Voila qui va attiser la convoitise de certains. Car, ici aussi, comme partout.. on peut se faire voler).


Une aide soignante a vu la scène et vient vers moi. Elle a parfaitement compris et je n’ai aucun mal à lui expliquer la situation. Elle parle à Jak en thaï, et nous réussissons, non sans mal, à ce qu’il lui remette l’argent qui sera déposé dans une enveloppe au bureau à son nom.


En quittant la mission, le ciel me tombe sur la tête en grosses gouttes.


Un camion taxi-collectif passe immédiatement, quelle chance !

Camion Taxi collectif
A Ban Chang, j’attendrai le bus pour Pattaya.

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Publié le par Michel
Publié dans : #Thaïlande-Jak

Lundi 28 janvier 2008 retour à Camillian. Voici un nouveau bus qui s’arrête (Chonburi – Rayong). Comme je crains qu’une fois encore le bus habituel soit en retard, je me dis : pourquoi pas celui-ci ?


Comme toujours, et surtout le lundi matin, ce n’est plus un bus, c’est une bétaillère. Et encore, me dis-je, je suis heureux, lorsque j’aperçois deux femmes enceintes debout, dans la cohue.
Je me demande comment elles supportent, notamment lorsque j’en voie une se tortiller, autant que son ventre lui permet, entre les passagers pour s’orienter vers la sortie. Je rentre le ventre et les fesses presque à m’asseoir sur les genoux d’un passager assis, lui, pour libérer la plus grande place dans le couloir.
Ben dis donc, je n’avais encore jamais vu cela !

 

Le caissier, fait le même cheminement, en sens inverse, pour faire payer les derniers passagers. Il arrive vers moi, et à ma précision Camillieeennn, il ne comprends pas !          
Je décide donc de lui dire une nouvelle fois avec l’indication du prix en thaïlandais : Ocque sip bath, et il me répond :

-   Social center, ok na !

Voila donc un nouvel intitulé.

 

Au milieu du brouhaha et du bruit diffusé par la télévision, mon téléphone sonne. Je décroche après avoir vu que Sunee appelait. Il est impossible d’entendre quoi que ce soit.

 

Bien sur, je pense au pire, et trouve le reste du voyage bien long. Entre temps, je peux rejoindre un siège libre.

 

Après avoir traversé la cour de la mission, salué par les habituels malades, toujours souriants, j’entre, un peu inquiet, dans la salle de soins palliatifs.


Jak, au fond de son lit, est encore amaigri. Il a le visage tiré, la main droite est complètement recroquevillée et déformée.  Je pose une main sur son front, il ne semble pas avoir de fièvre, il ouvre les yeux et me dit:

-  Savadee krap  (ce qui veut dire Bonjour !)

 

Sunee nous rejoint et me dit qu’elle avait téléphoné car Jak souhaitait manger une espèce de bouillon de poulet. Je n’en ai pas évidemment, puisque je n’ai rien entendu, dans le bus.

-  Où puis-je acheter cela ?

-  A BAN CHANG.


Bon, et bien, je repars, j’attends un taxi collectif (petit camion) sur le bord de la route qui me conduira à BAN CHANG (environ 10 km). A l’épicerie, je trouve la potion, et je reviens à la Mission.
 

Sunee me dit

-  Tu n’en as acheté qu’un.

-  Oui (je croyais que c’était un truc à diluer, genre soupe, il n’en est rien c’est un concentré à boire tel quel).

Jak avale le contenu du flacon avec une paille. Cela semble lui convenir, je laisse donc de l’argent à Sunee qui en fera provision pour le lendemain.

 

Aujourd’hui, Jak est un peu moins amorphe que lors de ma dernière visite. Il est même parfois agressif et peu aimable avec les autres malades et les aides-soignants. Mais ne serions nous pas, nous aussi, un peu - ou beaucoup - méchant dans une telle situation ?

 

Il me dit qu’il pense trop et qu’il faut que je le conduise à Bangkok car ici cela ne lui plait pas. Il n’est pas bien. Il faut donc aller à Bangkok.

Et, là je commets une bourde impardonnable et inacceptable, car, au lieu de lui dire que nous allons faire le nécessaire, je lui explique comme je l’avais fait de précédentes fois, que l’on ne peut pas quitter ainsi Camillian, comment peut-on faire les 240 ou 250 km en taxi, dans quel hôpital pouvons nous nous rendre ?

 

Je lui demande alors s’il veut que je prévienne sa famille, qui, peut-être pourrait demander un rapprochement de leur domicile. J’obtiens une réponse catégorique : NON.

 

Que dire ?  Sinon, qu’il faut essayer de manger, de prendre des forces et qu’ensuite nous verrons !

 

Mais je m’en veux terriblement de n’avoir pas eu la présence d’esprit de mentir en lui faisant croire que j’allais m’occuper de ce changement.

Le problème est qu’il a toute sa tête et qu’il ne s’agit pas de dire n’importe quoi car il vous rappelle alors vos propos et vous vous trouvez le « bec dans l’eau » !


Mon dieu, que ces situations sont pénibles et difficiles !  Je me suis promis – mais n’est-il pas trop tard – que si la question m’est de nouveau posée, je mentirai en disant qu’un ami fait le nécessaire à Bangkok pour lui.

 

Un peu plus tard, je quitte la Mission, fort mécontent de moi et très fatigué. Je sombre dans un mauvais sommeil dans le bus, et de retour à l’hôtel m’allonge et m’endort immédiatement pendant plus d’une heure.

 

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